AccueilExpressions par MontaigneDissonances politiques : de l’électeur pro-climat au vote anti-renouvelablesLa plateforme de débats et d’actualités de l’Institut Montaigne Efficacité de l'État Environnement09/02/2026ImprimerPARTAGERDissonances politiques : de l’électeur pro-climat au vote anti-renouvelablesAuteur Hugo Jennepin Reyero Chargé de projets - Énergie et décarbonation Alors que le Premier ministre s'apprête à signer le décret de publication de la PPE (Programmation pluriannuelle sur l’énergie, feuille de route définie pour dix ans afin de sortir des fossiles) pour les périodes 2025-2030 et 2031-2035, le sujet de la transition énergétique subit le revers d'un désaveu politique doublé d'un désamour électoral, quand bien même les citoyens demeurent préoccupés par l'environnement et de plus en plus favorables aux énergies renouvelables. Comment comprendre ce paradoxe et surtout, quels sont les leviers pour construire un projet politique à la hauteur des enjeux et des attentes ?Il y a dix ans, la COP21 faisait de Paris l’épicentre d’un moment d’optimisme climatique sans précédent. Gouvernements, entreprises, chercheurs et société civile célébraient l’Accord de Paris comme le point de départ d’une transformation profonde de nos économies. Dix ans plus tard, alors que la COP30 - décevante - a vu l’influence de la diplomatie climatique européenne s’éroder et que la France s’engage dans une séquence électorale dense, le contraste est saisissant : le climat n’est plus un horizon mobilisateur, mais un sujet de crispation, parfois de rejet, souvent relégué au second plan. En Europe, le signal est clair. Les élections européennes de 2019 semblaient marquer un tournant majeur dans l’importance donnée au climat dans la décision politique. Les verts y devenaient le second parti en Allemagne et le troisième en France, au Danemark, en Irlande, et au Luxembourg. Signe de ce nouveau paradigme, la conservatrice Ursula von der Leyen avait fait du Pacte Vert le marqueur politique central de son premier mandat, positionnant l’Union européenne comme leader mondial de la régulation climatique. La reconfiguration du Parlement européen en 2024 et le ralentissement économique ont changé la donne. Certaines forces politiques revendiquent désormais explicitement le démantèlement du Pacte Vert. Alors que le continent a fini par réaffirmer son ambition climatique avec une nouvelle cible de réduction d’émissions de 90 % pour 2040, les conditions de possibilité de cette transition sont de plus en plus mises à mal - remise en cause de l’interdiction de vente des moteurs thermiques en 2035, omnibus sur le reporting non-financier, attaques coordonnées sur l’ETS. Pour la présidente de la Commission, ce nouveau mandat s’apparente à un jeu d'équilibristes, pour contenter un Parlement hostile et des capitales de plus en plus sceptiques tout en faisant perdurer la flamme de son plus grand héritage politique. En France, le manque de majorité politique depuis 2022, empiré en 2024, a montré l’incapacité de l’appareil politique français à jouer le jeu du compromis, notamment sur les questions climatiques. Tant lors des campagnes électorales qu’au parlement, le climat est devenu un épouvantail pour certains partis. Un enjeu majeur a cristallisé les difficultés : les énergies renouvelables (EnRs), devenues la face visible - et contestées politiquement - de la transition écologique.À Matignon, malgré les changements de Premier Ministre, aucune direction claire n’a été affirmée sur les questions énergétiques.L’incapacité à se mettre d’accord se matérialise notamment par l’inaptitude persistante à trancher sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), pourtant attendue depuis plus de deux ans par les acteurs économiques et industriels. À Matignon, malgré les changements de Premier Ministre, aucune direction claire n’a été affirmée sur les questions énergétiques. Pour en comprendre les raisons, il suffit de se pencher sur les débats autour de la proposition de loi dite "Gremillet", qui se veut une alternative parlementaire à la PPE : ils ont abouti à l’Assemblée nationale au vote d’un moratoire sur les énergies renouvelables, promptement retiré. Fin 2025, la publication du Bilan prévisionnel de Réseau de Transport d'Électricité (RTE) a ajouté de l’huile sur le feu, le gestionnaire ayant enchéri son analyse d’un scénario d’électrification en berne, qui impliquerait, dans une gestion optimale, une baisse de la production, notamment renouvelable. Si l’objectif de RTE est louable, et alerte avant tout sur le risque de rater le tournant de l’électrification, pourtant clé pour notre indépendance stratégique, notre compétitivité économique et