
"Nous allons plus que doubler les effectifs de la police municipale pour atteindre 8 000 agents (contre 3 000 fin 2025).
Pour cela, nous procéderons à des recrutements externes, mais aussi à des formations d'agents municipaux dont les postes seront redéployés.
Près de 80 % des polices municipales françaises sont dotées d'armes létales, y compris des villes gérées par la gauche comme Bordeaux. Paris ne peut plus continuer à faire exception."
Source : Programme de Sarah Knafo
L'Institut Montaigne chiffre le coût de cette proposition à 195,6 M€ par an. La candidate indique quant à elle un coût de 277 M€ sur la même temporalité.
Préoccupation au cœur de la campagne des municipales, la sécurité occupe une part croissante du budget des collectivités. En particulier, les dépenses de polices municipales constituent la principale dépense de fonctionnement des communes en matière de sécurité. Or entre 2017 et 2024, les dépenses de fonctionnement des polices municipales ont augmenté en moyenne de +41 % contre +16 % de croissance pour les dépenses de fonctionnement des autres services publics. On constate également une part croissante de polices municipales armées, passant de 48 % des agents disposant d’une arme de poing en 2012 à 58 % en 2023.
Parmi les très grandes villes françaises, Paris a longtemps constitué une exception en ne disposant pas d’une police municipale au sens juridique du terme. Cette situation résultait du régime institutionnel spécifique de la capitale, caractérisé par un rôle historiquement central de l’État en matière de sécurité publique, via la préfecture de police.
La réforme a été engagée à partir de 2021 sous la mandature d’Anne Hidalgo, avec la création effective d’une police municipale et une montée en charge progressive des effectifs. Début 2025, la police municipale parisienne comptait environ 2 400 policiers municipaux assermentés, distincts des autres agents de la Direction de la prévention, de la sécurité et de la protection (DPSP), mais intégrés dans un continuum de sécurité.
Dans le cadre de la campagne municipale de 2026, l’augmentation des effectifs de police municipale est une proposition présente dans la plupart des programmes des candidats à Paris. En janvier 2025, on compte 2 400 policiers municipaux à Paris. Sarah Knafo promet de porter les effectifs à 8 000 agents ainsi que de les armer.
Si sur le plan de la faisabilité, la mesure ne soulève pas d’obstacle juridique particulier, son coût annuel moyen sur le mandat 2026-2032 atteint 195,6 M€, dans l’hypothèse d’une montée en charge progressive des effectifs sur 6 ans. En outre, si l’objectif était atteint, le budget de fonctionnement de 5 376 policiers supplémentaires représenterait plus de 325,9 M€ par an à partir de 2032, correspondant à 67,9 % du budget sécurité de la Ville de Paris en 2025.
La candidate indique un coût de 277 M€ par an, avec la répartition suivante :
Coût
estimé
Candidat
277 M€
Institut Montaigne
195,6 M€
Temporalité
Par an
Au niveau national, l’État a encouragé le renforcement du rôle des polices municipales, notamment à travers les travaux parlementaires sur la sécurité globale et sur l’élargissement progressif de leurs prérogatives. À ce titre, le Sénat a adopté le 10 février 2026 le projet de loi relatif à l'extension des prérogatives, des moyens, de l'organisation et du contrôle des polices municipales et des gardes champêtres. Ce texte, s’il est adopté par l’Assemblée nationale, pourrait permettre aux policiers municipaux, sur accord du maire, de constater une série de délits comme l’usage de stupéfiants, l’outrage sexiste et sexuel ou le port d’armes blanches, et de procéder à des contrôles d’identité.
Plus largement, cette proposition s’inscrit dans la montée en puissance des politiques de sécurité locale engagées depuis la fin des années 2010, avec l’augmentation des effectifs de police municipale (+40 % au niveau national entre 2013 et 2023) et la généralisation progressive de l’armement (58 % des agents disposaient d’une arme de poing en 2023, soit 10 points de plus en 10 ans). Pour autant, cette montée en puissance demeure principalement à la charge financière des collectivités locales : les dispositifs nationaux de soutien (dotations, subventions ciblées) restent limités et ne couvrent qu’une part marginale des coûts de fonctionnement et d’équipement.
