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Expressions par Montaigne
08/07/2026

Du Choc chinois 2.0 au choc européen 2.0 : face au déséquilibre du commerce mondial, l’UE doit passer à l’offensive

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Du Choc chinois 2.0 au choc européen 2.0 : face au déséquilibre du commerce mondial, l’UE doit passer à l’offensive
 François Godement
François Godement
Expert Résident, Conseiller spécial - Asie et États-Unis

Face aux exportations massives d’une Chine qui subventionne largement son industrie pour maintenir à flot une économie à la peine et entièrement dépendante du commerce extérieur, l’Europe doit passer à l’offensive et cibler explicitement les pratiques d’un partenaire qui ne reconnaît aucune limite. Pour résoudre le déséquilibre mondial, les solutions défensives sont nécessaires : c’est la leçon offerte par les États-Unis, la seule économie  qui soit parvenue, à la hache, à réduire sa dépendance commerciale vis-à-vis de la Chine. Mais cela ne suffit pas, et le regain de compétitivité européenne n’est pas une affaire de court terme. Que faire ? Des solutions existent, depuis la négociation d’un accord avec Pékin sur les investissements directs en Europe - alternative aux exportations - à la dévaluation de l’euro, dernier recours,  en passant par un réajustement monétaire avec la coopération des autres économies d’Asie orientale.
 

L’UE : du choc externe à la crise intérieure

La plupart des Européens ont oublié la crise de l’euro de 2010-2011, conséquence directe de la crise des subprimes de 2008 qui s’était propagée depuis les États-Unis. La perte de confiance dans les institutions bancaires et de crédit, partie de Wall Street, a mis fin à la situation de "passe-droit" dont bénéficiaient - grâce à l’euro - les économies les moins productives de l’UE - surnommées, non sans désobligeance, les "pays-Club Med".

En l’espace de quelques mois, ces économies ont perdu une part substantielle de leur PIB et ont été contraintes de procéder à des ajustements douloureux. Après une réticence initiale de la part de l’Allemagne - le plus grand prêteur européen, qui affichait un large excédent courant - rejointe par les États "frugaux", la BCE, sous la direction de Mario Draghi, a inauguré sa politique d’assouplissement quantitatif et de baisse des taux d’intérêts pour sauver les États membres endettés : une "politique du quoi qu’il en coûte" qui a rétabli la confiance. 

Ce fut un succès, mais il coûta cher : les fonds injectés dans le rachat des dettes publiques et l’assouplissement général du crédit ont créé  une nouvelle ère de création monétaire à bon marché et non ciblée, sans objectif stratégique. Certains pays ont profité de ce répit pour se réorganiser et regagner en compétitivité. D’autres - à commencer par la France, qui avait elle-même échappé à la crise de la dette - ont multiplié les dépenses sans orientation stratégique claire, dans divers domaines : redistribution des revenus, transition écologique, départs à la retraite anticipés. Dans l’ensemble, la perte de compétitivité globale - le différentiel de croissance du PIB entre l’Europe et les États-Unis - a commencé à ce moment-là et n’a cessé de s’accentuer depuis. La dévaluation intérieure - taux d’intérêt et inflation extrêmement bas - a amorti le choc pour les consommateurs. L’endettement privé - y compris celui des entreprises - a comblé l’écart entre la baisse des revenus et les besoins d’investissement.

Ainsi, le "choc européen 1.0" a été digéré et largement oublié, si ce n’est pour des appels rituels à plafonner la dette publique. À défaut d’être un succès économique, la réponse européenne s’est avérée un succès politique : car en politique, ce qui compte, ce n’est pas la réalité, mais la perception qu’on en a. 
 

À défaut d’être un succès économique, la réponse européenne s’est avérée un succès politique : car en politique, ce qui compte, ce n’est pas la réalité, mais la perception qu’on en a. 
 

