
Source : Programme de la Candidate
La proposition vise un redressement des finances de la Ville de Paris par une réduction massive et progressive des dépenses de fonctionnement. Si les mesures symboliques - suppression des frais de représentation et des jetons de présence, réduction du nombre d’adjoints, diminution de la flotte automobile et du cabinet du maire - produisent des économies immédiates mais limitées (16 M€), le cœur du dispositif repose sur la contraction des effectifs municipaux.
Le principal gisement d’économies provient ainsi de la masse salariale, qui représente près de 2,9 Md€ par an. En combinant le non-remplacement d’environ 1 500 agents par an et une rationalisation du temps de travail permettant de dégager l’équivalent de 1 378 postes, les économies pourraient atteindre entre 529 M€ et 567 M€ par an en fin de mandature, soit près de 7 % du budget de fonctionnement actuel.
La faisabilité juridique varie selon les mesures : certaines relèvent d’une simple délibération du Conseil de Paris (indemnités, cabinet, véhicules), tandis que la division par deux du nombre de conseillers supposerait une réforme législative que la maire de Paris ne peut ordonner. Par ailleurs, la trajectoire suppose une conversion intégrale des gains horaires en suppressions de postes, ce qui constitue une hypothèse ambitieuse au regard des contraintes organisationnelles et de continuité du service public.
Le chiffrage présenté ici ne couvre qu’une partie du programme de réduction des effectifs avancé par la candidate. Il n’intègre pas les économies liées aux privatisations, faute de précisions sur les services concernés et sur les coûts éventuels de remplacement par des prestations externes ; le plan de départs volontaires, dont l’effet budgétaire est plus incertain en raison du versement d’indemnités initiales ; ainsi que les économies de frais de structure (informatique, habillement, charges de locaux), que la candidate estime proportionnelles à la baisse des effectifs.
Économie
estimée
Institut Montaigne
564 M€
Temporalité
Par an, en fin de mandat
Hypothèse basse
545 M€
Hypothèse haute
583 M€
La proposition s’inscrit dans un débat structurant sur la trajectoire financière de la Ville de Paris, marqué ces dernières années par une hausse significative des dépenses de fonctionnement, notamment de la masse salariale (près de 2,9 Md€), une progression de l’endettement municipal et une augmentation des prélèvements fiscaux locaux.
La question du « train de vie » de la Ville et de l’efficience administrative constitue un axe central du débat municipal. Les critiques portent régulièrement sur le nombre d’agents municipaux (plus de 53 000), l’absentéisme dans la fonction publique territoriale et l’organisation du temps de travail. L’application effective de la règle des 1 607 heures annuelles a fait l’objet de controverses depuis la réforme de 2019.
Les mesures proposées relèvent de régimes juridiques distincts.
Les mesures relatives aux frais de représentation, aux jetons de présence, aux voitures de service et au nombre d’adjoints peuvent être modifiées par délibération du Conseil de Paris. Les indemnités des élus sont encadrées nationalement, mais la collectivité conserve une marge d’organisation interne (nombre d’adjoints dans la limite légale, répartition des délégations, organisation des cabinets).
En revanche, la réduction du nombre de conseillers de Paris ne relève pas d’une décision municipale. Le nombre de conseillers est fixé par la loi (Code électoral) en fonction de la population de la commune. Une division par deux du nombre d’élus supposerait donc une réforme législative.
S’agissant des effectifs municipaux, la collectivité dispose juridiquement de la maîtrise de ses recrutements et peut décider de ne pas remplacer une partie des départs à la retraite. Toutefois, cette politique doit respecter les obligations de continuité du service public ainsi que les règles statutaires et conventionnelles applicables aux agents de la fonction publique territoriale.
La question du temps de travail est encadrée par la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique, qui impose une durée annuelle de référence de 1 607 heures. Les collectivités ont dû mettre fin aux régimes dérogatoires antérieurs, mais peuvent maintenir des sujétions spécifiques justifiées par la nature des missions.
La Maire de Paris dispose d’une indemnité annuelle forfaitaire de 19 720 € pour ses dépenses de représentation. De plus, chacun des 17 maires d’arrondissement peut bénéficier d’une indemnité jusqu’à 1 092 € par an.
Si ces montants étaient utilisés en totalité, la dépense annuelle maximale pour la Ville atteindrait environ 19 720 + 17×11 092 ≈ 208 000 €.
Les conseillers de Paris qui siègent dans les conseils d’administration des sociétés liées à la Ville perçoivent des jetons de présence. Depuis 2020, ces rémunérations sont strictement plafonnées à 2 287 € par an pour un administrateur simple, et jusqu’à 15 245 € par an pour les quelques élus qui président ces organismes (11 postes de président).
En 2021, 45 des 163 conseillers de Paris ont touché une rémunération complémentaire de ce type. Si chacun percevait le maximum autorisé, l'économie s’élèverait à environ 11 × 15 245 + 34 × 2 287 ≈ 245 000 € par an.
Actuellement, la maire de Paris s’est entourée d’une équipe de 37 adjoints. Chaque adjoint au maire de Paris perçoit une indemnité de fonction d’environ 5 960 € brut par mois.