Lors de la mandature 2020-2026, la Ville de Paris a engagé une réforme structurante en matière de sécurité municipale avec la création effective d’une police municipale, rompant avec l’organisation antérieure fondée sur la seule DPSP. À partir de 2021, cette réforme s’est traduite par une montée en charge progressive des effectifs de policiers municipaux assermentés. La mandature a également ouvert le débat sur l’armement des policiers municipaux parisiens, avec des choix d’équipement demeurés limités et partiels à ce stade, reflétant une approche prudente de la doctrine d’emploi. Début 2025, la police municipale parisienne compte environ 2 400 agents, sans que l’objectif de généralisation de l’armement ait été arrêté. Cette trajectoire marque donc une inflexion significative par rapport à la situation antérieure à 2020.
La mesure vise donc à renforcer la présence visible et continue de la police municipale sur l’espace public et à améliorer la réactivité face aux incivilités et aux atteintes à la tranquillité publique. L’armement des agents est présenté comme un levier d’adaptation des moyens municipaux à l’évolution des missions et du contexte sécuritaire, sous réserve d’une doctrine d’emploi et d’une coordination effective avec les forces de sécurité de l’État.
À Paris, l’augmentation des effectifs et l’armement de la police municipale ne soulèvent pas d’obstacle juridique majeur, ces leviers relevant des compétences communales, les principales contraintes étant d’ordre budgétaire, opérationnel et de coordination avec l’État.
À Paris, les effectifs de la police municipale s’élèvent à 2 400 agents en 2025 selon la Ville de Paris. Si Sarah Knafo compte 3 000 agents à la fin de l’année 2025, nous retiendrons ici, par souci d’équité avec les autres candidats, les données de la Ville de Paris de janvier 2025. Le chiffrage repose sur l’hypothèse d’un recrutement graduel permettant de porter les effectifs de la police municipale parisienne à 8 000 agents à l’horizon 2032, soit 5 600 recrutements supplémentaires. Sarah Knafo prévoit des recrutements externes ainsi que le redéploiement d’agents municipaux formés pour atteindre cet objectif. Toutefois, elle précise que la mobilité des agents se fera sur la base du volontariat ("Nous proposerons aussi d'accompagner les fonctionnaires qui le souhaitent dans un projet de reconversion vers des services que nous aurons besoin de renforcer"). En pratique, la mobilité interne dans la fonction publique territoriale est très limitée (autour de 3,9 % en moyenne). On retiendra donc 4 % d’agents publics redéployés parmi les 5 600 effectifs nouvellement recrutés, dont le coût est neutre pour la collectivité. Il s’agit d’une hypothèse haute concernant les mobilités à destination de la police municipale, où les taux d’admissions aux concours de police municipale sont relativement faibles (autour de 10,5 %).
Pour atteindre 8 000 agents, il faudrait donc recruter 96 % x 5 600 = 5 376 agents. Cette montée en charge est supposée linéaire sur la période, afin de tenir compte (1) des contraintes de recrutement et de formation, (2) des capacités d’encadrement et d’absorption budgétaire de la Ville et (3) des pratiques observées lors de la montée en charge initiale depuis 2021.
Dans une étude publiée en octobre 2025, l’Observatoire des Finances et de la Gestion publique Locales estime à 60 636€ les dépenses de fonctionnement annuelles par agent de police municipale dans les communes de plus de 100 000 habitants. Ce montant inclut déjà les frais de formation et l’achat d’équipements et des dépenses diverses. Nous considérons qu’il inclut également le coût incrémental d’équipement lié au recrutement des policiers municipaux.
Sur cette hypothèse, recruter 5 376 agents représente donc une dépense annuelle de fonctionnement supplémentaire de 60 636 x 5 376 = 325,9 M€.
Sarah Knafo propose également d’armer la police municipale. Le coût de l’armement des agents dépend de deux éléments : le coût d’acquisition des équipements et de leur entretien, ainsi que la formation des agents.