Nous sommes désormais sur le point de connaître un "choc européen 2.0", et là encore, la cause immédiate est externe. Ce n’est pas la conséquence d’une pression exercée par Wall Street sur les débiteurs mondiaux à la suite d’un resserrement du crédit aux États-Unis. C’est la Chine qui se sort d’un effondrement de sa croissance intérieure grâce à ses exportations. Pékin mise sur l’innovation et les facteurs de coûts de son industrie pour créer ce que l’Institut Montaigne a très tôt qualifié de tsunami des exportations ou de rouleau compresseur à l’échelle mondiale. À présent, les chiffres sont largement connus et commentés, y compris par ceux qui se sont ralliés tardivement à cette analyse. Un chiffre résume tout, à lui seul : les exportations de biens représentent désormais les deux tiers de la croissance du PIB en Chine. Si le ralentissement intérieur se poursuit, il est possible que ce pourcentage se rapproche de 100 %.

Cette fois-ci, ce ne sont pas un resserrement du crédit et une hausse des taux qui frappent l’Europe, mais une déflation des prix et des coûts, dont l’origine est en Chine.

Le phénomène n’est pas tout à fait nouveau. Depuis des décennies, "l’usine du monde" qu’est la Chine rétrécit le prix de tous les produits qu’elle fabrique. Mais la tendance s’est à la fois accélérée et étendue. Presque tous les types de biens, y compris les produits haut de gamme sophistiqués, sont concernés. L’échelle de production dépasse tout ce que le monde a connu jusqu’à présent. Un chiffre suffira : la Chine peut produire… 40 millions de voitures. Et la Chine n’a pas renoncé aux industries naguère bas de gamme. Elle vise un éventail industriel intégral et des exportations d’une ampleur dont le Japon, à son apogée, ne pouvait que rêver.

La logistique du commerce mondial favorise également la Chine : les avis selon lesquels le commerce mondial se contracte et se fragmente sont inexacts. Il continue de croître, mais il est entièrement tiré par la Chine. La Chine fabrique 90 % des conteneurs mondiaux ; mais sur plus de quatre conteneurs expédiés remplis vers l’Europe, un seul revient chargé.

Nous sommes désormais face au "China Shock 2.0". Sur le ton de la plaisanterie, le Premier ministre Li Qiang l’a récemment rebaptisé "China Opportunity 2.0". Pour les acheteurs internationaux, ce sont en effet "des prix bas tous les jours" (l’ancienne devise de Walmart…) en Chine. Et bien sûr, Li Qiang nie, comme on pouvait s’y attendre, qu’une telle situation soit le résultat du volontarisme politique des dirigeants chinois, qui se résume d’un mot : subventions.

Pourtant, il est trop facile pour les Européens de se rassurer à bon compte, en accusant un partenaire plus dur que l’acier - la Chine autoritaire - et de se bercer d’illusions en croyant que des solutions protectionnistes et défensives permettront de résoudre ce "déséquilibre mondial" à elles seules. 

Bilan des réponses européennes à ce jour

Oui, la défense et la riposte face à l’inflexibilité commerciale de la Chine sont nécessaires. Comme sa campagne d’exportation mondiale résulte également d’une grave impasse intérieure, elle ne connaît d’autre limite que celles qui pourraient lui être fixées par ses partenaires commerciaux. La Chine ne souhaite peut-être pas "dominer le monde", comme certains l’ont affirmé à tort : cela lui coûterait trop cher. En revanche, elle n’a ni fixé ni même reconnu de limite à la part que pourrait prendre sa production manufacturière dans le monde. Celle-ci s’élève actuellement à 35 % et pourrait facilement atteindre 40 % d’ici 2030, compte tenu de la tendance actuelle. Quoi qu’on pense des politiques commerciales successives de l’administration Trump, les États-Unis sont la seule économie à avoir réduit depuis 2019 sa dépendance commerciale directe globale vis-à-vis de la Chine. Il a fallu y aller à la hache, c’est-à-dire avec des droits de douane parfois exorbitants, mais la Chine a été contrainte de s’asseoir à la table des négociations.