le respect de nos engagements climatiques, il pourrait aussi renforcer un discours politique résolument contre les renouvelables se basant (fallacieusement) sur les conclusions de l’opérateur. Ce phénomène est souvent résumé par un mot-valise : backlash. Mais cette lecture, commode politiquement, résiste mal à l’épreuve des faits. Car si le climat semble reculer dans l’agenda politique, l’opinion publique, elle, n’a factuellement pas basculé. Comment expliquer alors ce décalage croissant entre attentes citoyennes et positions partisanes qui se cristallise autour des énergies renouvelables ?Le climat, figurant préféré des FrançaisLes enquêtes d’opinion récentes dressent un tableau paradoxal. D’un côté, les Français n’ont jamais été aussi conscients de la réalité du dérèglement climatique, et considèrent que les événements extrêmes en sont les preuves frappantes : 93 % des Français constatent l’augmentation des événements climatiques extrêmes, 91 % attribuent le phénomène au changement climatique, et 89 % en sont inquiets. L’inquiétude est profonde, transpartisane, et durable. De l’autre, la priorité accordée au climat recule. En 2025, seuls 18 % des Français placent l’environnement parmi les deux sujets qui les préoccupent le plus à titre personnel, en recul de 5 % par rapport à 2024. Le climat est dépassé par le pouvoir d’achat ou l’insécurité. Il ne disparaît pas des préoccupations, mais il cesse d’être structurant. Cela est encore plus frappant dans les sondages ouverts. Seuls 7 % des Français citent spontanément le climat et l’environnement, loin derrière la crise institutionnelle ou l’inflation. Alors qu’il y a 6 ans, les Français priorisaient largement le fait environnemental au fait économique, l’écart s’est aujourd’hui réduit, voir inversé au centre et à droite.DescriptionSource : Obs’Cop2025, EDFC’est là une première clé de lecture. Le climat est devenu une cause relativement consensuelle, mais secondaire. Une préoccupation diffuse, rarement décisive dans l’acte de vote. Pour une majorité d’électeurs à travers l'échiquier politique, il ne détermine ni l’adhésion ni le rejet d’un projet politique. Si l’on ne demande plus de hiérarchiser entre les motifs d’inquiétude, ce sont 74 % des Français qui citent l’environnement parmi leurs sujets de préoccupation, chiffre comparable quelle que soit l'affiliation politique ou l’âge. Inquiétant mais pas déterminant, toujours en tête mais rarement priorisé, le climat n’est pas aujourd’hui moteur d’un projet politique d’ampleur.Inquiétant mais pas déterminant, toujours en tête mais rarement priorisé, le climat n’est pas aujourd’hui moteur d’un projet politique d’ampleur.Cette relégation des enjeux climatiques et environnementaux, couplée à leur complexité et leur caractère systémique, se résume dans le slogan évocateur de "fin du monde contre la fin du mois", qui oppose pouvoir d’achat - première préoccupation des Français depuis plusieurs années - et action climatique. De là naît une tension politique majeure : le climat n’étant pas structurant pour la majorité, les partis s’alignent sur les segments les plus mobilisés de leur électorat et, plutôt que de construire une opinion partagée, capitalisent sur les portions les plus vocales de leur base militante, souvent foyers de positions tranchées, notamment sur les questions énergétiques.Une caisse de résonance partisaneC’est ici que s’opère la distorsion entre débat public et réalité citoyenne. Les positions politiques sur l’énergie et le climat ne reflètent pas tant l’opinion générale que les lignes de fracture internes aux partis. Dans l’arène politique parisienne, à droite et à l’extrême droite, les énergies renouvelables - en particulier l’éolien - sont devenues le symbole d’une écologie imposée, portant atteinte, tant esthétiquement que politiquement, aux territoires. À gauche, et notamment au-delà du Parti socialiste, le nucléaire joue un rôle symétrique : repoussoir idéologique, incarnation d’un modèle centralisé, technocratique, dangereux et jugé incompatible avec une transition démocratique. Pourtant, les enquêtes montrent une réalité bien plus nuancée. Le soutien aux énergies renouvelables est large, pérenne et transversal, y compris parmi les électeurs de droite et d’extrême droite - 84 % des Français en ont une image positive en 2025. De même, une majorité de Français privilégie un mix énergétique équilibré, combinant nucléaire et renouvelables, sans opposition frontale entre les deux. Dans le contexte politique actuel, les partis agissent donc comme une caisse de résonance. Les positions les plus clivantes sont amplifiées, simplifiées, mises en scène, au mépris de l’opinion de la majorité de