
"Par ailleurs, la mairie verserait 5000 euros de prime incitative pour attirer des accompagnants d’élèves en situation de handicap, ces AESH souvent précaires et bien peu considérés par l’État."
Source : Nice Presse
Cette mesure est mentionnée dans le cadre des dix mesures en faveur de l’éducation présentées le 21 janvier 2026 par C. Estrosi. Elle concourt à l’objectif de disposer "d’écoles plus inclusives pour les enfants en situation de handicap".
Elle s’inscrit dans un contexte national de manque d’accompagnants d’élèves en situation de handicap au regard des besoins exprimés par les familles. Malgré diverses mesures de revalorisation de leur statut, la profession fait état d’une certaine précarité et de niveaux de rémunération peu élevés, qui entraîne des taux de rotation très élevés. Une telle mesure aurait vocation à faciliter le recrutement et la fidélisation des effectifs d’AESH à Nice.
Bien que le périmètre exact de la mesure ne soit pas connu, pour les AESH exerçant dans le premier degré de la ville de Nice, le coût de la mesure peut être estimé entre 0,61 M€ et 3,04 M€ par an, en année pleine, selon si l’on considère le versement de la prime aux seuls nouveaux arrivants ou bien à l’ensemble des agents.
Cette mesure représenterait ainsi entre 0,1 % et 0,5 % de dépenses de fonctionnement additionnelles pour la ville de Nice. Le budget travaux en matière scolaire de la ville étant de 8 M€ par an, une telle mesure représente entre 7,5 et 38 % du budget annuel de travaux dans les infrastructures scolaires de la ville de Nice. La fourchette haute représente aussi l’équivalent du budget mobilisé par la ville pour verdir les cours d’école sur la période 2021-2026 ou plus des trois quarts de l’enveloppe consacrée chaque été par la mairie aux travaux de rénovation des écoles.
Outre le risque de déclencher une concurrence entre collectivités azuréennes pour attirer et fidéliser des AESH, une telle mesure est susceptible de faire face à des difficultés juridiques fortes. En effet, bien que les communes disposent de la clause de compétence générale, le recrutement comme la rémunération des AESH relèvent de la compétence de l’État.
Coût
estimé
Institut Montaigne
1,8 M€
Temporalité
Par an
Hypothèse basse
0,61 M€
Hypothèse haute
3,04 M€
Au niveau national, ces dernières années ont été marquées par une reconnaissance des conditions d’emploi des AESH, sous l’effet des lois du 26 juillet 2019 pour une École de la confiance et de la loi du 2 mars 2022 visant à combattre le harcèlement scolaire.
À cela s’ajoutent des revalorisations successives avec une hausse moyenne de 11 à 14 % au 1er janvier 2024 sous l’effet de la création d’une indemnité de fonctions de 1 529€ bruts par an et de diverses mesures indiciaires (nouvelle grille, octroi de points d’indice majoré). La rémunération nette mensuelle est ainsi comprise, à compter du 1er janvier 2024, entre 1 578€ et 1 912€. En outre, à compter du 1er septembre 2023, les AESH peuvent bénéficier d’un CDI à l’issue d’un premier contrat de trois ans comme AESH.
À Nice, la mandature précédente n’a pas mené d’actions particulières concernant les AESH. À cet égard, le site Internet de campagne de Christian Estrosi ne fait pas mention d’actions particulières en la matière durant la dernière mandature.
L’académie de Nice pointe toutefois face à un manque important d’AESH avec 4 000 élèves sans accompagnants dans les Alpes-Maritimes. La rectrice a annoncé en septembre 2025 le recrutement de 40 AESH supplémentaires durant l’année scolaire.
Pour l’heure, ce sujet ne fait pas partie des programmes des principaux concurrents de Christian Estrosi, à savoir Eric Ciotti ou Juliette Chesnel Le Roux.
Les AESH sont des personnels sous contrat de droit public qui ont pour mission de favoriser l’autonomie de l’élève en situation de handicap. Ils interviennent au titre de l’aide humaine individuelle, de l’aide humaine mutualisée ou de l’accompagnement collectif afin de concourir à l’adaptation de la scolarité aux besoins des élèves en situation de handicap. Ils favorisent les actes de la vie quotidienne, l’accès aux activités d’apprentissage et les activités sociales.
Le code de l’éducation prévoit que les AESH sont rémunérés par l’État "durant le temps scolaire et le temps de pause méridienne". Ils sont recrutés par l’État ou par les directions des services départementaux de l’Éducation nationale, en lien avec les établissements concernés (art. L. 917-1 du code de l’éducation). Les collectivités ne prennent en charge que le financement éventuel d’activités périscolaires.
Dans sa mise en œuvre, une telle mesure serait susceptible d’entraîner une concurrence entre collectivités locales pour attirer et fidéliser des agents, avec des effets préjudiciables pour les communes alentours disposant de moyens plus réduits. La ville de Nice s’expose aussi à l’adoption de mesures similaires par les communes alentours, avec des primes plus généreuses, qui viendraient à leur tour réduire l’attractivité d’exercer dans la commune.