Réduire le nombre d’adjoints à 10 impliquerait la suppression de 27 postes d'adjoints.
Cette estimation considère uniquement les indemnités brutes des adjoints supprimés et ne prend pas en compte d’éventuels coûts indirects associés à leurs fonctions.
La flotte automobile dédiée aux déplacements officiels des élus et hauts fonctionnaires parisiens comprend environ 60 berlines avec chauffeurs. Ces véhicules dits "de service" (remplaçant les anciennes "voitures de fonction") sont mis à disposition d’environ 150 ayants droit (élus - maires d’arrondissement, adjoints, présidents de groupe et certains hauts fonctionnaires). Le coût annuel de ces 60 voitures avec leurs chauffeurs, entretien et carburant est d’environ 4 M€.
Diviser par cinq ce nombre reviendrait à ne conserver qu’une douzaine de véhicules au lieu de 60, soit une réduction de 48 voitures et de leurs frais associés. Sous hypothèse de proportionnalité, la dépense passerait d’environ 4 M€ à 0,8 M€ par an. L’économie attendue serait donc de l’ordre de 3,2 M€ par an.
D’après le rapport social unique de la ville de Paris on décompte 141 collaborateurs du cabinet de la Maire de Paris au 31/12/2024.
On peut chiffrer l’économie correspondante en utilisant la masse salariale actuelle : en 2024, les rémunérations brutes versées aux collaborateurs de cabinet de la Maire et des adjoints s’élevaient à 7,80 millions d’euros pour l’année.
En divisant par cinq, les économies réalisées s’élèveraient à 6,2 M€.
Le Conseil de Paris, organe délibérant de la Ville, compte actuellement 163 conseillers de Paris élus (pour la mandature 2020-2026). Chaque conseiller de Paris perçoit une indemnité mensuelle brute de 4 526,71 € (montant de base pour un conseiller sans délégation particulière). Cela correspond à une rémunération brute annuelle de 54 320 € par conseiller.
Si le nombre de conseillers était réduit de moitié (passant de 163 à 82 élus), 81 postes de conseillers municipaux seraient supprimés. Les indemnités non versées à ces 81 conseillers en moins représenteraient 81 × 54 320 € = 4,4 M€ par an d’économies.
Le salaire brut d’un agent de la Ville de Paris est en moyenne de 54 700 € par an. Cela génère donc 82 M€ par an d’économies soit 492 M€ par an en fin de mandat.
En tenant compte de la montée en charge progressive, l’économie totale peut être estimée à environ 1,72 Md€ cumulés sur six ans, soit près de 287 M€ d’économies par an en moyenne sur la durée du mandat.
Le règlement du temps de travail des personnels de la ville de Paris reprend les 1 607 heures de travail effectif par an et introduit un référentiel des sujétions comprend 6 niveaux. À chaque niveau de sujétion correspond un temps de travail. Il est compris entre 1 481 heures pour le niveau 6 à 1 607 heures pour le niveau 0.
Le rapport social unique de la Ville de Paris indique la répartition des agents (uniquement ceux gérés dans Chronotime, application de gestion des temps des agents de la Ville de Paris, soit 42 225) par niveau de sujétion en 2024. Il y a en tout près de 50 000 agents à la ville de Paris.
Cela permet d’avoir, par niveau de sujétion et au total, le nombre d’heures en écart aux 1 607 heures et ensuite de le ramener en équivalent agents.
|
Niveau de sujétion |
Obligation horaire annuelle |
Nombre d’agents |
Écart aux 1607 heures (en heures) |
Écart aux 1607 heures (en agents) |
|
0 |
1 607 |
12 492 |
0 |
0 |
|
1 |
1 586 |
5 690 |
119 490 |
74 |
|
2 |
1 565 |
5 418 |
227 556 |
142 |
|
3 |
1 544 |
7 650 |
481 950 |
300 |
|
4 |
1 523 |
10 466 |
879 144 |
547 |
|
5 |
1 502 |
392 |
41 160 |
26 |
|
6 |
1 481 |
117 |
14 742 |
9 |
|
Total |
N.A. |
42 225 |
1 764 042 |
1 098 |
On ramène ensuite ces données à tous les agents de la ville de Paris (53 000 agents contre 42 225 gérés dans Chronotime), ce qui fait un écart de 1 378 agents.
Avec une masse salariale de 2,9 Md€ et 53 000 agents, le salaire brut chargé d’un agent de la Ville de Paris est en moyenne de 54 700€ par an. Cela permettrait donc de faire 75,3 M€ d’économies par an en faisant l’hypothèse que tous les niveaux de sujétion passent à 1 607 heures et également que toutes les heures travaillées en plus soient convertis en poste en moins. Si seule la moitié est convertie, le gain serait de 37,5 M€.
Ville de Paris, Transparence : indemnités des élus parisiens et frais de représentation, Octobre 2025
Le Monde, Paris rabote les jetons de présence pour ses élus, Novembre 2020
TF1 Info, La mairie de Paris consacre-t-elle vraiment 23 millions d'euros par an à son "budget voiture" ?, Juin 2020
Ville de Paris, Rapport social unique de la Ville de Paris (2024)
Bati Actu, La Ville de Paris dévoile son patrimoine immobilier, Avril 2013