
"Avec le projet de "Nouvelles Berges de Seine" (...) je transformerai les berges en une promenade continue et agréable. Dans cette promenade, j’insérerai trois quais thématiques et vivants pour répondre aux usages réels des Parisiens :
- Le Quai des Enfants : du Pont d’Arcole au Pont Louis-Philippe
- Le Quai Olympique : du Pont Neuf au Pont au Change
- Le Quai Canin : entre le Pont Marie et le Pont de Sully"
Source : Compte Instagram du candidat
Alors que la tendance nationale est au réaménagement des berges de fleuves ou rivières traversant les grandes agglomérations (Lyon, Nantes, Bordeaux, Toulouse, etc.) en France comme à l’international, pour développer les mobilités douces, Paris s’est aussi engagé dans ce mouvement avec la piétonnisation d’une partie des voies sur berges depuis le début des années 2010. Ce projet emblématique a suscité un grand nombre de controverses, ce qui en fait un des objets suscitant le plus de propositions de la part des candidats à la mairie de Paris.
Pierre-Yves Bournazel propose, pour sa part, un projet de « Nouvelles Berges » qui comprendrait la transformation des voies piétonnes actuelles en une promenade continue, avec trois espaces thématiques (pour les enfants, les sports et les animaux de compagnie), une piste cyclable séparée, une végétalisation et de la vidéoprotection.
Le coût d’un tel projet dépend de l’ampleur des aménagements souhaités et du niveau de prestations souhaité. En se fondant sur des exemples récents de réaménagements complets de berges de fleuves (Lyon, Bordeaux), il est possible d’estimer ce projet entre 14,6 M€ dans une fourchette basse et 48,5 M€ dans une fourchette haute. Une fourchette moyenne serait donc de 31,5 M€ en matière de dépenses d’investissement.
Cette fourchette moyenne représente une dépense d’investissement d’environ 15 € par habitant de Paris (2,1 millions d’habitants), mais aussi l’équivalent de la rénovation thermique d’environ 8 établissements scolaires, le coût moyen étant estimé à 4 M€ par école. Elle se rapproche du projet de végétalisation et de modernisation de la place de la Concorde (38 M€ HT).
Un tel projet ne devrait pas faire face à des oppositions politiques fortes, étant donné qu’il ne vise pas à étendre la partie piétonne, mais se heurterait à des obstacles administratifs importants, puisqu’il empêcherait la réversibilité des voies sur berge. Il est de plus nécessaire de prendre en compte l’environnement particulier que sont les quais de Seine en matière de végétalisation (profondeur de terre, crues). Le coût de fonctionnement pourrait aussi être élevé avec les dépenses d’entretien de la végétation, de nettoyage, et de vidéoprotection – que l’on peut anticiper à 1,9 M€ par an environ.
Coût
estimé
Institut Montaigne
31,5 M€
Temporalité
Sur la durée du mandat
Hypothèse basse
14,6 M€
Hypothèse haute
48,5 M€
Au niveau national, la tendance est au développement des mobilités « douces », c’est-à-dire la marche et le vélo. Ceci s’est traduit notamment par le lancement d’un "Plan vélo et marche" national entre 2023-2027 pour faire notamment des mobilités douces une alternative à la voiture individuelle.
Cette tendance, couplée aux enjeux d’adaptation au changement climatique et de renaturation des villes, a conduit de nombreuses villes à reconfigurer les berges des fleuves et rivières qui les traversent pour les restituer à la circulation piétonne et cycliste et réduire la circulation automobile dans la ville. Les exemples sont nombreux en France, qu’il s’agisse du réaménagement des berges du Rhône à Lyon, de la transformation des quais de la Garonne à Bordeaux ou de la requalification des berges de la Loire à Nantes.
À Paris, la rive droite de la Seine est occupée depuis 1967 par les voies sur berges, une route à deux voies de 13 km permettant de traverser rapidement Paris en voiture d’est en ouest (40 000 véhicules par jour à la fin des années 2000). La rive gauche est quant à elle ouverte à la circulation automobile uniquement sur 2,3 km. Toutefois, depuis le début des années 2010, Bertrand Delanoë puis Anne Hidalgo ont porté un projet de piétonnisation des voies sur berges, tout d’abord côté rive gauche en 2010, puis rive droite à l’automne 2016 - avec la fermeture complète à la circulation automobile de la portion des voies comprises entre le tunnel des Tuileries et le tunnel Henri-IV (3,3 km).
Dans le cadre de la campagne municipale, la question des voies sur berges constitue un objet d’attention de la plupart des candidats. Ainsi, Rachida Dati porte le projet d’un « parc urbain patrimonial » avec une végétalisation totale, la création d’une voie pour les piétons et une cohabitation des usages. Emmanuel Grégoire propose d’amplifier les initiatives de ses deux prédécesseurs en piétonnisant l’intégralité des voies sur berges. Sarah Knafo présente quant à elle le projet de rouvrir la portion centrale des voies sur berges à la circulation automobile en construisant au-dessus une promenade piétonne et cycliste.
En matière d’aménagement des voies sur berge, la ville de Paris dispose de la compétence de droit commun en matière de circulation et de stationnement.