l’électorat.Les EnRs : voir notre énergieAlors, comment expliquer que les énergies renouvelables cristallisent aujourd’hui autant de tensions ? La réponse tient moins à leur nature qu’à ce qu’elles rendent visible. Depuis la fin des années 70 et le plan Messmer, qui a structuré le développement de l’atome civil en France, notre système énergétique s’est reposé sur une production électrique fortement centralisée, et par conséquent largement invisibilisée aux yeux des citoyens - à l'exception de ceux à proximité immédiate des centrales, qu’elles soient thermiques ou nucléaires. Les fossiles, eux, sont exploités à l’étranger, et importés grâce à des infrastructures à la visibilité limitée.Notre système énergétique s’est reposé sur une production électrique fortement centralisée, et par conséquent largement invisibilisée aux yeux des citoyens.Les renouvelables, à l’inverse, diffusent la production sur les territoires : éoliennes, panneaux solaires, méthaniseurs s’inscrivent dans les paysages du quotidien, les transforment et mettent en évidence nos consommations énergétiques : l’énergie devient une réalité physique et perceptible dans nos communes. Cette visibilité alimente une impression de bouleversement, parfois de dépossession - alors qu’au contraire, les énergies renouvelables redistribuent les cartes. Les enquêtes d’opinion révèlent un paradoxe intéressant : plus on vit à proximité d’une installation d’énergie renouvelable, plus on y est favorable. Cela est particulièrement vrai pour l’éolien, aussi bien l’éolien terrestre que l’éolien en mer, alors même qu’il s’agit de l’énergie renouvelable qui fait face au plus d’a priori. Aucun psychologue ne serait surpris de ce résultat, qui exemplifie pour les questions énergétiques les enseignements de l’hypothèse du contact : si une série de conditions sont réunies, telles que le soutien social et institutionnel, le potentiel de connaissance, ou encore les statuts égaux et la coopération, alors la mise en contact de deux groupes réduit les stéréotypes et encourage les attitudes favorables.DescriptionSources : Énergies : que veulent vraiment les français ? / ENGIE, 2025Les citoyens exposés aux énergies renouvelables sont conscients des changements qu’elles apportent et peuvent s'approprier leur consommation et leur production énergétique, ainsi qu’en tirer des bénéfices économiques, que ce soit au niveau communal ou même personnel. Ces bénéfices, notamment économiques, sont bien mieux perçus par les riverains d’installations renouvelables, avec une différence qui se hausse à près de 30 points de pourcentage.Changer de matriceL’impasse actuelle ne tient pas à un rejet des énergies renouvelables de par leur nature, mais révèle un déficit de méthode politique et un décalage croissant entre les états-majors partisans et la réalité du terrain. Pour sortir de ce "backlash", il convient d'analyser comment le climat est devenu une variable d'ajustement politique, et les renouvelables un symbole de décentralisation énergétique qui met à mal certains systèmes de pensée. Ce rejet naît moins des objectifs climatiques, globalement partagés, que de la perception de leurs modalités d’application. Certains partis détournent l'action climatique pour la dépeindre comme une attaque frontale contre un certain "mode de vie à la française", accusant l’écologie d’être par nature punitive. Cette dernière se ferait par ailleurs à l’encontre de la ruralité, imposée par une élite centralisée parisienne, distante des enjeux locaux. En juxtaposant les énergies renouvelables à des mesures comme les ZFE ou les taxes environnementales, notamment sur les mobilités, les partis transforment une préoccupation citoyenne réelle en un symbole de contrainte imposée par les élites urbaines.Certains partis détournent l'action climatique pour la dépeindre comme une attaque frontale contre un certain "mode de vie à la française", accusant l’écologie d’être par nature punitive.En opposant par ailleurs de façon systématique le pouvoir d’achat à la transition, le discours politique transforme des citoyens plutôt favorables à l'environnement en électeurs votant "contre le climat" par peur de la précarité. Cette stratégie sert un calcul électoral de court terme, créant une scission fictive sur les questions climatiques, pour se démarquer dans l’arène politique et contenter les bases militantes les plus vocales. Pour la droite républicaine, la division est plus profonde. La difficulté à s'approprier les énergies renouvelables réside dans un conflit culturel, quasi philosophique, entre libéralisme et état planificateur, le second ayant jusque là dicté le modèle énergétique français. Historiquement attachée au "plan