
“La candidate propose également d’augmenter le nombre d’agents de police municipale pour atteindre 3500 agents “réellement formés et déployés”.”
Source : Le Parisien
L'Institut Montaigne chiffre le coût de cette proposition à 43,5 M€ par an.
Préoccupation au cœur de la campagne des municipales, la sécurité occupe une part croissante du budget des collectivités. En particulier, les dépenses de polices municipales constituent la principale dépense de fonctionnement des communes en matière de sécurité. Or entre 2017 et 2024, les dépenses de fonctionnement des polices municipales ont augmenté en moyenne de +41% contre +16% de croissance pour les dépenses de fonctionnement des autres services publics.
Parmi les très grandes villes françaises, Paris a longtemps constitué une exception en ne disposant pas d’une police municipale au sens juridique du terme. Cette situation résultait du régime institutionnel spécifique de la capitale, caractérisé par un rôle historiquement central de l’État en matière de sécurité publique, via la préfecture de police.
La réforme a été engagée à partir de 2021 sous la mandature d’Anne Hidalgo, avec la création effective d’une police municipale et une montée en charge progressive des effectifs. Début 2025, la police municipale parisienne comptait environ 2 400 policiers municipaux assermentés, distincts des autres agents de la Direction de la prévention, de la sécurité et de la protection (DPSP), mais intégrés dans un continuum de sécurité.
Dans le cadre de la campagne municipale de 2026, l’augmentation des effectifs de police municipale est une proposition présente dans la plupart des programmes des candidats à Paris. À ce titre, Sophia Chikirou promet de porter les effectifs de police à 3 500 agents.
Si sur le plan de la faisabilité, la mesure ne soulève pas d’obstacle juridique particulier, son coût annuel moyen sur le mandat 2026-2032 atteint 43,5 M€, dans l’hypothèse d’une montée en charge progressive des effectifs sur 6 ans. En outre, si l’objectif était atteint, le budget de fonctionnement de 1 056 policiers supplémentaires représenterait 64 M€ par an à partir de 2032, correspondant à 12,6 % du budget sécurité de la Ville de Paris en 2024.
Contactée, l’équipe de campagne de la candidate retient un coût moyen annuel de fonctionnement plus faible du fait que les policiers parisiens disposent d’équipements plus légers que la moyenne nationale et qu’une partie des frais de fonctionnement couvrent les équipements, prestations extérieures et fournitures, qui, dans le cas spécifique de Paris, bénéficient d’effets de volume significatifs dans la commande publique (marchés groupés, achats en gros).
Coût
estimé
Candidat
36,7 M€
Institut Montaigne
43,5 M€
Temporalité
Par an
Au niveau national, l’État a encouragé le renforcement du rôle des polices municipales, notamment à travers les travaux parlementaires sur la sécurité globale et sur l’élargissement progressif de leurs prérogatives. À ce titre, le Sénat a adopté le 10 février 2026 le projet de loi relatif à l'extension des prérogatives, des moyens, de l'organisation et du contrôle des polices municipales et des gardes champêtres. Ce texte, s’il est adopté par l’Assemblée nationale, pourrait permettre aux policiers municipaux, sur accord du maire, de constater une série de délits comme l’usage de stupéfiants, l’outrage sexiste et sexuel ou le port d’armes blanches, et de procéder à des contrôles d’identité.
Plus largement, cette proposition s’inscrit dans la montée en puissance des politiques de sécurité locale engagées depuis la fin des années 2010, avec l’augmentation des effectifs de police municipale (+ 40% au niveau national entre 2013 et 2023) et la généralisation progressive de l’armement (58% des agents disposaient d’une arme de poing en 2023, soit 10 points de plus en 10 ans). Pour autant, cette montée en puissance demeure principalement à la charge financière des collectivités locales : les dispositifs nationaux de soutien (dotations, subventions ciblées) restent limités et ne couvrent qu’une part marginale des coûts de fonctionnement et d’équipement.
Lors de la mandature 2020-2026, la Ville de Paris a engagé une réforme structurante en matière de sécurité municipale avec la création effective d’une police municipale, rompant avec l’organisation antérieure fondée sur la seule DPSP. À partir de 2021, cette réforme s’est traduite par une montée en charge progressive des effectifs de policiers municipaux assermentés. Début 2025, la police municipale parisienne compte environ 2 400 agents. Cette trajectoire marque donc une inflexion significative par rapport à la situation antérieure à 2020.
La mesure vise donc à renforcer la présence visible et continue de la police municipale sur l’espace public et à améliorer la réactivité face aux incivilités et aux atteintes à la tranquillité publique.
À Paris, l’augmentation des effectifs de la police municipale ne soulève pas d’obstacle juridique majeur, ces leviers relevant des compétences communales, les principales contraintes étant d’ordre budgétaire, opérationnel et de coordination avec l’État.
À Paris, les effectifs de la police municipale s’élèvent à 2 400 agents en 2024. Atteindre 3 500 policiers municipaux nécessiterait le recrutement de 1 100 agents.
Dans une étude publiée en octobre 2025, l’Observatoire des Finances et de la Gestion publique Locales estime à 60 636€ les dépenses de fonctionnement annuelles par agent de police municipale dans les communes de plus de 100 000 habitants. Ce montant inclut déjà les frais de formation et l’achat d’équipements et des dépenses diverses. Nous considérons qu’il inclut également, la première année, le coût incrémental d’équipement lié au recrutement des policiers municipaux.
Contactée, l’équipe de campagne de la candidate indique que la Ville de Paris dispose encore au sein de la Direction de la prévention, de la sécurité et de la protection (DPSP) d’un vivier d’agents aux missions proches de celles des policiers municipaux. Une partie de ces agents pourrait rejoindre les rangs de la police municipale sans recrutement externe à plein coût.
En pratique, la mobilité interne dans la fonction publique territoriale est très limitée (autour de 3,9 % en moyenne). On retiendra donc 4 % d’agents publics redéployés parmi les 1 100 effectifs nouvellement recrutés, dont le coût est neutre pour la collectivité. Il s’agit d’une hypothèse haute concernant les mobilités à destination de la police municipale, où les taux d’admissions aux concours de police municipale sont relativement faibles (autour de 10,5 %).
Le recrutement externe concernerait donc 1 100 x 96 % = 1 056 agents.
Ceci pris en compte, la mesure représenterait donc une dépense annuelle de fonctionnement supplémentaire de 60 636 * 1 056 = 64 M€.
Conformément à la mesure annoncée par la candidate, le chiffrage repose sur l’hypothèse d’un recrutement de 220 agents par an, permettant d’augmenter les effectifs de 1 056 agents sur 5 ans. Un telle montée en charge permet de tenir compte (1) des contraintes de recrutement et de formation, (2) des capacités d’encadrement et d’absorption budgétaire de la Ville et (3) des pratiques observées lors de la montée en charge initiale depuis 2021.
Trajectoire et coût moyen sur la période
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Année |
Recrutement et fonctionnement |
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Année 1 |
13,3 M€ |
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Année 2 |
26,7 M€ |
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Année 3 |
40 M€ |
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Année 4 |
53,4 M€ |
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Année 5 |
64 M€ |
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Année 6 |
64 M€ |
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Coût moyen annuel (sur 6 ans) |
43,5 M€ |
Le recrutement de 1 056 policiers municipaux sur le mandat représente donc un coût moyen annuel de 43,5 M€.
Paris.fr, On a suivi une patrouille de soirée de la police municipale parisienne, janvier 2025
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OFGL, Les enjeux financiers des polices municipales - Nouveaux Éclairages, octobre 2025