
“Je propose (sur les voies sur berges) un grand parc patrimonial urbain : végétalisation totale, priorité aux piétons, pavés enherbés & dalles calcaires. Un lieu apaisé pour les familles et leurs animaux. (…) Faire un grand parc patrimonial urbain, en utilisant des matériaux du patrimoine historique de Paris. De la dalle calcaire, comme celle que l’on a sur le parvis de Notre-Dame (…) Je mets du pavé enherbé pour éviter la minéralisation de certains sites (…) J’y mets de la végétalisation en pleine terre. Il y aura une voie réservée pour les piétons. Il y aura du mobilier urbain parisien, bancs Davioud et candélabre.“
Source : Compte Facebook de la Candidate
Alors que la tendance nationale est au réaménagement des berges de fleuves ou rivières traversant les grandes agglomérations (Lyon, Nantes, Bordeaux, Toulouse, etc.) en France comme à l’international, pour développer les mobilités douces, Paris s’est aussi engagée dans ce mouvement avec la piétonnisation d’une partie des voies sur berges depuis le début des années 2010. Ce projet emblématique a suscité un grand nombre de controverses, ce qui lui donne une place particulièrement importante dans les programmes des candidats à la mairie de Paris.
Rachida Dati propose, pour sa part, un projet de parc patrimonial urbain qui transformerait une partie des voies piétonnes actuelles en un parc avec des espaces végétalisés, des espaces de promenade recouverts de dalles calcaires et du mobilier urbain parisien.
Contactée, l’équipe de campagne de la candidate précise que le projet ne concerne pas l’ensemble des quais : les berges des îles seraient préservées en l’état, la promenade des 5e et 6e arrondissements ne serait pas aménagée, le jardin Tino Rossi ferait seulement l’objet d’une réfection ponctuelle, les ports de la Conférence et de la Bourdonnais conserveraient une activité portuaire avec des aménagements légers, et la voie Georges Pompidou ainsi que les quais de la Râpée et de Bercy resteraient circulés. Le projet se concentre donc sur le linéaire situé dans le périmètre Unesco, du pont d’Iéna au pont Charles de Gaulle, pour un total de 4,7 km, correspondant au tronçon allant du souterrain des Tuileries au tunnel du boulevard Henri IV (rive droite) et du Musée d’Orsay au pont d’Iéna (rive gauche). Le chiffrage présenté porte uniquement sur ce périmètre.
Après les précisions de la candidate, et en se fondant sur des exemples récents de réaménagements complets de berges de fleuves (Lyon, Bordeaux), il est possible d’anticiper une fourchette haute de 73,9 M€. En partant du coût unitaire des équipements et travaux souhaités, cela donne une fourchette basse à 26,2 M€. Une fourchette moyenne serait donc de 50 M€ en matière de dépenses d’investissement.
L’estimation de l’Institut représente environ 24€ par habitant à Paris (2,1 millions d’habitants). C’est l’équivalent de la rénovation thermique d’environ 12 à 13 établissements scolaires, sur la base d’un coût moyen de 4 M€ par école, ou encore de 1,3 fois le budget de végétalisation et de modernisation de la place de la Concorde (38 M€ HT).
Un tel projet ne devrait pas faire face à des oppositions politiques fortes, étant donné qu’il ne vise pas à étendre la partie piétonne, ni à des obstacles administratifs importants. En revanche, il est nécessaire de prendre en compte l’environnement particulier que sont les quais de Seine en matière de végétalisation (profondeur de terre, crues). Le coût de fonctionnement pourrait aussi être élevé avec les dépenses d’entretien de la végétation, de nettoyage, et de vidéoprotection - que l’on peut anticiper à 7,5 M€ par an environ.
Coût
estimé
Institut Montaigne
50 M€
Temporalité
Sur la durée du mandat
Hypothèse basse
26,2 M€
Hypothèse haute
73,9 M€
Au niveau national, la tendance est au développement des mobilités « douces », c’est-à-dire la marche et le vélo. Ceci s’est traduit notamment par le lancement d’un "Plan vélo et marche" national entre 2023-2027 pour faire notamment des mobilités douces une alternative à la voiture individuelle.
