
"Je proposerai un gel immédiat de la production de nouveaux logements sociaux via la préemption, afin de redéployer au moins 100 M€ par an vers la lourde réhabilitation qui s’impose dans le parc social existant"
"J’imposerai la rénovation thermique et la résilience du parc social à hauteur de 10 000 rénovations de logements sociaux par an par le raccordement de 25 % des résidences aux réseaux de chaleur et de fraîcheur d’ici 2032 (contre 10 % aujourd’hui) et l’installation de 30 % de toitures solaires lors des grosses rénovations pour favoriser l’autoconsommation."
Source : Programme de la Candidate
Cette proposition de Rachida Dati s'inscrit dans un contexte parisien où le parc social compte 271 906 logements au 1er janvier 2024 (23,1 % des résidences principales), avec une demande forte de 292 000 ménages en attente. La candidate propose de stopper l'augmentation du taux de logements sociaux (déjà au niveau des 25 % requis par la loi SRU) et de réorienter les investissements vers la rénovation du parc existant.
Les communes déficitaires sont redevables d'un prélèvement annuel sur leurs ressources fiscales, proportionnel à leur potentiel fiscal et au déficit en logements sociaux. Tout montant investi dans des logements sociaux est déductible de ce prélèvement annuel. Un tel mécanisme est destiné à favoriser l'investissement dans des logements sociaux, puisque le taux de prélèvement peut ainsi être ramené à zéro.
L'engagement porte sur la rénovation énergétique de 10 000 logements sociaux par an, soit environ 60 000 logements sur la mandature. Cet objectif est le double du rythme actuel de rénovation à Paris (environ 5 000 logements/an selon les données 2024). Le programme inclut des objectifs spécifiques : raccordement de 25 % des logements rénovés aux réseaux de chaleur et de fraîcheur d'ici 2032 et installation de panneaux solaires sur 30 % des toitures lors des rénovations lourdes des immeubles du parc HLM. Le coût estimé de la mesure représente donc 935 M€ pour 60 000 logements rénovés sur 6 ans, soit près de 155M€ par an.
Coût
estimé
Candidat
110 M€
Institut Montaigne
155 M€
Répartition
Ville / Etat / Bailleurs sociaux
Temporalité
Par an
Au niveau national, la France compte 5,4 millions de logements sociaux au 1er janvier 2025. Le parc social français est alimenté à hauteur de 66 % par des énergies renouvelables via les réseaux de chaleur. Selon l'Observatoire national de la rénovation énergétique, 7,4 % des logements du parc social étaient des passoires thermiques (étiquettes F ou G) au 1er janvier 2024.
À Paris, le parc social comptait 271 906 logements au 1er janvier 2024, soit 23,1 % des résidences principales. Au sens SRU, Paris est au niveau de l’objectif légal de 25 %, avec en outre de forts écarts selon les arrondissements, illustrant un déséquilibre est/ouest. Malgré ces niveaux, la pression demeure élevée : environ 292 000 ménages sont en attente d’un logement social en Île-de-France, dont une part importante de ménages parisiens.
Le budget 2025 de la Ville de Paris consacre 800 M€ au logement social (en crédits d'engagement) et 480 M€ en crédits de paiement. Ce budget inclut les acquisitions foncières (compte foncier logement de 200 M€), les subventions aux bailleurs sociaux pour construction et rénovation, et le développement du logement abordable via la Foncière du logement abordable.
La politique actuelle mise sur la préemption d'immeubles pour créer du logement social. En 2023-2024, la Ville et ses bailleurs ont investi 1,1 milliard d'euros en préemption et acquisition, permettant de créer environ 2 000 logements. Rachida Dati propose de limiter drastiquement cette politique, estimant pouvoir dégager 100 M€ par an d'économies, à réorienter vers la rénovation du parc existant.
En matière de rénovation énergétique, Paris s'est fixé pour objectif d'avoir 100 % de logements rénovés d'ici 2050 dans le cadre de son Plan Climat voté fin 2024. En 2024, 14 opérations de rénovation du parc existant ont été votées pour un total de 1 389 logements et un montant de subvention de plus de 22 M€ (soit environ 15 800€ par logement en subvention de la Ville). D'ici 2030, plus de 5 200 logements sociaux seront réhabilités dans le 14e arrondissement seul.
Le réseau de chaleur urbain parisien, premier de France avec plus de 500 km de canalisations, alimente environ 425 000 logements. Il est alimenté à plus de 50 % par des énergies renouvelables et de récupération, avec un objectif de 75 % en 2030 et 100 % en 2050. La Ville a adopté un barème de raccordement réduisant fortement les coûts : pour une copropriété de 100 logements, le raccordement simple coûte désormais environ 7 000€ TTC (14 000€ TTC avec extension de 60 m), contre 86 000€ TTC auparavant.
Sur le plan juridique et politique, la Ville de Paris dispose de la compétence en matière de politique du logement et peut décider de l'orientation de ses investissements. L'arrêt de la croissance du parc social au niveau des 25 % requis par la loi SRU est légalement possible, bien que la majorité sortante vise 30 % de logements sociaux d'ici 2035.
Sur le plan opérationnel, plusieurs défis se posent :
Le doublement du rythme de rénovation (de 5 000 à 10 000 logements par an) nécessite une montée en charge significative des bailleurs sociaux et des entreprises du BTP.
Les travaux de rénovation énergétique en site occupé sont complexes et peuvent nécessiter des relogements temporaires, ralentissant les opérations.
Le raccordement aux réseaux de chaleur dépend de la proximité du réseau et peut nécessiter des extensions coûteuses dans certains quartiers.
L'installation de panneaux solaires sur 30 % des toitures du parc HLM suppose des toitures adaptées et une coordination avec les copropriétés et un avis favorable des architectes des bâtiments de France.
