
“Nantes doit retrouver l’audace et l’élan de son rayonnement. Une ville qui attire, innove, crée des emplois et simplifie le quotidien. Nous croyons à l’avenir de Nantes et voulons rallumer l’étincelle de la fierté et de l’enthousiasme. Nantes a tous les atouts pour réussir. Je veux être un maire qui soutient, qui facilite et qui accompagne (...) Nous baisserons la taxe foncière à mi-mandat, ramènerons la Cotisation Foncière des Entreprises sous les 30% et réduirons notre dette qui a explosé.”
Source : Programme du Candidat
La proposition de Foulques Chombart de Lauwe vise à engager un tournant fiscal à Nantes en abaissant à mi-mandat le taux de taxe foncière et en ramenant le taux de Cotisation Foncière des Entreprises (CFE) sous le seuil de 30 %. Elle s’inscrit dans un contexte où Nantes figure parmi les grandes villes françaises aux taux de fiscalité locale les plus élevés, avec un taux cumulé de taxe foncière supérieur à la moyenne nationale.
Sur le plan institutionnel, la baisse de taxe foncière relève de la compétence communale, tandis que la réduction du taux de CFE dépend d’une décision de Nantes Métropole : sa mise en œuvre suppose donc, au-delà de l’élection municipale, la constitution d’une majorité métropolitaine favorable à cette orientation fiscale.
Sur le plan budgétaire, en l’absence de précision sur l’ampleur exacte de la baisse annoncée, l’hypothèse retenue consiste à ramener le taux communal de taxe foncière vers la moyenne nationale des grandes villes. Une telle trajectoire représenterait un manque à gagner d’environ 29 M€ par an pour la taxe foncière, auquel s’ajouteraient environ 5 M€ liés à l’abaissement du taux de CFE, soit un coût total estimé à 33,7 M€ par an. Ce montant correspond à environ 7 % du budget de fonctionnement de la Ville.
Il convient toutefois de souligner qu’une baisse de taux ne garantit pas une diminution durable de l’impôt acquitté par les contribuables. La revalorisation annuelle des bases cadastrales, décidée au niveau national, entraîne mécaniquement une progression du produit fiscal à taux constant. À moyen terme, sans ajustement régulier des taux, les avis d’imposition tendraient donc à repartir à la hausse. La stabilisation effective de la pression fiscale supposerait des baisses complémentaires de taux, ce qui accroîtrait encore le coût budgétaire de la mesure.
Contactée, l'équipe du candidat précise qu’il s’agit d’une cible en quatrième année de mandat. Elle considère par ailleurs qu’une politique fiscale plus modérée pourrait élargir l’assiette et, à terme, amortir l’effet budgétaire. Indiquant être conscientes que la baisse de CFE suppose une décision du conseil métropolitain, elles indiquent vouloir créer une majorité en ce sens.
Coût
estimé
Institut Montaigne
33,7 M€
Temporalité
Par an, à partir de la mi-mandat
Entre 2010 et 2020, la taxe foncière a fortement augmenté à Nantes (+ 37,5 %), en raison principalement de l'activation d'un taux de 6,41 % au profit de Nantes Métropole.
Depuis 2019, le taux de taxe foncière a également augmenté. Tout d’abord pour des raisons techniques : en compensation de la suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales, la part départementale de la taxe foncière sur les propriétés bâties a été transférée en 2021 aux communes, ce qui explique la hausse de 15,1 points du taux entre 2020 et 2021. Ainsi, la véritable hausse du taux - une fois le retraitement du transfert de part départementale pris en compte - est en réalité de 14 % depuis 2019, soit supérieure à la moyenne des grandes villes analysées (9,2 %). Le taux de TFPB demeure aujourd’hui supérieur aux taux moyens des villes de la même strate (+100 000 habitants), ainsi qu’aux taux moyens des 12 plus grandes villes françaises (46,34 % pour Nantes, contre 40,5 % en 2024 pour la moyenne des villes).
La taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB) relève de la compétence des communes et des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). À Nantes, le taux communal est de 46,34 % et le taux métropolitain de 6,41 %.
La Cotisation Foncière des Entreprises est l'une des deux composantes de la Contribution Économique Territoriale (CET). Le taux de CFE à Nantes Métropole est de 31,49 % en 2025, identique à 2024. La modification du taux de CFE est une compétence de Nantes Métropole ; elle est votée par le conseil métropolitain, de sorte que le maire élu de Nantes ne peut la décider seul et doit disposer d’une majorité au sein de l’assemblée métropolitaine pour faire évoluer ce taux.
Le taux de taxe foncière est de 46,34 % à Nantes. Le produit de la taxe foncière sur les propriétés bâties était de 274 M€ en 2024. Toute baisse d’un point à un coût théorique de 5,9 M€.
Le taux moyen, pour la strate, de la taxe sur le foncier bâti est en moyenne de 41,48 % en 2024.
En l'absence de précision sur le montant de la baisse de la taxe foncière, nous présumons que le candidat entend ramener le taux de taxe foncière à la moyenne de la strate. Cela reviendrait à diminuer le taux de 5 points, soit un coût de 28,7 M€.
Le produit de CFE inscrit au budget 2026 s'élève à 107,2 M€. Passer le taux de 31,49 % à 30 % aurait donc un coût d’environ 5 M€ (107,2 / 31,49 % * 30 %).
Au total la mesure aurait donc un coût de 33,7 M€.
La baisse du taux de taxe foncière ne signifie toutefois pas une baisse durable du montant effectivement payé par les contribuables. Même en cas de diminution du taux voté par la commune, les montants de taxe foncière peuvent ensuite augmenter mécaniquement sous l’effet de la revalorisation annuelle des valeurs locatives cadastrales décidée au niveau national en fonction de l’inflation.
Pour 2026, le coefficient de revalorisation des valeurs locatives est estimé à +0,8 %, après +1,7 % en 2025, +3,9 % en 2024 et +7,1 % en 2023. Autrement dit, une fois la baisse initiale de taux appliquée, les avis d’imposition recommenceraient à progresser progressivement si les taux étaient ensuite stabilisés.
Sur un mandat de six ans, en retenant +0,8 % en 2026 puis une revalorisation "normale" de +1,5 % par an sur les cinq années suivantes, les bases augmenteraient d’environ +8,6 % sur la période. À taux constant après la baisse annoncée, la taxe acquittée par les ménages évoluerait donc de nouveau à la hausse dans des proportions comparables.
Pour empêcher cette remontée, la commune devrait réduire chaque année son taux de taxe foncière à due proportion de l’augmentation des bases. Une neutralisation complète impliquerait ainsi une baisse cumulée supplémentaire d’environ -7,9 % du taux sur six ans. Une telle stratégie se traduirait par un manque à gagner budgétaire additionnel, venant s’ajouter au coût annuel déjà associé à la mesure.
Enfin, même dans cette hypothèse, la stabilité parfaite de l’impôt acquitté par chaque contribuable ne serait pas garantie : la neutralisation opère à l’échelle agrégée et des variations individuelles peuvent subsister selon les caractéristiques propres aux biens (travaux, changements d’occupation, révisions cadastrales).
Ville de Nantes, "La taxe foncière", janvier 2026
Nantes Métropole, "S’informer sur la cotisation foncière des entreprises (CFE)"
L'Essentiel de l'Eco, "Nîmes et Nantes, champions de France de la taxe foncière", août 2025
Ville de Nantes, Budget Primitif, décembre 2025
OFGL, Rapport de l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales, Edition 2025
Nantes Métropole, Budget Primitif 2026, décembre 2025