Cette tendance, couplée aux enjeux d’adaptation au changement climatique et de renaturation des villes, a conduit de nombreuses villes à reconfigurer les berges des fleuves et rivières qui les traversent pour les restituer à la circulation piétonne et cycliste et réduire la circulation automobile dans la ville. Les exemples sont nombreux en France, qu’il s’agisse du réaménagement des berges du Rhône à Lyon, de la transformation des quais de la Garonne à Bordeaux ou de la requalification des berges de la Loire à Nantes.
À Paris, la rive droite de la Seine est occupée depuis 1967 par les voies sur berges, une route à deux voies de 13 km permettant de traverser rapidement Paris en voiture d’est en ouest (40 000 véhicules par jour à la fin des années 2000). La rive gauche est quant à elle ouverte à la circulation automobile uniquement sur 2,3 km. Toutefois, depuis le début des années 2010, Bertrand Delanoë puis Anne Hidalgo ont porté un projet de piétonnisation des voies sur berges, tout d’abord côté rive gauche en 2010, puis rive droite à l’automne 2016 - avec la fermeture complète à la circulation automobile de la portion des voies comprises entre le tunnel des Tuileries et le tunnel Henri-IV (3,3 km).
Dans le cadre de la campagne municipale, la question des voies sur berges constitue un objet d’attention de la plupart des candidats. Ainsi, Pierre-Yves Bournazel porte le projet de « Nouvelles Berges de Seine » avec de la végétalisation, une voie cyclable, des espaces dédiés à différents publics (enfants, sportifs, animaux de compagnie). Emmanuel Grégoire propose d’amplifier les initiatives de ses deux prédécesseurs en piétonnisant l’intégralité des voies sur berges. Sarah Knafo présente quant à elle le projet de rouvrir la portion centrale des voies sur berges à la circulation automobile en construisant au-dessus une promenade piétonne et cycliste.
Faisabilité
En matière d’aménagement des voies sur berge, la ville de Paris dispose de la compétence de droit commun en matière de circulation et de stationnement.
Toutefois, dans ce domaine, le maire de Paris doit composer avec le préfet de police de Paris qui détient des compétences d’attribution sur le fondement de la sécurité des personnes et des biens ou de la protection des institutions (art. L. 2512-14 du code général des collectivités territoriales): cela implique notamment la réversibilité des voies sur berge situées sur la rive droite et donc l’impossibilité de supprimer l’axe de circulation (lettre du 5 mars 2018), ce que le projet de Rachida Dati empêcherait alors que la configuration actuelle de cette portion permet encore la circulation de véhicules lourds.
En outre, le maire de Paris doit respecter les prescriptions du préfet pour les aménagements de voirie projetés par la ville pour certains axes « essentiels à la sécurité de Paris et au bon fonctionnement des pouvoirs publics ». Le règlement de voirie de la ville de Paris prévoit par ailleurs une saisine systématique de la préfecture de Police de tous les projets d’aménagement de voirie.
Ce projet n’ayant pas vocation à étendre la zone d’ores et déjà piétonne, il est peu probable qu’il rencontre des oppositions fortes de la part d’associations d’automobilistes, de riverains ou d’élus locaux. Enfin, il n’y a pas de risques de nouvel effet de report de la circulation automobile.
D’un point de vue technique, la végétalisation est susceptible de faire face à des obstacles plus importants qu’une végétalisation « classique » en raison de la nature particulière du sous-sol, avec de possibles dévoiements de réseaux et d’un sous-sol atypique (manque de profondeur de terre possible). En outre, la végétalisation doit pouvoir résister à des épisodes de crues.