Toutefois, dans ce domaine, le maire de Paris doit composer avec le préfet de police de Paris qui détient des compétences d’attribution sur le fondement de la sécurité des personnes et des biens ou de la protection des institutions (art. L. 2512-14 du code général des collectivités territoriales): cela implique notamment la réversibilité des voies sur berge situées sur la rive droite et donc l’impossibilité de supprimer l’axe de circulation (lettre du 5 mars 2018), ce que le projet de Pierre-Yves Bournazel empêcherait, alors que la configuration actuelle permet encore la circulation de véhicules lourds.
En outre, le maire de Paris doit respecter les prescriptions du préfet pour les aménagements de voirie projetés par la ville pour certains axes « essentiels à la sécurité de Paris et au bon fonctionnement des pouvoirs publics ». Le règlement de voirie de la ville de Paris prévoit par ailleurs une saisine systématique de la préfecture de Police de tous les projets d’aménagement de voirie.
Ce projet n’ayant pas vocation à étendre la zone d’ores et déjà piétionne, il est peu probable qu’il rencontre des oppositions fortes de la part d’associations d’automobilistes, de riverains ou d’élus locaux. Enfin, il n’y a pas de risques de nouvel effet de report de la circulation automobile.
D’un point de vue technique, la végétalisation est susceptible de faire face à des obstacles plus importants qu’une végétalisation « classique » en raison de la nature particulière du sous-sol, avec de possibles dévoiements de réseaux et d’un sous-sol atypique (manque de profondeur de terre possible). En outre, la végétalisation devra résister à des épisodes de crues.
En s’appuyant sur les estimations fournies par Emmanuel Grégoire, 46 % des 25km de voies sur berges sont d’ores et déjà piétons. Le projet de Pierre-Yves Bournazel porte, lui, sur une sous-section d’environ 3,3 km correspondant aux trois séquences thématiques annoncées (Quai des Enfants, Quai Olympique, Quai Canin).
Le coût est susceptible de fortement varier selon l’ampleur des équipements et aménagements qui seront mis en place. Ainsi, le projet porté par B. Delanoë pour la première phase de la piétonisation des quais prévoyait 8,6 M€ pour un jardin flottant, ou encore 2,5 M€ pour créer un emmarchement reliant les quais hauts et bas vers le musée d’Orsay.
Afin d’estimer le coût d’un tel projet, il est possible de se baser sur des projets similaires :
Une autre possibilité est d’estimer le coût des différents types d’aménagements que Pierre-Yves Bournazel souhaite créer :
En procédant équipement par équipement, et en incluant 10 % pour les études préalables et un marges pour aléas de 20 %, cela représente une dépense d’investissement de 14,6 M€ environ.
Selon la méthode retenue, et l’ampleur des travaux, les dépenses d’investissements pour un tel projet peuvent varier significativement. Il est possible de les estimer entre 14,6 M€ dans une fourchette basse et 48,5 M€ dans une fourchette haute, soit une moyenne de 31,5 M€.
Cette fourchette moyenne représente une dépense d’investissement d’environ 15€ par habitant de Paris (2,1 millions d’habitants), mais aussi l’équivalent de la rénovation thermique d’environ 8 établissements scolaires, le coût moyen étant estimé à 4 M€ par école. Elle se rapproche du projet de végétalisation et de modernisation de la place de la Concorde (38 M€ HT).
Il faut noter que ces chiffrages ne portent que sur les dépenses d’investissement. Il est nécessaire de prendre en compte par la suite des dépenses de fonctionnement, qui pourraient représenter un total de 6,9 M€/an dont :
Vie Publique, Paris, collectivité territoriale spécifique, août 2024
Légifrance / Code général des collectivités territoriales, Article L.2512-14
Sénat, Texte n°548 sur la répartition des compétences à Paris en matière de circulation et de stationnement, février 2022
Ministères Aménagement du territoire Transition écologique, Cahier d'accompagnement pour la renaturation des villes et des villages, mars 2025
Le Monde, Delanoë veut rendre les quais de Seine aux piétons "dans les deux ans", avril 2010
Le Parisien, Municipales à Paris : 25 km de balade en bord de Seine, baignade au port de l’Arsenal… Le projet d’Emmanuel Grégoire, janvier 2026
Vidéo de campagne de Sara Knafo
RTL, Interview de Rachida Dati dans l'émission Le grand jury, février 2026
Wikipédia, Voie Georges-Pompidou
Wikipédia, Rives de la Seine à Paris
Ministère chargé des transports, Les dépenses vélo des collectivités et leur impacts
VRT, Le Conseil de Paris approuve la piétonnisation de la voie sur berges rive droite, décembre 2015
Le Figaro, Paris : la facture détaillée des Voies sur berges, novembre 2011
Agence Nationale pour l'Information sur le Logement (ANIL), Indice INSEE du coût de la construction
Le Monde, Lyon se réconcilie avec son fleuve en réaménageant les quais du Rhône, mai 2007
Placéco, Euratlantique : 19,6M€ pour prolonger les quais de la Garonne, février 2021
Kompan, Combien coûte la construction d'une aire de jeux ?
Banque des territoires / ÉduRénov, Végétalisation des cours d'école, septembre 2025
Ville de Paris / Mairie du 17e arrondissement, La Mairie du 17e s'engage pour le bien-être canin, juillet 2024
AirFit, Une aire de fitness : combien ça coûte vraiment ? Les frais cachés d’un projet de fitness en plein air, décembre 2025
Ville de Paris / Mairie du 8e arrondissement, Le projet d'aménagement de place de la Concorde dévoilé, mars 2025
Cour des comptes, Rapport public thématique : L'organisation et la gestion des forces de sécurité publiques, juillet 2011