
"Mettre en place un programme expérimental d'incitation à la rénovation énergétique pour les bailleurs privés, reposant sur : une aide financière de la Ville couvrant 25 % à 100 % du montant des travaux, conditionnée à la mise en gestion par la Régie et à un engagement de location à loyer modéré pour des durées de 3, 6, 9 ou 12 ans ; la mobilisation systématique de l'ensemble des aides européennes, nationales et régionales auxquelles le bailleur est éligible, afin de maximiser l'effet levier public et de massifier les rénovations."
Source : Programme de la Candidate
Cette proposition de programme expérimental vise à inciter massivement les propriétaires bailleurs privés à rénover leurs logements énergivores en échange d'une aide financière de la Ville pouvant couvrir de 25 % à 100 % des travaux. La mesure s'inscrit dans un contexte parisien particulièrement tendu où 54 % des logements parisiens sont classés E, F ou G au DPE et où près de 308 000 ménages locataires du parc privé sont potentiellement concernés par l'interdiction progressive de mise en location des passoires thermiques (classes G dès 2025, F dès 2028, E dès 2034).
L'aide financière de la Ville varie de 25 % à 100 % selon les engagements du bailleur. En hypothèse centrale (35 % d’aide), la mesure reviendrait à 235,5 M€ sur le mandat, soit 39,2 M€ par an en moyenne, ce qui représenterait près de 131 % du budget annuel actuellement consacré à l’aide à l’habitat privé.
Contactée, l’équipe de campagne de la candidate a indiqué que les rénovations envisagées visait à sortir du statut de passoire thermique, sans nécessairement atteindre la classe À ou B. Il s’agirait donc de financer des travaux ciblés (isolation des combles, remplacement de la chaudière par une pompe à chaleur ou un système décarboné…) et non des rénovations globales. Ainsi, le coût de la mesure pourrait être revu à la baisse.
Coût
estimé
Candidat
110 M€
Institut Montaigne
235,5 M€
Répartition
Ville de Paris / État / Région / Union européenne
Temporalité
Sur la durée du mandat
Hypothèse basse
168,2 M€
Hypothèse haute
672,8 M€
La proposition s'inscrit dans le cadre de la loi Climat et Résilience de 2021 qui interdit progressivement la location des logements les plus énergivores (classes G, F puis E du DPE). À Paris, cette réglementation crée une urgence particulière car la part des logements classés E, F ou G (54 %) est nettement supérieure à la moyenne nationale (41 %) et régionale (45 %). Cette surreprésentation s'explique par l'ancienneté du parc : seulement 21 % des logements parisiens ont été construits après 1975, contre 42 % en Île-de-France.
Au 1er janvier 2018, Paris comptait 567 000 résidences principales classées E, F ou G, dont 326 000 passoires thermiques (F et G) (source : Insee). Dans le parc locatif privé spécifiquement, 308 000 ménages locataires sont potentiellement concernés à terme par les interdictions de location : 203 000 logements dès 2025-2028 (classes F et G) et 105 000 supplémentaires d'ici 2034 (classe E).
La Ville de Paris a inscrit 28,4 M€ au budget 2025 pour l'aide à l'habitat privé et la rénovation énergétique, contre 13,8 M€ en 2024, soit une augmentation de 106 %. Le budget 2025 prévoit également 1,7 milliard d'euros d'investissements totaux, dont 400 millions pour la transition écologique.
Sur le plan juridique, la mesure s'appuie sur les compétences communales en matière d'aide à l'habitat. L'article L. 2251-1 du code général des collectivités territoriales permet aux communes de participer au financement de l'amélioration de l'habitat privé. La création d'une Régie publique de gestion locative est juridiquement faisable, plusieurs villes françaises disposant déjà de régies immobilières municipales (Grenoble, Montreuil, etc.).
Le conditionnement des aides à un engagement de location à loyer modéré est conforme au droit existant, sur le modèle du dispositif Loc'Avantages de l'Anah. La durée d'engagement peut être modulée entre 3 et 12 ans, avec des taux d'aide proportionnels.