46 % des 25 km de voies sur berges sont d’ores et déjà piétonnisés. Contactée, l’équipe de campagne de la candidate précise que :
Le projet priorise donc le linéaire des berges situées dans le périmètre Unesco, allant du pont d’Iéna au pont Charles de Gaulle, sur les deux rives. Le chiffrage présenté ici ne porte donc que sur la refonte de 4,7 km de linéaire : du souterrain des Tuileries jusqu’au tunnel au droit du boulevard Henri IV sur la rive droite, et du Musée d’Orsay au pont d'Iéna sur la rive gauche. Le coût est susceptible de fortement varier selon l’ampleur des équipements et aménagements qui seront mis en place. Ainsi, le projet porté par B. Delanoë pour la première phase de la piétonisation des quais prévoyait 8,6 M€ pour un jardin flottant, ou encore 2,5 M€ pour créer un emmarchement reliant les quais hauts et bas vers le musée d’Orsay.
Afin d’estimer le coût d’un tel projet, il est possible de se baser sur des projets similaires :
Une autre possibilité est d’estimer le coût des différents types d’aménagements que Rachida Dati souhaite mettre en place. Les visuels diffusés et les prises de parole de la candidate ne permettent pas de penser qu’il y aura une piste cyclable
En procédant équipement par équipement, et en incluant 10 % pour les études préalables et une marge pour aléas de 20 %, cela représente une dépense d’investissement de 26,2 M€ environ.
Selon la méthode retenue, et l’ampleur des travaux, les dépenses d’investissements pour un tel projet peuvent varier significativement. Il est possible de les estimer entre 26,2 M€ dans une fourchette basse et 73,9 M€ dans une fourchette haute, soit une moyenne de 50 M€.
Cela représente environ 24€ par habitant à Paris (2,1 millions d’habitants). C’est l’équivalent de la rénovation thermique d’environ 12 à 13 établissements scolaires, sur la base d’un coût moyen de 4 M€ par école, ou encore de 1,3 fois le budget de végétalisation et de modernisation de la place de la Concorde (38 M€ HT).
L’équipe de Rachida Dati précise que les aménagements projetés incluent également des espaces commerciaux intégrés et des toilettes publiques, ainsi que des aires de jeux et des équipements sportifs.
Il faut noter que ces chiffrages ne portent que sur les dépenses d’investissement. Il est nécessaire de prendre en compte par la suite des dépenses de fonctionnement, qui pourraient représenter un total de 3,1 M€/an dont :
Vie Publique, Paris, collectivité territoriale spécifique, Août 2024
Légifrance, Code général des collectivités territoriales
Ministère de l'Aménagement du Territoire et de la Transition Ecologique, Le Fonds vert : Fonds d’accélération de la transition écologique dans les territoires, Edition 2025
Le Monde, Delanoë veut rendre les quais de Seine aux piétons "dans les deux ans", Avril 2010
Le Parisien, Municipales à Paris : 25 km de balade en bord de Seine, baignade au port de l’Arsenal… Le projet d’Emmanuel Grégoire, Janvier 2026
Wikipédia, Voie Georges-Pompidou
Wikipédia, Rives de la Seine à Paris
Ministère chargé des Transports, Les dépenses vélo des collectivités françaises et leur impacts
Ville, Rail & Transports, Le Conseil de Paris approuve la piétonnisation de la voie sur berges rive droite, Décembre 2016
Le Figaro, Paris : la facture détaillée des Voies sur berges, Novembre 2011
Agence Nationale pour l'Information sur le Logement, Indice INSEE du coût de la construction
Le Monde, Lyon se réconcilie avec son fleuve en réaménageant les quais du Rhône, Mai 2007
Placeco, Euratlantique : 19,6M€ pour prolonger les quais de la Garonne, Février 2021
Banque des Territoires, Végétalisation des cours d'école
Le Comptoir des Pierres, "COMBLANCHIEN"
Ville de Paris, Annexe 5 de la délibération 2021 DAC 546 - Grille des prestations en matière d'éclairage et de voirie
Ville de Paris, Le projet d'aménagement de place de la Concorde dévoilé