Messmer" et à un système piloté par l'État, une partie de l’échiquier politique voit dans les énergies renouvelables une menace pour le fleuron nucléaire national, perçu comme garant de la souveraineté énergétique. Contrairement à ses voisins, certaines factions de la droite républicaine ne s’approprient pas encore les énergies renouvelables comme un outil libéral de décentralisation. Loin d’être le moteur d'une autonomie économique des territoires, le secteur reste perçu comme une menace. Les exemples ne manquent pourtant pas chez nos voisins pour repenser ces clivages idéologiques. Les Scandinaves, forts d’une géographie propice, et d’une manne gazière réinvestie pour la Norvège, ont fait de la transition un modèle, porté par un consensus social fort, liant écologie et compétitivité industrielle, loin des fractures partisanes. En Espagne, si la sortie du nucléaire fait débat, la mise en avant du faible coût marginal des énergies renouvelables lors de la crise de 2022 pour justifier "l'exception ibérique" a permis de relier concrètement transition énergétique et baisse des prix, un levier d'adhésion qui manque cruellement au récit français.Pour sortir de l'impasse, il est impératif de changer de logiciel : le climat ne doit plus être une cause morale abstraite, mais une promesse tangible.Pour réconcilier un certain jacobinisme énergétique avec le déploiement des énergies renouvelables, le défi consiste à passer d'une gestion descendante à une gouvernance partagée. La loi d’accélération des énergies renouvelables tente ce rapprochement en facilitant l’inclusion des territoires, mais le récit politique doit encore évoluer pour présenter ces énergies non comme concurrentes du nucléaire, mais comme indispensables à la résilience locale. Pour sortir de l'impasse, il est impératif de changer de logiciel : le climat ne doit plus être une cause morale abstraite, mais une promesse tangible. Cela passe par la visibilité des gains, l’incitation financière et une participation réelle mais simplifiée. Rendre concrets les retombées économiques locales et le renforcement de la souveraineté, généraliser le concept de "rabais renouvelable" et favoriser l'autoconsommation collective pour que le citoyen devienne acteur et bénéficiaire de sa production, ou encore transformer la consultation en véritable culture de la participation pour réduire les stéréotypes par le contact et la coopération, sont autant de leviers politiques à mettre en place pour contrer les discours partisans court-termistes.Le prix comme levier d’adhésionAlors que les changements induits par la transition deviennent de plus en plus visibles, les bénéfices associés au développement des énergies renouvelables restent difficiles à percevoir à l’échelle individuelle. Sur le plan économique notamment, la baisse des prix de l’électricité promise aux débuts des énergies renouvelables ne se reflète pas directement sur la facture des ménages. Malgré une baisse par rapport au pic de 2022, les prix de l’électricité restent en effet hauts par rapport à la période pré-Covid. Malgré un système électrique largement décarboné, la dépendance au gaz pour la "dentelle", c'est-à-dire l’équilibre du réseau, maintient une corrélation forte entre prix du gaz et prix de l’électricité. Dans une majorité des scénarios prospectifs, l’équilibre de long terme le moins coûteux au niveau systémique est un 50 % nucléaire/50 % renouvelables pour la production électrique. L’avantage compétitif des énergies renouvelables est double, avec un facteur prix relativement faible et une rapidité d'installation, notamment face aux investissements de long terme (2038 au minimum) que représente le nouveau nucléaire. Le nucléaire, même s’il requiert de fortes dépenses de capital, nécessite moins d’investissements de réseau et offre une stabilité bienvenue au système. La crise énergétique de 2022 a largement contribué à la confusion actuelle autour des prix de l’électricité. Alors que le nucléaire devait garantir à la France une moindre volatilité tarifaire, une succession de tensions structurelles (corrosion sous contrainte, grand carénage - le programme de prolongement nucléaire d’EDF, épisodes de sécheresse) a fortement dégradé la disponibilité des parcs nucléaire et hydraulique, entraînant une flambée des prix, que les capacités installées de renouvelables ne permettaient pas d’absorber. Ainsi, début 2024, 66 % des Français estimaient que leur facture d’électricité augmenterait dans les prochaines années. Si cette part a baissé en 2025 avec 21 % misant sur une augmentation des tarifs, légèrement en dessous de ceux qui prévoient une baisse des prix, l’avantage économique lié au développement des