
"L’ancien premier adjoint de la maire de Paris pendant six ans veut "créer une promenade continue sur 25 km" des berges (12,5 km environ de chaque côté). "46 % des quais bas sont aujourd’hui inaccessibles aux piétons, calcule-t-il. Après dix ans de berges piétonnes, il faut passer à l’étape suivante."
Source : Le Parisien
Alors que la tendance nationale est au réaménagement des berges de fleuves ou rivières traversant les grandes agglomérations (Lyon, Nantes, Bordeaux, Toulouse, etc.) en France comme à l’international, pour développer les mobilités douces, Paris s’est aussi engagée dans ce mouvement avec la piétonnisation d’une partie des voies sur berges depuis le début des années 2010. Ce projet emblématique a suscité un grand nombre de controverses, ce qui lui donne une place particulièrement importante dans les programmes des candidats à la mairie de Paris.
Emmanuel Grégoire propose d’amplifier le mouvement entrepris par Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo, à savoir piétonniser l’intégralité des voies sur berges situées dans Paris, soit 25 km en tout, le double de la distance actuellement fermée à la circulation.
Afin d’estimer le coût de cette proposition, il est possible d’effectuer des comparaisons avec des projets similaires. La fourchette basse serait ainsi une piétonnisation a minima similaire à celle effectuée pour les voies sur berges de la rive droite à Paris, soit 43 M€ environ dans ce scénario. Une fourchette haute serait plus proche des aménagements effectués pour les berges du Rhône à Lyon (185 M€) ou les berges de la Garonne à Bordeaux (212 M€). Ceci amène à un investissement moyen de 128 M€.
À cela s’ajoutent des dépenses de fonctionnement, non négligeables, de 13,5 M€ pour entretenir la végétation et assurer la propreté de cette grande promenade.
Ceci représente une dépense de 61€ par habitant de Paris (2,1 millions d’habitants) mais aussi l’équivalent de la rénovation thermique de 32 établissements scolaires, le coût moyen pour cela étant de 4 M€ par école. C’est aussi près de trois fois le budget de végétalisation et modernisation de la place de la Concorde (38 M€ HT).
Outre la question du coût, cette opération devra surmonter certaines difficultés, en particulier l’opposition d’automobilistes, de commerçants et d’élus locaux - à l’image des projets précédents de la ville de Paris en la matière. La question du report du trafic automobile devra aussi être anticipée. Enfin, le fondement juridique retenu pour la piétonnisation des voies de la rive droite pourrait être fragilisé en cas de réplication pour le projet actuel.
Ainsi, un investissement a minima sur le format de la piétonnisation actuelle des voies sur berges sur la rive droite, représente une fourchette basse avec un coût de 43 M€ environ. Toutefois, un projet plus ambitieux, avec davantage de végétalisation et d’aménagements urbains est susceptible de faire augmenter le coût du projet, avec une fourchette haute de 212 M€. Une fourchette moyenne se situerait à 128 M€ environ.
Contactée, l’équipe de campagne du candidat souligne que le projet ne peut être assimilé à une requalification lourde mais consiste en une réfection légère (reprise ponctuelle des revêtements, accessibilité PMR, signalisation, mobilier). Dans cette perspective, elle évalue le coût d’investissement autour de 50 M€ sur la durée du mandat, auquel s'ajouteront en année pleine des dépenses de fonctionnement (entretien, nettoyage) comprises entre 3 et 5 M€ par an. Cette estimation correspond à l’hypothèse basse du chiffrage. Toutefois, les visuels et éléments de communication associés au projet laissent au contraire entrevoir un niveau d’aménagement plus ambitieux, susceptible de rapprocher le coût réel des bornes médiane voire haute.
Coût
estimé
Institut Montaigne
128 M€
Temporalité
Sur la durée du mandat
Hypothèse basse
43 M€
Hypothèse haute
212 M€
Au niveau national, la tendance est au développement des mobilités « douces », c’est-à-dire la marche et le vélo. Ceci s’est traduit notamment par le lancement d’un "Plan vélo et marche" national entre 2023-2027 pour faire notamment des mobilités douces une alternative à la voiture individuelle.
