
"Tout sera planté sur une "terre légère respectant la microbiologie des sols", intégrant également la récupération de l’eau de pluie et un "micro-arrosage" en fonction de la chaleur"
Source : Le Progrès
La proposition de végétalisation de la place Bellecour vise à transformer durablement l’un des espaces les plus emblématiques et minéraux de Lyon afin d’améliorer le confort thermique et de renforcer la présence du végétal en centre-ville. Elle se distingue des aménagements transitoires mis en œuvre lors du précédent mandat - notamment le dispositif de "Tissage urbain" reposant sur l’ombrage et des bacs végétalisés - en affichant l’ambition d’une végétalisation plus pérenne et plus structurante.
Toutefois, la faisabilité du projet est fortement conditionnée par les contraintes techniques propres au site. La place repose quasi intégralement sur des ouvrages souterrains majeurs (parking et station de métro), ce qui exclut, sauf travaux lourds, toute plantation classique en pleine terre et renchérit significativement les coûts liés à la végétalisation sur dalle (charges admissibles, profondeur de substrat, sécurisation des ouvrages existants). Le site est par ailleurs classé et situé dans un périmètre patrimonial protégé, ce qui implique des autorisations spécifiques et un dialogue approfondi avec les services de l’État.
Au regard de ces contraintes, le coût d’investissement est estimé dans une fourchette comprise entre 6 M€ et 19 M€, selon le niveau d’ambition retenu et l’ampleur des adaptations structurelles nécessaires. Une hypothèse centrale d’environ 13 M€ correspond à une végétalisation ambitieuse et pérenne sur dalle, sans reconstruction lourde des ouvrages souterrains. Ce chiffrage porte exclusivement sur l’investissement initial et n’intègre pas les coûts d’entretien à long terme. Un financement partiel par la Métropole est probable.
Coût
estimé
Institut Montaigne
13 M€
Répartition
Ville / Métropole
Temporalité
sur la durée du projet
Hypothèse basse
6 M€
Hypothèse haute
19 M€
Au niveau national, la proposition s’inscrit dans le prolongement des politiques de lutte contre les effets du changement climatique en milieu urbain, notamment les stratégies de réduction des îlots de chaleur, de renaturation des villes et de développement de la nature en ville portées par l’État (plans nationaux pour la biodiversité, l’adaptation au changement climatique et la végétalisation urbaine). Ces orientations restent toutefois largement incitatives et ne s’accompagnent pas de dispositifs nationaux spécifiques dédiés à la végétalisation de grandes places urbaines contraintes, laissant une large autonomie aux collectivités locales.
En 2022, les Lyonnais avaient voté pour la végétalisation de la place Bellecour lors d’un vote sur le budget participatif. Les contraintes techniques du site ont conduit à l’abandon d’un projet de végétalisation pérenne en pleine terre, au profit d’une solution transitoire avec l’installation du dispositif de "Tissage urbain", reposant sur des structures d’ombrage et une végétalisation légère en bacs. Ce choix traduit les limites opérationnelles rencontrées pour intervenir durablement sur ce site emblématique, malgré une mesure susceptible d’améliorer le confort thermique et l’usage de la place en période estivale, de renforcer la présence du végétal dans un espace aujourd’hui très minéral et de répondre à une attente citoyenne forte. Ces effets sont toutefois conditionnés à la capacité du projet à dépasser les solutions temporaires existantes et à proposer une végétalisation réellement pérenne malgré les contraintes techniques identifiées.
Aucun obstacle juridique majeur n’est identifié à ce stade à la réalisation d’un projet de végétalisation de la place Bellecour, l’aménagement des espaces publics relevant des compétences de la commune, en lien avec la Métropole de Lyon pour les espaces structurants.
Les principales limites du projet sont essentiellement techniques. La place Bellecour constitue en effet un site exceptionnellement contraint : elle repose quasi intégralement sur des ouvrages souterrains majeurs (parking et station de métro), ce qui exclut, sauf travaux lourds, toute plantation classique en pleine terre. Ces contraintes ont fortement conditionné les choix opérés lors du mandat de Grégory Doucet, au cours duquel la Ville de Lyon a renoncé à une végétalisation pérenne et extensive au profit d’une solution alternative avec le dispositif de "Tissage urbain", combinant ombrage et végétalisation légère en bacs, précisément pour éviter les risques structurels et les surcoûts associés à une intervention sur dalle.
La faisabilité du projet porté par Jean-Michel Aulas dépend donc principalement de la capacité à lever ces contraintes techniques identifiées de longue date, notamment en termes de charge admissible, de profondeur de substrat, de sécurité des ouvrages existants et de compatibilité avec les infrastructures souterraines.
Le projet de végétalisation pour la place Bellecour, comprend de nombreuses plantations et une rénovation du parvis de la statue de Louis XIV. L’œuvre Tissage urbaine sera déplacée. Ce projet comprend notamment la plantation d’arbustes au nord, à l’est et à l’ouest de la place sur 4 000 m2, deux ou trois rangées d’arbres à l’est, ainsi qu’une grande diversité végétale sur près de 5 500 m2 à l’ouest. Tout sera planté sur une "terre légère respectant la microbiologie des sols", intégrant également la récupération de l’eau de pluie et un "micro-arrosage" en fonction de la chaleur.