renouvelables demeure le bénéfice le moins bien compris de la transition énergétique. Les écarts entre les prix de gros (sur les marchés de l’électricité) et la facture finale des ménages alimentent également cette incompréhension. D’une part, le prix de l’énergie ne représente qu’environ 40 % de la facture, le reste correspondant au tarif d’utilisation des réseaux et aux taxes ; d’autre part, les contrats de long terme souscrits par les fournisseurs atténuent et retardent la transmission des baisses de prix, rendant la relation entre coûts de production et prix à la consommation moins lisible pour les consommateurs.Mieux expliquer les retombées de l’imposition forfaitaire des entreprises de réseaux (IFER) pour les communes, généraliser le "rabais renouvelable" sur le prix de l’électricité payé par les riverains ou encore favoriser l’autoconsommation collective sont autant de mesures simples.Pourtant, les incitations économiques et financières constituent le levier d’acceptabilité le plus largement plébiscité par les citoyens. Mieux expliquer les retombées de l’imposition forfaitaire des entreprises de réseaux (IFER) pour les communes, généraliser le "rabais renouvelable" sur le prix de l’électricité payé par les riverains - déjà mis en œuvre par de nombreux énergéticiens - ou encore favoriser l’autoconsommation collective sont autant de mesures simples. Elles permettraient de renforcer un récit de renforcement local basé sur les énergies renouvelables, en reliant concrètement transition énergétique, souveraineté nationale, valorisation des territoires et regain de pouvoir d’achat et de compétitivité.Sortir de l’impasseFace au backlash politique, la tentation est grande de ralentir, voire de suspendre l’effort sur les renouvelables. Le moratoire, voté par l’Assemblée nationale en juin dernier avant d’être abandonné, aurait été un cataclysme industriel et énergétique. À des enjeux de long terme, d’autant répondent par un court termisme assumé, basé sur des perceptions idéologiques et politiques non ancrées dans la réalité - ni des faits ni de l’électorat. C’est ici une erreur stratégique majeure, qui nous empêcherait de véritablement nous donner les moyens d’un futur décarboné et prospère. Abandonner aujourd’hui des filières industrielles indispensables à la transition, c’est se condamner à les importer demain, à un coût économique, social et politique bien supérieur.La situation de surcapacité de production électrique actuelle (92,5 TWh d’exportation en 2025), si elle s'accompagne de la relance de la demande électrique décarbonée, est une force, et nous permettra de décarboner à travers l’électrification à un rythme soutenu, sans mettre en péril la stabilité du réseau.La sortie de crise ne passera ni par une opposition stérile entre nucléaire et renouvelables, ni par une fuite en avant technocratique. Elle suppose de recentrer la transition sur l’électrification, l’efficacité et la lisibilité des trajectoires, en mettant en avant les bénéfices.Cela demande une direction politique claire et assumée, dans un paysage politique où l’instabilité règne. Une Programmation pluriannuelle sur l’énergie ambitieuse sur nos objectifs de production décarbonée, accompagnée d’un plan en faveur de l’électrification des usages fort devrait être un point de ralliement pour les partis de gouvernements. La sortie de crise ne passera ni par une opposition stérile entre nucléaire et renouvelables, ni par une fuite en avant technocratique. Elle suppose de recentrer la transition sur l’électrification, l’efficacité et la lisibilité des trajectoires, en mettant en avant les bénéfices. Surtout, elle exige un changement de récit. La transition énergétique ne peut plus être présentée uniquement comme une cause morale ou une contrainte collective abstraite. Elle doit redevenir une promesse tangible : santé, pouvoir d’achat, emplois locaux, résilience des territoires, compétitivité industrielle. À défaut, le risque est clair : que le climat reste ce qu’il est en train de devenir - un figurant omniprésent dans les discours, mais absent des décisions structurantes. Et qu’au nom de l’apaisement politique à court terme, nous nous retrouvions, dans dix ans, à regretter d’avoir laissé passer le moment de bâtir une transition décisive.Copyright image : Raymond ROIG / AFP Une éolienne à Treilles, le 1er juin 2023.ImprimerPARTAGERcontenus associés 19/02/2025 La décarbonation européenne sous le feu croisé de Washington et de Pékin Joseph Dellatte 26/07/2024 Énergie : priorités européennes, déclinaison française Maxence Cordiez Pierre Jérémie 25/11/2025 COP30 - Faut-il préserver le multilatéralisme climatique quoi qu’il en coût... Joseph Dellatte