
"La gratuité, ce n’est pas une lubie : c’est un choix politique. Le financement existe. D’abord, avec le versement-mobilité payé par les entreprises. Ensuite, la fin de certains gaspillages : on met des millions dans des contrats privés de sécurité ou dans des projets d’urbanisme pharaoniques, que l’on pourrait flécher vers ça" (Anne-Laure Chaintron, troisième sur la liste LFI de Mireille Damiano)
Source : Municipales 2026 : les programmes de la gauche écologiste, LFI et d'Éric Ciotti livrés à Nice-Presse
La proposition de Mireille Damiano vise à instaurer la gratuité des transports en commun sur le réseau "Lignes d’Azur" à Nice. Elle repose sur l’idée que le financement pourrait être assuré par le versement mobilité acquitté par les entreprises ainsi que par une réallocation de certaines dépenses jugées non prioritaires.
Sur le plan institutionnel, la compétence en matière de transports publics relève toutefois de la Métropole Nice Côte d’Azur, autorité organisatrice du réseau. La mise en œuvre d’une gratuité intégrale supposerait donc une décision métropolitaine et, en cas de compensation du manque à gagner, un financement pérenne par la ville. La piste du versement mobilité avancée par la candidate est inopérant : à Nice, le versement mobilité relève de la compétence de la Métropole Nice Côte d’Azur : son taux ne peut être modifié que par délibération du conseil métropolitain, dans la limite d’un plafond national, et non par la seule Ville.
La mesure représente ainsi un engagement financier significatif, compris entre 71 M€ et 131 M€ dans son scénario de gratuité intégrale, soit une part substantielle des ressources de fonctionnement locales. C’est l’équivalent du coût du prolongement de la Promenade du Paillon à Nice.
Coût
estimé
Institut Montaigne
131 M€
Temporalité
Par an
Le financement des transports urbains fait l’objet de débats récurrents sur la soutenabilité des réseaux et sur le rôle de l’État dans la compensation des pertes tarifaires. Dans un rapport publié le 15 septembre 2025, la Cour des comptes porte un regard critique sur les initiatives de gratuité des transports en commun, considérant notamment qu'elles font porter un risque de surcharge financière pour les collectivités (qui se reporterait sur les contribuables) pouvant compromettre la réalisation des investissements à venir pour les transports collectifs urbains (TCU).
La commune peut financer une mesure tarifaire spécifique en versant à l’autorité organisatrice une compensation équivalente au manque à gagner. Si la mesure consiste en la gratuité du réseau (quel que soit l’usager), il faut une décision de l’autorité organisatrice des transports.
À Nice, la compétence en matière de transports publics - et donc la fixation du taux du versement mobilité - relève de la Métropole Nice Côte d’Azur, autorité organisatrice du réseau Lignes d’Azur couvrant ses 51 communes, et non de la seule Ville de Nice. Le versement mobilité s’établissait à 102,4 M€ en 2024 (à comparer aux 71 M€ de recettes de billetterie et aux charges qui sont de 200 M€).
Le réseau « Lignes d’Azur » est le réseau de transports collectifs couvrant les 51 communes de la Métropole Nice Côte d’Azur.
Le compte financier unique 2024 de la métropole de Nice Côte d’Azur fait apparaître que la billetterie des transports urbains s’élève à 71 M€.
Si la gratuité ne s’applique qu’aux Niçois, alors en faisant l’hypothèse que la proportion des Niçois parmi les usagers du réseau Lignes d’Azur soit la même que celle parmi la population de l’agglomération nicoise (353 000/569 000 = 62 %) alors le manque à gagner de recettes par cette mesure s’élèverait à 44 M€ (62 % x 71 M€).
Si la gratuité s’applique à tous les usagers du réseau "Lignes d’Azur", alors le manque à gagner de recettes par cette mesure s’élèverait à 71 M€.
En outre, l’effet de la gratuité sur la fréquentation a été estimé entre + 15 % et + 30 % par le Laboratoire Aménagement Économie Transport (LAET), spécifiquement pour les transports lyonnais. Une borne haute serait d’augmenter les chiffrages à hauteur de 30 % des coûts d’exploitation qui s’élèvent à 200 M€ en 2024. Cela représente un surcoût de 60 M€, soit une borne haute qui s’élèverait donc à 131 M€.
Métropole Nice Côte d'Azur, Compte financier unique 2024 de la métropole de Nice Côte d’Azur
Insee, Statistiques
Cour des comptes, Contribution des usagers au financement des transports
Ligne Azur, Rapport d’orientations budgétaires