Cette tendance, couplée aux enjeux d’adaptation au changement climatique et de renaturation des villes, a conduit de nombreuses villes à reconfigurer les berges des fleuves et rivières qui les traversent pour les restituer à la circulation piétonne et cycliste et réduire la circulation automobile dans la ville. Les exemples sont nombreux en France, qu’il s’agisse du réaménagement des berges du Rhône à Lyon, de la transformation des quais de la Garonne à Bordeaux ou de la requalification des berges de la Loire à Nantes.
À Paris, la rive droite de la Seine est occupée depuis 1967 par les voies sur berges, une route à deux voies de 13 km permettant de traverser rapidement Paris en voiture d’est en ouest (40 000 véhicules par jour à la fin des années 2000). La rive gauche est quant à elle ouverte à la circulation automobile uniquement sur 2,3 km. Toutefois, depuis le début des années 2010, Bertrand Delanoë puis Anne Hidalgo ont porté un projet de piétonnisation des voies sur berges, tout d’abord côté rive gauche en 2010, puis rive droite à l’automne 2016 - avec la fermeture complète à la circulation automobile de la portion des voies comprises entre le tunnel des Tuileries et le tunnel Henri-IV (3,3 km).
Dans le cadre de la campagne municipale, la question des voies sur berges constitue un objet d’attention de la plupart des candidats. Ainsi, Rachida Dati porte le projet d’un « parc urbain patrimonial » avec une végétalisation totale, la création d’une voie pour les piétons et une cohabitation des usages. Pierre-Yves Bournazel propose de maintenir la piétonnisation et d’aller plus loin en créant une promenade continue « Nouvelles Berges de Seine » (piste cyclable en site propre, dimanches 100 % piétons, végétalisation, etc.). Sarah Knafo présente quant à elle le projet de rouvrir la portion centrale des voies sur berges à la circulation automobile en construisant au-dessus une promenade piétonne et cycliste.
En matière d’aménagement des voies sur berge, la ville de Paris dispose de la compétence de droit commun en matière de circulation et de stationnement.
Toutefois, dans ce domaine, le maire de Paris doit composer avec le préfet de police de Paris qui détient des compétences d’attribution sur le fondement de la sécurité des personnes et des biens ou de la protection des institutions (art. L. 2512-14 du code général des collectivités territoriales) : cela implique notamment la réversibilité des voies sur berge et donc l’impossibilité de supprimer l’axe de circulation (lettre du 5 mars 2018) En outre, le maire de Paris doit respecter les prescriptions du préfet pour les aménagements de voirie projetés par la ville pour certains axes « essentiels à la sécurité de Paris et au bon fonctionnement des pouvoirs publics ». Le règlement de voirie de la ville de Paris prévoit par ailleurs une saisine systématique de la préfecture de Police de tous les projets d’aménagement de voirie.
Ce projet ayant vocation à réduire la circulation automobile, en fermant des portions des voies sur berge, il est probable qu’il rencontre des oppositions de la part des associations d’automobilistes mais aussi d’acteurs politiques, notamment la région Île-de-France ou les maires de certains arrondissements, qui avaient déposé des recours contre les arrêtés pris par la maire de Paris en 2016 et 2017 pour la fermeture de la portion centrale des voies sur berges sur la rive droite.
Des difficultés juridiques pourraient également surgir. Après l’annulation par le tribunal administratif d’un premier arrêté de fermeture des voies sur berges, un deuxième arrêté avait finalement été validé, fondé non plus sur l’amélioration de la qualité de l’air mais sur la protection du patrimoine des berges de Seine, classées à l’UNESCO - ce qu’a ensuite confirmé la cour administrative d’appel. Si le périmètre du site classé a été étendu en 2024 du pont de Bir-Hakeim à la passerelle d’Austerlitz, il ne comprend pas l’intégralité des voies sur berges que souhaite piétonniser Emmanuel Grégoire : le fondement juridique de l’arrêté à prendre serait donc fragilisé.
Un travail devra aussi être mené avec la préfecture de Police, au regard de l’importance de ces axes de circulation dans Paris et des compétences du préfet en matière d’aménagements de voirie. Le préfet de police avait toutefois donné son accord au projet porté par Anne Hidalgo en 2016 - ce qui permet d’anticiper une capacité de la ville à trouver un compromis avec la préfecture.