Au regard des éléments mentionnés ci-dessus, la ville de Nice est susceptible de faire face à des difficultés juridiques dans la mise en œuvre de la mesure. Bien que les communes disposent d’une clause de compétence générale, le recrutement comme la rémunération des AESH ne semblent pas relever a priori de leur champ de compétences. À cet égard, il n’existe pas d’indications comme quoi une commune française verserait de manière autonome une prime aux AESH exerçant sur son ressort géographique.
Le périmètre de cette mesure peut être plus ou moins vaste. Il n’est en effet pas précisé si elle serait versée uniquement aux AESH recrutés ou bien si elle bénéficierait à l’intégralité des AESH exerçant à Nice, ni si cela concerne que l’enseignement primaire ou bien aussi le collège et le lycée. Par ailleurs, le programme du candidat n’indique pas s’il s’agit d’une prime ponctuelle, versée uniquement lors du recrutement, ou bien d’une prime annuelle.
Pour chiffrer la mesure, deux dimensions sont à prendre en compte :
- Le nombre d’AESH à rémunérer : Il n’existe pas de statistiques publiques disponibles sur le nombre d’AESH travaillant sur le ressort de la municipalité de Nice. En 2025, 2 054 AESH exerçaient dans les Alpes-Maritimes pour 5 400 élèves notifiés.
Au regard de la compétence des communes en matière d’enseignement primaire, il est possible de considérer que la mesure ne porte que sur le premier degré. Il est donc possible d’estimer le nombre d’AESH en effectuant des ratios au regard du nombre d’élèves scolarisés. 190 862 élèves étaient recensés en 2023-2024 dans les Alpes Maritimes dont 53 % dans le premier degré, soit 101 155 élèves dont 30 000 pour la ville de Nice. Ceci amène à un total de 323 AESH dans le premier degré à Nice.
Si la mesure ne concerne que les nouveaux arrivants, il est nécessaire d’estimer ce volume. D’après les syndicats, le taux de turnover est de 15 à 20 %. En retenant un taux de renouvellement de 20 %, cette mesure concernerait 65 AESH par an environ.
- Le montant de la prime : Le montant de la prime annoncée est de 5 000€. Il peut être considéré qu’il s’agit du montant brut versé au salarié. À cela s’ajoute le montant des cotisations employeur. En s’appuyant sur la grille indiciaire disponible sur le site de l’Éducation nationale et le simulateur de l’URSSAF, il est possible d’estimer cela.
Sur la base d’une rémunération nette mensuelle, y compris indemnités de fonction (échelon 1 sur 11) de 1 578€, soit 18 936€ par an, le simulateur URSSAF indique un coût total employeur de 27 270€ en 2025. En accroissant le salaire brut de 5 000€ par an, le simulateur URSSAF indique un coût total employeur de 36 692€, soit un coût total de la prime de 9 422 € pour un AESH débutant. Le coût total est similaire d’après le simulateur pour une rémunération d’un AESH en milieu de grille.
Cette mesure aurait vocation à s’appliquer dès la première année de mandat et serait reconduite chaque année.
En se fondant sur ces différentes hypothèses, le coût de la mesure peut être estimé entre 0,61 M€ et 3,04 M€ par an, en année pleine.
Fourchette basse - Versement d’une prime de 5 000€ aux seuls AESH du premier degré nouvellement recrutés. À raison de 65 AESH recrutés par an dans le premier degré à Nice, une telle mesure aurait un coût de 0,61 M€.
Fourchette haute - Versement d’une prime à tous les AESH du premier degré exerçant à Nice. À raison de 323 AESH exerçant dans le premier degré à Nice, une telle mesure aurait un coût de 3,04 M€.
En 2026, les dépenses de fonctionnement de la ville de Nice sont attendues à 602,4 M€. Cette mesure représenterait ainsi entre 0,1 % et 0,5 % de dépenses de fonctionnement additionnelles. Le budget travaux en matière scolaire de la ville étant de 8 M€ par an, une telle mesure représente entre 7,5 et 38 % du budget travaux total de la ville dans ses infrastructures scolaires. La fourchette haute représente ainsi l’équivalent du budget mobilisé par la ville pour verdir les cours d’école sur la période 2021-2026 ou bien plus des trois quarts de l’enveloppe consacrée chaque été par la mairie aux travaux de rénovation des écoles.
Ministère de l'éducation nationale, Être accompagnant des élèves en situation de handicap (AESH) | Ministère de l'Éducation nationale
Académie de Nice, Recrutement d'accompagnant des élèves en situation de handicap
Académie de Nice, Chiffres clés
Ville de Nice, École et périscolaire - Ville de Nice
SGEN-CFDT, AESH : turn-over et enfants en attente d'aide - Éducation Formation Recherche Publiques Bretagne
URSSAF, Simulateur de cotisations employeur - Urssaf.fr
Assemblée nationale, Question n°6993 : Déficit d'accompagnement des élèves en situation de handicap
Ville de Nice, Le Projet Educatif de Territoire
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