Les critiques objecteront qu’une part plus importante du déficit commercial américain, que ce soit par substitution ou par la réexportation de composants chinois, provient désormais d’ailleurs - notamment du Japon, de la Corée et de Taïwan, du Vietnam, du Mexique, ainsi que de certains États membres de l’Union européenne. Même dans ce cas, que l’UE subisse un afflux de marchandises en provenance d’autres pays asiatiques ou en provenance de la Chine n’est pas indifférent : il faut aussi tenir compte de la nature du régime chinois et de sa stratégie géopolitique. Avec la plupart des pays d’Asie, il existe une marge de négociation et un respect des accords. En revanche, la Chine a déjà utilisé à plusieurs reprises son levier commercial à des fins coercitives, y compris à l’encontre de l’Europe.

Nous devons donc soutenir le mandat donné par le Conseil européen pour mettre rapidement en place un nouvel instrument de solidarité face aux menaces commerciales chinoises et à ses mesures de rétorsion. Nous devons également accélérer et élargir les contre-mesures commerciales existantes ou prévues, qu’il s’agisse de l’automobile, de l’acier ou des produits chimiques. Ce n’est qu’en disposant d’une dissuasion crédible contre ces exportations que nous parviendrons à un accord avec la Chine sur les investissements directs en Europe, en tant qu’alternative aux exportations. La Commission européenne a pour mandat de créer de nouvelles mesures de sauvegarde - des instruments s’apparentant davantage aux droits de douane américains prévus par les sections 232 ou 301, qui peuvent être utilisés en cas de hausse soudaine des importations et de tendances préjudiciables à la sécurité économique. Il faut saluer le fait que l’UE mette en place des droits de douane supplémentaires sur l’acier tout en poursuivant les discussions avec la Chine. Nous devons également tracer des lignes rouges en matière de sécurité nationale ("sécurité publique" pour reprendre le vocable européen) et de sécurité économique : nous ne pouvons pas accorder à la Chine un accès illimité dans sa quête des technologies qui lui font encore défaut.

Après le récent Conseil de l’UE et la rencontre entre Maros Sefcovic, commissaire européen chargé du commerce et de la sécurité économique, et Wang Wentao, ministre chinois du Commerce, le 29 juin, certains signes indiquent que l’Union européenne s’engage sérieusement dans cette voie. Elle tente également d’amener la Chine à accepter une véritable négociation, ce qui implique des compromis. Certes, mais en attendant, les belles paroles inscrites dans un communiqué conjoint n’empêchent pas l’UE de mettre en œuvre certaines de ses premières décisions et d’avancer dans le processus qui aboutira à la finalisation de la loi sur l’accélérateur industriel (IAA). Ce texte législatif de référence permettra de renforcer la politique industrielle et d’instaurer un régime d’investissements étrangers à des conditions acceptables pour l’Europe : une mesure que la Chine a elle-même adoptée… depuis la fin des années 1970 !

En l’état actuel, le projet de cette législation comporte des marges de manœuvre pour les États membres, ainsi qu’au moins un geste de bonne volonté majeur envers la Chine : bien que celle-ci ne soit pas signataire de la loi sur les marchés publics internationaux, ses entreprises pourront néanmoins répondre aux appels d’offres publics en Europe si leur prix est inférieur de 25 % à celui de la concurrence. Dans le domaine des infrastructures et de nombreux autres biens publics, cet objectif est largement à la portée des entreprises chinoises, dont les coûts sont moins élevés. L’IAA est donc déjà un texte de compromis. Quoi qu’il en soit, l’IAA ne couvre à ce stade que 2 % du marché européen, et l’enjeu est aussi d’aller plus vite sur la suite.

Ceci sans compter que cette initiative de l’UE doit être surveillée de près. La version définitive de l’IAA n’est pas attendue avant octobre (la date limite officielle étant fixée à la fin de cette année). L’approbation par le Parlement et le Conseil prendra encore plus de temps. Au rythme où progressent les exportations chinoises, cela laisse largement le temps à la Chine d’étouffer de nombreuses entreprises européennes - et d’attirer les clients européens avec la promesse de produits ultra-bon marché. La plateforme de négociations qui vient d’être créée entre la Chine et l’UE a bien pour échéance octobre 2026, si l’on en croit les communications européennes. Mais cette échéance n’apparaît nulle part dans les communiqués chinois.