La réorientation proposée (arrêt des préemptions pour financer la rénovation) pourrait rencontrer l'opposition des bailleurs sociaux et des associations de locataires attachés à la création de nouveaux logements sociaux.
Une étude d’Ithaque avance un coût moyen de 742€/m² pour une rénovation complète permettant de sortir un logement du statut de passoire thermique à Paris. Ce niveau, qui représente correspond à des rénovations lourdes et globales (isolation complète, changement de système de chauffage, ventilation, menuiseries, traitement des ponts thermiques), souvent en copropriété complexe et en site occupé.
Les Rapports annuels sur la situation financière des organismes HLM 2021-2023 donnent un chiffre un peu plus élevé, avec un coût qui culmine à plus de 50 000 € par logement (+ 60 % en 10 ans). Ce chiffre peut encore doubler pour des réhabilitations structurelles complètes (ici). Cette estimation est par ailleurs cohérente avec le rapport de la Cour des comptes "Le soutien aux logements face aux évolutions climatiques et au vieillissement de la population" (ici, p. 33). Le rapport se concentre sur les aides destinées aux propriétaires privés (comme MaPrimeRénov'). S'il mentionne des estimations générales pour le coût d'une rénovation globale performante (entre 60 000 € et 70 000 € selon l'Ademe, ou entre 45 000 € et 90 000 € selon I4CE), ces chiffres sont cités dans le contexte du parc privé et non pour les bailleurs sociaux.
Nous retenons une estimation de 750 € pour une rénovation intermédiaire, sur une surface moyenne de 65 m² par logement : 10 000 × 65 × 750 = 487,5 M€.
Le coût budgétaire pour la Ville de Paris est apprécié distinctement, la maîtrise d’ouvrage et le portage financier des opérations demeurant principalement assurés par les bailleurs sociaux. La part de la ville dans la rénovation est estimée à 30 %. Au-delà, la collectivité devient quasi co-maître d’ouvrage financier, situation rarement observée et souvent critiquée par les juridictions financières. Les ratios observés dans les opérations suivies par l’ANCOLS placent généralement la contribution locale en-dessous d’un tiers du coût total et la Cour des comptes, dans le rapport cité plus haut, souligne explicitement que la maîtrise de l’investissement reste chez les bailleurs, les collectivités jouant un rôle d’effet levier, non de portage intégral.
Avec une participation de 30 % pour la rénovation, la Ville de Paris doit fournir un effort annuel d’investissement de 146 M€.
Contactée, l’équipe de campagne de la candidate a indiqué que dans le cadre de son Plan Climat 2024-2030, la Ville de Paris prévoit de consacrer 50 M€ par an pour rénover environ 5 000 logements, chiffrant la mesure de la candidate à 100 M€ pour 10 000 logements rénovés. L’Institut Montaigne retient un coût de rénovation par logement tel qu’observé et reporté dans les rapports précités, plutôt que les chiffres issus du Plan Climat de la Ville de Paris.
Coûts additionnels du programme spécifique de Rachida Dati
Le programme inclut deux objectifs spécifiques qui génèrent des coûts additionnels :
1. Raccordement aux réseaux de chaleur (25 % des logements rénovés d'ici 2032)
2. Installation de panneaux solaires (30 % des toitures du parc HLM, lors des rénovations lourdes)
L’hypothèse retenue est de de 1 500€ par logement pour tenir compte des contraintes spécifiques comme l’ancienneté des toitures ou d'éventuels renforcements de charpente.
L’équipe de campagne de la candidate indique que l’installation de panneaux photovoltaïques ne concernerait que les rénovations lourdes des immeubles HLM. Ainsi, le coût d’installation de panneaux solaires pourrait être inférieur s’il concerne un nombre plus restreint de logements.
Il est ici fait l’hypothèse que la moitié des rénovations sont des rénovations "lourdes". 1 500 logements seraient donc concernés chaque année.
Pour 10 000 logements rénovés par an :
Cette estimation de 155 M€ par an représente donc 935 M€ pour 60 000 logements rénovés.
Apur, Les derniers chiffres du logement social à Paris - Note n°275, mai 2025
Apur, Les chiffres du logement social à Paris, en 2024, PDF de communication, janvier 2025
INSEE, "Parc de logements au 1er janvier 2025", Insee Focus n°359, septembre 2025
Union sociale pour l'habitat, 5,4 millions de logements locatifs sociaux en France au 1er janvier 2025", SDES, janvier 2026
Batiweb, Les candidats à la mairie de Paris et le logement, février 2026
paris.fr, Budget : Paris maintient son engagement pour répondre aux crises climatiques et du logement, novembre 2024
Ministère du Logement, Aides à la rénovation énergétique du parc social en 2024, avril 2024
Hellio, Aides à la rénovation énergétique du parc social en 2025, juillet 2025
Loré, Logement social : les chiffres clés 2025, septembre 2025
Homeserve, Quel budget pour la rénovation énergétique en 2025 ?, octobre 2025
Les clés de la banque, Quel coût pour mes travaux de rénovation énergétique ?, novembre 2025
Ville de Paris, Tout savoir sur le raccordement au réseau de chaleur urbain, mai 2025
France Chaleur Urbaine, Développer le chauffage urbain
France Chaleur Urbaine, Aides financières pour réduire le coût du raccordement au chauffage urbain
Hellio, Les réseaux de chaleur à Paris, novembre 2025
Union sociale pour l'habitat, Cahier Repères n°144 : Les réseaux de chaleur urbains, février 2025
Terra Nova, Le réseau de chaleur urbain parisien : levier de transition écologique et de justice sociale à Paris, novembre 2025
paris.fr, Paris pour le climat, juillet 2025