Enfin, les éventuelles difficultés techniques sont liées aux enjeux de report de la circulation automobile sur d’autres axes. En effet, la fermeture de nouveaux tronçons des voies sur berges pourrait accentuer des effets de report du trafic sur d’autres voies traversant la capitale. Toutefois, un bilan effectué par la préfecture de police en juin 2017 soulignait que le report de la circulation sur d’autres axes était modéré et sans danger, et que les temps de parcours n’avaient augmenté que de deux minutes en début de matinée sur les quais hauts rive droite et sur le boulevard St-Germain et de cinq à six minutes au pic de fréquentation le soir.
En considérant qu’Emmanuel Grégoire souhaite piétonniser la totalité des voies sur berges rive droite (soit 25km), et que, selon lui, 46 % sont d’ores et déjà piétonnes, la distance à reconvertir représente 13,5 kilomètres.
Le coût est susceptible de fortement varier selon le type d’équipements et d’aménagements que souhaite mener la ville de Paris. Ainsi, le projet porté par B. Delanoë pour la première phase de la piétonisation des quais en 2011 prévoyait 8,6 M€ pour un jardin flottant, ou encore 2,5 M€ pour créer un emmarchement reliant les quais hauts et bas vers le musée d’Orsay.
Afin d’estimer le coût d’un tel projet, il est possible de se baser sur des projets similaires :
Ainsi, un investissement a minima sur le format de la piétonnisation actuelle des voies sur berges sur la rive droite, représente une fourchette basse avec un coût de 43 M€ environ. Toutefois, un projet plus ambitieux, avec davantage de végétalisation et d’aménagements urbains est susceptible de faire augmenter le coût du projet, avec une fourchette haute de 212 M€. Une fourchette moyenne se situerait à 128 M€ environ.
La fourchette moyenne retenue pour ce projet représente une dépense de 61€ par habitant de Paris (2,1 millions d’habitants) mais aussi l’équivalent de la rénovation complète de plus de 22 écoles primaires ou maternelle, la rénovation du groupe scolaire Romainville ayant coûté 17 M€ pour 2 écoles primaires et 1 école maternelle. C’est aussi l’équivalent de la rénovation thermique de 32 établissements scolaires, le coût moyen pour cela étant de 4 M€ par école. C’est aussi près de trois fois le budget de végétalisation et modernisation de la place de la Concorde (38 M€ HT).
Il faut noter que ces chiffrages ne portent que sur les dépenses d’investissement. Il est nécessaire de prendre en compte par la suite des dépenses de fonctionnement, qui pourraient représenter un total de 13,5 M€/an dont :
Le Parisien, "Municipales à Paris : 25 km de balade en bord de Seine, baignade au port de l’Arsenal… Le projet d’Emmanuel Grégoire", janvier 2026
Vie Publique, "Paris, collectivité territoriale spécifique", août 2024
Légifrance / Code général des collectivités territoriales, "Article L.2512-14"
Sénat, "Texte n°548 sur la répartition des compétences à Paris en matière de circulation et de stationnement", février 2022
Ministères Aménagement du territoire Transition écologique, "Cahier d'accompagnement pour la renaturation des villes et des villages", mars 2025
Le Monde, "Delanoë veut rendre les quais de Seine aux piétons "dans les deux ans", avril 2010
Programme de campagne de Sara Knafo
Vidéo de campagne de Sara Knafo
RTL, "Interview de Rachida Dati dans l'émission Le grand jury", février 2026
Wikipédia, "Voie Georges-Pompidou"
Wikipédia, "Rives de la Seine à Paris"
Le Monde, "Voies sur berge fermées à Paris : le "oui mais" du préfet de police", juin 2017
VRT, "Le Conseil de Paris approuve la piétonnisation de la voie sur berges rive droite", décembre 2015
Le Figaro, "Paris : la facture détaillée des Voies sur berges", novembre 2011
Agence Nationale pour l'Information sur le Logement (ANIL), "Indice INSEE du coût de la construction"
Placéco, "Euratlantique : 19,6M€ pour prolonger les quais de la Garonne", février 2021