Il semble évident à l’auteur de ces lignes que la Chine n’a aucun intérêt à faire des concessions importantes à l’Europe avant les élections de mi-mandat américaines début novembre. Jusqu’à cette date, elle risque davantage de représailles que de récompenses de la part des États-Unis en cas d’accord avec l’Union européenne. La trêve commerciale conclue entre Donald Trump et Xi Jinping s’étend précisément jusqu’au mois d’octobre prochain. Et quelle qu’en soit l’issue, la Chine gagne du temps dans l’intervalle, ce qui constitue un soulagement supplémentaire pour ses exportateurs et ses entreprises minées par le dumping intérieur des prix.

Une conclusion s’impose : la voie empruntée par la Commission européenne et le mandat assez large apparemment accordé par les États membres sont louables. 

Même si le rythme européen s’accélère, il ne fait ni le poids face aux réactions ultra-rapides de la Chine, , qui prend des mesures préventives avant même que les décisions de l’UE ne soient finalisées, ni face aux revirements soudains dans la posture industrielle et commerciale.

Mais même si le rythme européen s’accélère, il ne fait ni le poids face aux réactions ultra-rapides de la Chine, qui prend des mesures préventives avant même que les décisions de l’UE ne soient finalisées, ni face aux revirements soudains dans la posture industrielle et commerciale : par exemple, les changements instantanés apportés à la logistique ou aux petits colis, ou l’accent soudain mis sur les hybrides rechargeables et les véhicules à moteur à combustion interne après que l’Europe s’est opposée au dumping des véhicules électriques. La liste des secteurs - et bientôt des services - concernés s’étend bien au-delà du champ d’application actuel de l’IAA ou des mesures commerciales défensives. L’Europe se retrouve à affronter un hydre de Lerne face à la Chine, un concurrent centralisé et agile.

Faire face au "choc européen 2.0"

La gestion du "choc européen 1.0" avait nécessité des mesures urgentes : avec le "choc chinois 2.0", il faut aussi changer de braquet, notamment en ce qui concerne toutes les mesures défensives brièvement énoncées ci-dessus. Il nous faut prendre conscience des changements que ce "choc européen 2.0" exige de nous, et agir en conséquence.

La croissance des exportations chinoises dépasse en effet de loin celle du commerce mondial de marchandises, que l’OMC a estimée à 4,6 % en 2025, avec une croissance plus lente attendue en 2026. Mais l’Europe est leur première destination. Le tsunami chinois frappe l’Europe plus durement que tout autre continent, excepté l’Afrique. Les statistiques douanières chinoises indiquent que les exportations de la Chine vers l’UE ont augmenté de 18 % en glissement annuel au premier trimestre 2026, devançant les exportations vers l’ASEAN ou le Royaume-Uni et dépassant largement la croissance globale du commerce extérieur chinois. Les importations de l’UE en provenance de Chine ont atteint 145,3 milliards d’euros au premier trimestre 2026, soit une hausse d’environ 20 % par rapport au premier trimestre 2024, tandis que le total des importations extra-européennes a reculé de 3,3 %.

Les ajustements nécessaires (une litote…) à l’Europe ne peuvent être reportés, aussi douloureux fussent-ils. Certes, les coûts de l’énergie et du foncier en Chine sont imbattables, le pays dispose d’une épargne d’autant plus importante que la consommation des ménages est faible. La création monétaire est deux fois plus forte que le taux de croissance du PIB, et bien plus forte que chez ses voisins d’Asie de l’Est qui mènent eux aussi une politique de dépréciation de leur monnaie. L’émission de crédits publics peut porter ce pourcentage jusqu’à 50 % en glissement annuel dans certains secteurs.

Mais en Europe ? Une décennie durant, les taux d’intérêt européens étaient bas, à 1 % voire négatifs pour certains : qu’en avons-nous fait ?

Dans la lutte entre pays aux intérêts divergents, nous avons affaibli et retardé l’approfondissement d’un marché européen des capitaux, et même si les résultats de l’UE dans la mise en œuvre du Rapport Draghi sont meilleurs qu’on ne le dit, il est difficile d’être à la hauteur des enjeux quand le budget de l’UE s’éleve à 1 % du PIB européen. Il existe certes des solutions pour combler certaines lacunes - telles que des régimes d’assurance communs pour encourager les prêteurs sur de grands projets - mais elles ne peuvent se substituer à une réorientation majeure des capitaux.

