
"Si vous me faites confiance, la taxe foncière sera donc diminuée de 20 % dès les premières années du mandat pour effacer la dernière augmentation."
Source : Programme du candidat
Cette proposition s'inscrit dans un contexte politique local marqué par une forte hausse de la fiscalité entre 2019 et 2024, engagée dans un objectif de redressement des comptes publics. Nice figure désormais parmi les grandes métropoles où la pression fiscale par habitant est la plus élevée. À ce titre, l’annonce vise explicitement à "effacer" la hausse de taux votée en 2024.
La proposition est faisable juridiquement, sous réserve que son application respecte les conditions prévues par le Code général des impôts. Son coût global est de 52,5 M€ par an pour la commune soit près de 10 % du budget de fonctionnement. La faisabilité budgétaire de cette baisse de taxe dépendra donc de la capacité de la commune à contenir ses dépenses ou trouver d’autres pistes de financement, afin d’éviter un retour en arrière sur sa trajectoire de redressement budgétaire.
Coût
estimé
Institut Montaigne
52,5 M€
Temporalité
Par an
Hypothèse haute
70,5 M€
La taxe foncière sur les propriétés bâties constitue la première recette fiscale de la commune : 262 M€ en 2024 hors coefficient correcteur.
Le sujet de taxe foncière a été fortement politisé à Nice à la suite de la hausse des taux votée en 2024. La Chambre régionale des comptes relève cette hausse et la relie à la trajectoire de redressement financier de la commune. Dans ce contexte, l’annonce d’une baisse de 20 % vise explicitement à "effacer la dernière augmentation".
La mesure proposée s’inscrit en effet dans une séquence politique locale marquée par une forte hausse de la fiscalité. Entre 2019 et 2024, le redressement financier de la ville de Nice s’est en effet appuyé prioritairement sur le levier fiscal : le produit de la fiscalité directe locale passe de 293 M€ à 391 M€ (+41 %) et la fiscalité totale atteint 71 % des recettes de fonctionnement, soit un niveau supérieur à la moyenne des grandes villes. Le taux de taxe foncière a augmenté d’environ 18 % en hausse réelle depuis 2019 (hors transfert de part départementale). Il s'agit donc de revenir au niveau de 2019, alors que Nice figure parmi les villes à pression fiscale par habitant la plus élevée des 12 plus grandes métropoles. Dans une ville où les bases fiscales sont très élevées (valeurs locatives parmi les plus fortes de France), la taxe foncière constitue un impôt particulièrement visible.
Les communes peuvent voter librement le taux de la taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB), en vertu de l’article 1636 B sexies du Code général des impôts.
À ce titre, le Code général des impôts prévoit 2 grandes méthodes pour fixer la TFPB :
Une variation proportionnelle, qui consiste en une variation dans la même proportion des taux des 4 taxes (TFPB, TFPNB, THRS, CFE) par rapport à l’année précédente.
Variation différenciée, auquel cas :
1) la CFE et THRS ne peuvent pas augmenter (ou baisser) plus vite (en %) que :
2) la TFPNB : ne peut pas augmenter plus ou diminuer moins que la TFPB (donc la TFPNB "suit" la TFPB en dynamique).
Il existe également une possibilité de baisser la TFPB "sans lien" : le CGI permet, sous conditions, de diminuer le taux de TFPB (ou TFPNB) sans que cette baisse déclenche mécaniquement une baisse des autres taux via les règles de lien (mécanisme dit de "diminution sans lien"). Toutefois, le taux communal ne peut pas dépasser un plafond :
La méthode de chiffrage repose sur le produit communal de taxe foncière observé en 2024, qui s’élève à 262,0 M€ (source : Ville de Nice, rapport de présentation du compte financier unique 2024). L’application d’une baisse de 20 % du taux conduirait mécaniquement à une perte de recettes d’environ 52,4 M€. Toutes choses égales par ailleurs, le produit annuel de taxe foncière de la commune serait ainsi ramené à environ 209,6 M€.
La baisse de 20 % du taux de taxe foncière ne signifie toutefois pas une baisse durable du montant effectivement payé par les contribuables. Même en cas de diminution du taux voté par la commune, les montants de taxe foncière peuvent ensuite augmenter mécaniquement sous l’effet de la revalorisation annuelle des valeurs locatives cadastrales décidée au niveau national en fonction de l’inflation.
Pour 2026, le coefficient de revalorisation des valeurs locatives est estimé à +0,8 %, après +1,7 % en 2025, +3,9 % en 2024 et +7,1 % en 2023. Autrement dit, une fois la baisse initiale de taux appliquée, les avis d’imposition recommenceraient à progresser progressivement si les taux étaient ensuite stabilisés.
Sur un mandat de six ans, en retenant +0,8 % en 2026 puis une revalorisation "normale" de +1,5 % par an sur les cinq années suivantes, les bases augmenteraient d’environ +8,6 % sur la période. À taux constant après la baisse annoncée, la taxe acquittée par les ménages évoluerait donc de nouveau à la hausse dans des proportions comparables.
Pour empêcher cette remontée, la commune devrait réduire chaque année son taux de taxe foncière à due proportion de l’augmentation des bases. Une neutralisation complète impliquerait ainsi une baisse cumulée supplémentaire d’environ -7,9 % du taux sur six ans, au-delà de la diminution initiale de 20 %. Une telle stratégie se traduirait par un manque à gagner budgétaire additionnel de 18 M€, venant s’ajouter au coût annuel déjà associé à la mesure.
Enfin, même dans cette hypothèse, la stabilité parfaite de l’impôt acquitté par chaque contribuable ne serait pas garantie : la neutralisation opère à l’échelle agrégée et des variations individuelles peuvent subsister selon les caractéristiques propres aux biens (travaux, changements d’occupation, révisions cadastrales).
Ville de Nice, Rapport de présentation du compte financier unique 2024 (budget principal)
CGI, art. 1636 B sexies (vote des taux / règles de liens)
Chambre régionale des comptes PACA, Situation financière de la commune de Nice (mention de la hausse de taux 2024)
AMF, "L’impact de l’IPCH de novembre 2025 (+0,8 %) sur les valeurs locatives de 2026"
Ville de Nice, Compte financier unique 2024