Afin de réaliser ces aménagements, l’œuvre Tissage urbain installée pour une durée de cinq ans "ne sera pas supprimée, mais déplacée vers un autre site pertinent", précise Jean-Michel Aulas, "compte tenu de son investissement significatif". Le candidat à la Mairie de Lyon indique par ailleurs que ce déplacement "se fera dans le strict respect du droit de propriété artistique en lien étroit avec l’artiste". Le parvis de la statue de Louis XIV sera également rénové et sera prolongé vers le nord et le sud de la place par "un tapis de pierre affirmant l’axe Victor-Hugo/Émile-Zola". Des nouvelles assises en pierre devraient également voir le jour.
Le chiffrage porte exclusivement sur le coût d’investissement du projet de végétalisation. Sont inclus : les études préalables (diagnostics techniques et structurels), les travaux de préparation sur dalle, la fourniture et la plantation des végétaux (arbustes, vivaces et arbres), les substrats, les dispositifs de drainage et d’arrosage, ainsi que les aménagements paysagers directement liés à la végétalisation.
Sont exclus : les coûts de fonctionnement et d’entretien à long terme, les aménagements non végétaux (mobilier urbain, éclairage, signalétique) et tout cofinancement externe.
Le chiffrage repose sur des hypothèses simplificatrices : surface végétalisée d’environ 9 500 m², végétalisation réalisée majoritairement sur dalle, absence de modification structurelle majeure du parking souterrain, et recours à des solutions techniques standard de végétalisation semi-intensive à intensive en milieu urbain contraint.
La méthode repose sur un raisonnement par coûts unitaires au mètre carré, fondé sur des ordres de grandeur observés dans des projets publics de végétalisation d’espaces urbains contraints (places, parvis, toitures accessibles). Les coûts unitaires retenus se situent dans une fourchette comprise entre 800€ et 2 000€ par m², selon le niveau d’intensité de la végétalisation, les contraintes techniques du support et la densité arborée. Ces coûts unitaires sont issus des ordres de grandeur documentés par le CEREMA et des retours d’expérience analysés par la Cour des comptes pour des opérations de végétalisation en milieu urbain contraint (dalles, ouvrages, parkings), hors coûts d’entretien.
La borne basse de la fourchette (environ 800€/m²) correspond à des opérations de végétalisation extensive ou semi-intensive sur dalle, reposant sur des épaisseurs de substrat limitées, une densité végétale modérée, un recours restreint à la plantation d’arbres et des dispositifs techniques standardisés, sans modification structurelle lourde des ouvrages existants. Compte tenu des contraintes techniques propres à la place Bellecour : présence quasi intégrale d’ouvrages souterrains structurants (parking et station de métro), limitations fortes en matière de charge admissible et de profondeur de substrat. Ce niveau de coût correspond à des solutions de végétalisation sur dalle, sans recours à des renforcements structurels lourds des ouvrages existants, et vise à refléter un scénario réaliste et soutenable pour un site contraint.
À l’inverse, la borne haute théorique doit intégrer les contraintes structurelles potentielles du site. En présence d’ouvrages souterrains (parking, station de métro, réseaux), la végétalisation peut nécessiter la construction d’ouvrages porteurs spécifiques, le renforcement des dalles existantes, l’augmentation des épaisseurs de substrat, la création de fosses techniques pour les arbres de haute tige et des dispositifs complexes de gestion des eaux pluviales. Ces sujétions techniques peuvent fortement renchérir le coût au mètre carré. À titre de comparaison, la requalification de la place de Catalogne à Paris aurait représenté environ 10 M€ pour 4 000 m², soit près de 2 500€/m², dont environ un tiers consacré à la seule végétalisation (hors contraintes structurelles majeures). Le réaménagement du parvis de l’Hôtel de Ville de Paris aurait quant à lui coûté environ 6 M€ pour 2 500 m², soit un ordre de grandeur similaire. Dans ces conditions, et compte tenu des incertitudes techniques liées au site étudié, il apparaît prudent de retenir une borne haute de l’ordre de 2 000€/m², correspondant à un scénario intégrant à la fois une végétalisation ambitieuse et des interventions structurelles significatives sur les ouvrages existants.
9500m² selon le candidat : Ce projet comprend notamment la plantation d’arbustes au nord, à l’est et à l’ouest de la place sur 4 000 m2, deux ou trois rangées d’arbres à l’est, ainsi qu’une grande diversité végétale sur près de 5 500 m2 à l’ouest.
Les coûts totaux d’investissement sont obtenus par application des coûts unitaires retenus à la surface végétalisée estimée (coût unitaire × 9 500 m²), conduisant à une fourchette de chiffrage comprise entre environ 6 M€ (hypothèse basse) et 19 M€ (hypothèse haute), hors coûts de fonctionnement et d’entretien. Entre une végétalisation extensive sur dalle et un scénario intégrant des renforcements structurels lourds, une hypothèse intermédiaire (de l’ordre de 1 400€/m²) conduit à un coût d’investissement compris entre 13 M€, correspondant à une végétalisation ambitieuse et pérenne sur dalle, sans reconstruction majeure des ouvrages souterrains.
Ville de Lyon, Place Bellecour
Lyon Capitale, Municipales à Lyon
Cour des comptes, La politique de végétalisation de la Ville de Paris
CEREMA, Adapter l'espace public