L’Europe, fondée sur la conviction des vertus de l’économie de marché et de la concurrence, ne peut pas suivre un modèle chinois - où prévaut le transfert massif de ressources vers un financement centralisé et largement public ou para-public. Le passage des dépenses publiques vers le marché des capitaux demande une réduction de la part des premières dans le PIB si la croissance reste faible, et d’une stabilisation si cette croissance venait à s’accélérer. Nous laissons ici de côté les autres recommandations du rapport Draghi, à commencer par la simplification des règles et l’accélération des processus décisionnels. Pour l’instant, l’Europe en reste trop souvent au constat : la Chine est un problème. Mais pour y répondre, de multiples processus peu clairs se chevauchent ou se combattent - entre États membres, Commission et Parlement européen - sans parler de l’enchevêtrement encore plus complexe des administrations publiques et des agences européennes. Aux États-Unis, les règles en matière d’accès au marché et d’investissements sont beaucoup plus claires.

L’objectif déclaré du G7 de cette année est le rééquilibrage de l’économie mondiale : il faut souhaiter qu’après le sommet d’Évian, on réussisse à avancer en ce sens. Il faudra pour cela obtenir le soutien des pays d’Asie de l’Est autres que la Chine - le Japon, la Corée, qui, avec Taïwan, affichent d’importants excédents courants associés à des devises moins chères. Nous devons les convaincre : pour ce faire, il faudrait faire évoluer nos nouveaux outils défensifs en matière de commerce et d’investissement. Nos politiques commerciales reposent sur le principe de la neutralité : il faudrait assumer de prendre des mesures explicitement ciblées sur la Chine. Par principe ou par pusillanimité, l’UE n’y est pas prête. Les États-Unis poursuivent plus que jamais leur propre cap en matière de politiques monétaires et de marchés de capitaux, et il est peu probable que nous puissions former avec eux une alliance efficace à court terme. Une négociation collective visant un réalignement des devises - ou, comme disent certains, un "nouvel accord du Plaza", cet accord sur les taux de change de 1985, signé entre les États-Unis, le Japon, la RFA, le Royaume-Uni et la France - est donc peu probable.

Il existe une alternative : faire baisser le cours de la monnaie européenne, donc pratiquer une dévaluation compétitive. Les États-Unis l’ont envisagé, l’Asie de l’Est y a recours, et de nombreuses économies émergentes menacées par l’offensive exportatrice de la Chine s’y préparent. Il n’y a pas lieu ici de discuter des conséquences que cela entraînerait, mais esquissons au moins deux observations finales. Premièrement, si une dévaluation, associée à une création monétaire et accompagnée de réformes en profondeur, augmente le potentiel de croissance du marché unique, cela stimulera également les investissements étrangers dans nos économies. Deuxièmement, tout comme on ne peut pas rester multilatéral dans un monde où quasiment plus personne ne l’est, on ne peut pas continuer à se poser en gardien de sa monnaie dans un monde où presque tout le monde se livre à une dévaluation compétitive.

En faisant le choix de la dévaluation de l’€, le principal risque serait d’ordre politique, plutôt qu’économique : celui de donner un nouveau prétexte, sous des justifications pseudo-keynésiennes, à des dépenses publiques inconsidérées au service de revendications populistes, du lobbying industriel ou de toutes les politiques "bien-être" susceptibles d’être inventées.

Cet écueil là est politique est difficile à assurer. L’urgence consiste donc, pour les 27 États membres de l’Union européenne, à définir judicieusement la frontière entre le soutien public souhaitable et l’investissement privé, qui doit être proportionnellement largement plus important.

Copyright WANG Zhao / AFP

Le Premier ministre chinois Li Qiang, lors de la cérémonie d’ouverture du Forum économique mondial (FEM) à Dalian, dans la province chinoise du Liaoning, le 24 juin 2026.

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