Nous retenons comme hypothèse le choix d’armes de poing semi-automatiques standard (par exemple de type Glock 9 mm), correspondant à l’équipement le plus couramment utilisé au sein des polices municipales. Le prix catalogue en 2026 est en moyenne de 817€. En prenant en compte la négociation liée aux volumes, le prix unitaire de référence peut être estimé à environ 700€.
La généralisation du port d'arme pour les agents de la police municipale entraînerait également des dépenses de formations préalables obligatoires, prévues par l’article R511-19 du Code de la sécurité intérieure.
Les policiers municipaux devraient d’abord suivre une formation juridique sur le port et l’usage des armes, dont le prix fixé par le Centre national de la fonction publique territoriale se situe en moyenne autour de 328€. Ensuite, la formation spécifique à l’arme choisie s’élèverait en moyenne à 1 125€ dans ce cas, comme nous en faisons l’hypothèse.
L’autorisation de port d'armes, pour être conservée, nécessite le tir de 50 cartouches par an sur deux séances conformément à l’article R511-21 du Code de la sécurité intérieure. La prix de la formation d’entraînement au maniement des armes (son montant varie ensuite en fonction de la prise en charge des frais liés aux équipements et intervenants : équipements mis à disposition par le CNFPT ou par la collectivité, modalités de recrutement de l’intervenant…) se situe en moyenne à 110€ par séance. Le coût total des formations continues atteint donc 10 560 000€ par an pour 8 000 agents. On considère ensuite que la formation des agents nécessitera un investissement dans les infrastructures (stands de tir, formation de moniteurs…). En prenant un projet d’investissement comparable, réalisé par une autre métropole et ajusté à l’inflation à un taux forfaitaire de 15 %, on peut estimer ce coût à 1 380 000€.
|
Coût unitaire (€) |
Nombre |
Total (€) |
|
|
Arme de service (Glock 9mm) |
817 |
8 000 |
6 536 000 |
|
Formation initiale |
1 453 |
8 000 |
11 624 000 |
|
Formation continue |
220 x 6 ans = 1 320 |
8 000 |
10 560 000 |
|
Infrastructures de tir |
1 380 000 |
||
|
Total |
30 100 000 |
Au total, l’armement de 8 000 policiers municipaux représente un investissement de 30,1 M€ sur 6 ans de mandat soit une moyenne de 5 M€ par an.
Trajectoire et coût moyen sur la période
|
Année |
Recrutement et fonctionnement |
Armement |
Total annuel |
|
Année 1 |
54,3 M€ |
5 M€ |
59,3 M€ |
|
Année 2 |
108,7 M€ |
5 M€ |
113,7 M€ |
|
Année 3 |
163,0 M€ |
5 M€ |
168,0 M€ |
|
Année 4 |
217,3 M€ |
5 M€ |
222,3 M€ |
|
Année 5 |
271,6 M€ |
5 M€ |
276,7 M€ |
|
Année 6 |
326,0 M€ |
5 M€ |
331,0 M€ |
|
Coût moyen annuel (sur 6 ans) |
190,2 M€ |
5 M€ |
195,2 M€ |
Porter la police municipale à 8 000 agents armés sur le mandat représente donc un coût moyen annuel de 195,6 M€.
Paris.fr, "On a suivi une patrouille de soirée de la police municipale parisienne" (effectifs de police municipale), janvier 2025
Sénat, 25 propositions pour donner aux polices municipales les moyens de lutter contre l'insécurité du quotidien, décembre 2025
OFGL, Les enjeux financiers des polices municipales – Nouveaux éclairages, octobre 2025
CNFPT - Formation initiale à l'armement
CNFPT - Formation continue à l'armement
lepistolier.fr, Tarifs administratifs - Armement
France24, L'armement des policiers municipaux, un débat qui n'en est presque plus un, janvier 2026
L'Institut Paris Région, Les polices muicipales des plus grandes villes de France - Panorama factuel, novembre 2019
emploipublic.fr, Mobilité dans la fonction publique : les chiffres-clés, janvier 2024