Les principaux défis opérationnels concernent :
Une étude d’Ithaque avance un coût moyen de 742€/m² pour une rénovation complète permettant de sortir un logement du statut de passoire thermique à Paris. Ce niveau, qui correspond à des rénovations lourdes et globales (isolation complète, changement de système de chauffage, ventilation, menuiseries, traitement des ponts thermiques), souvent en copropriété complexe et en site occupé.
Cette estimation est par ailleurs cohérente avec le rapport de la Cour des comptes "Le soutien aux logements face aux évolutions climatiques et au vieillissement de la population" (ici, p. 33). Le rapport se concentre sur les aides destinées aux propriétaires privés (comme MaPrimeRénov'). Il mentionne des estimations générales pour le coût d'une rénovation globale performante (entre 60 000€ et 70 000€ selon l'Ademe, ou entre 45 000€ et 90 000€ selon I4CE) pour les bailleurs privés.
Nous retenons une estimation de 750€/m² par logement pour une rénovation intermédiaire, sur une surface moyenne de 65 m² par logement, soit 48 750€ par logement.
Contactée, l’équipe de campagne de la candidate a indiqué que les rénovations envisagées visait à sortir du statut de passoire thermique, sans nécessairement atteindre la classe À ou B. Il s’agirait donc de financer des travaux ciblés (isolation des combles, remplacement de la chaudière par une pompe à chaleur ou un système décarboné…) et non des rénovations globales. Ainsi, le coût des travaux par logement pourrait être revu à la baisse. En outre, elle précise qu’il s’agit d’un "programme expérimental", qui viserait 800 logements la première année, 1 500 la deuxième, 2 500 la troisième, pour un scénario de plein régime de 3 000 logements par an.
En considérant une montée en charge progressive :
| Année | Nombre de logements |
Coût de la rénovation par logement |
Total |
| Année 1 | 800 | 48 750€ | 39 000 000 |
| Année 2 | 1 500 | 48 750€ | 73 125 000 |
| Année 3 | 2 500 | 48 750€ | 121 875 000 |
| Année 4 | 3 000 | 48 750€ | 146 250 000 |
| Année 5 | 3 000 | 48 750€ | 146 250 000 |
| Année 6 | 3 000 | 48 750€ | 146 250 000 |
| Total | 8 625 | 48 750€ | 672 750 000 |
| Coût moyen annuel sur le mandat | 112 125 000 |
Le coût total des rénovations sur le mandat est de 672,8 M€, soit 112,1 M€ par an.
La proposition prévoit une aide variable de 25 % à 100 % selon l'engagement du bailleur. Nous établissons deux scénarios :
Le programme prévoit un engagement de location à loyer modéré de 3, 6, 9 ou 12 ans en échange d’un niveau d’aide croissant. Les bailleurs privés ont intérêt à minimiser la durée d’engagement afin de conserver la flexibilité de leur patrimoine. On peut donc retenir une hypothèse centrale d’un taux d’aide à 35 %.
Un budget de 235,5 M€ sur le mandat, soit 39,2 M€ par an en moyenne, représenterait près de 131 % du budget annuel actuellement consacré à l’aide à l’habitat privé.
Insee, À Paris, des enjeux de rénovation énergétique très forts pour plus de la moitié des logements, Insee Analyses Île-de-France n°154, 2022
SDES, La performance énergétique du parc locatif privé au 1er janvier 2023
observatoire-des-loyers.fr, Observatoire des loyers de l'agglomération parisienne, Rapport Paris 2024
Ithaque, 742 euros : le coût moyen au m² de la rénovation énergétique d'un appartement à Paris, janvier 2024
MoneyVox, Rénovation énergétique : combien ça coûte de retaper une passoire thermique à Paris ?, janvier 2024
Anah, Guide propriétaire – Rénovation énergétique d'un logement, août 2024
France Rénov', Je suis un propriétaire bailleur
Ministère de la Transition écologique, Location et gel des loyers des passoires énergétiques
Ville de Paris, 5 graphiques pour mieux comprendre le budget 2025 de la Ville de Paris, décembre 2024
Ville de Paris, Budget : Paris maintient son engagement pour répondre aux crises climatiques et du logement, novembre 2024
Insee, À Paris, des enjeux de rénovation énergétique très forts pour plus de la moitié des logements, juin 2022