
"Faire une ceinture verte de 100 hectares de la Deûle à Saint Sauveur. Que chaque Lilloises et Lillois aient au moins 3 arbres visibles depuis sa fenêtre (...). Créer au moins deux espaces verts par quartier, qui serviront d’îlots de fraîcheur en été."
Source : Programme du candidat
La proposition "Lille verte" s’inscrit dans la continuité des politiques de renaturation engagées depuis 2020, tout en affichant une ambition accrue à travers la création d’un grand parc à Saint-Sauveur, la constitution d’une ceinture verte d’environ 100 hectares le long de la Deûle et le renforcement de continuités écologiques reliant des espaces naturels aujourd’hui sous-utilisés.
Contactée, l’équipe de campagne du candidat indique que la surface restante à aménager sur le site de Saint-Sauveur est de l’ordre de 15 hectares, compte tenu des équipements déjà réalisés ou programmés (construction du gymnase, parc de la Vallée, maintien du Cours Saint-So, jardins partagés et halles conservées). Cette estimation est retenue comme base de calcul dans le présent chiffrage.
La mise en œuvre de ces orientations implique des contraintes techniques et financières significatives, liées notamment à l’accessibilité des sites, à la présence d’infrastructures existantes et à la nécessité de créer des cheminements verts continus et sécurisés. En l’absence de précisions opérationnelles, la mesure est interprétée comme un programme d’investissements paysagers structurants, distinct de la végétalisation diffuse de la voirie et des espaces de proximité. Le triangle des Rouges Barres est exclue du périmètre du chiffrage.
Le coût total de la mesure est estimé à 115 M€, dont 30 M€ pour le grand parc Saint-Sauveur, 75 M€ pour la ceinture verte, et 9,8 M€ pour les continuités écologiques.
À ce stade, aucun document budgétaire ne permet d’établir que le grand parc de Saint-Sauveur ou la ceinture verte de 100 hectares seraient intégralement financés dans le cadre de la concession d’aménagement "Euralille à la Deûle" (196 M€). Ils sont donc analysés comme des investissements additionnels potentiels.
Cette mesure représente l’équivalent de sept piscines de Fives-Hellemmes ou des deux tiers du budget annuel d’investissement de la ville.
Coût
estimé
Institut Montaigne
118 M€
Répartition
Ville / Métropole
Temporalité
Sur la durée du mandat
Hypothèse basse
76 M€
Hypothèse haute
175 M€
Au niveau national, la proposition s’inscrit dans le prolongement des politiques publiques de lutte contre les effets du changement climatique en milieu urbain, notamment les stratégies de réduction des îlots de chaleur, de renaturation des villes et de développement de la nature en ville portées par l’État (plans nationaux pour la biodiversité, l’adaptation au changement climatique et la végétalisation urbaine). Ces orientations restent toutefois largement incitatives et ne s’accompagnent pas de dispositifs nationaux spécifiques dédiés à la végétalisation de grandes places urbaines contraintes, laissant une large autonomie aux collectivités locales.
Lors du mandat de Martine Aubry (2014-2020), plusieurs actions de végétalisation ont été menées à Lille, notamment la création de jardins partagés, la plantation d'arbres d'alignement et le développement de corridors écologiques. Le mandat actuel de Martine Aubry (depuis 2020) a poursuivi ces efforts avec le projet de renaturation de certains espaces et la poursuite de la végétalisation des rues. Toutefois, aucun projet d'ampleur comparable à la ceinture verte de 100 hectares ou au grand parc de Saint-Sauveur n'a été engagé. Le programme "Lille verte" proposé représente donc un changement d'échelle significatif par rapport aux politiques précédentes, tant en surface d'espaces verts créés qu'en volume d'investissement nécessaire.
La mesure est susceptible d’améliorer le confort thermique et l’usage de la place en période estivale, de renforcer la présence du végétal dans un espace aujourd’hui très minéral et de répondre à une attente citoyenne forte. Elle pourrait également contribuer à une amélioration de l’image environnementale du site. Ces effets sont toutefois conditionnés à la capacité du projet à dépasser les solutions temporaires existantes et à proposer une végétalisation réellement pérenne malgré les contraintes techniques identifiées.
La création d'espaces verts et l'aménagement des espaces publics relèvent en principe des compétences de la commune, en articulation avec la Métropole européenne de Lille pour les espaces d’intérêt métropolitain, la voirie structurante et les opérations d’aménagement inscrites dans des concessions ou ZAC communautaires. La faisabilité du projet dépendra ainsi de la clarification du portage institutionnel de chaque composante (parc Saint-Sauveur, ceinture verte, continuités écologiques), certaines pouvant relever d’opérations déjà engagées par la MEL ou la SPL, d’autres constituant des investissements nouveaux. Elle repose également sur la disponibilité foncière effective (notamment sur le site de Saint-Sauveur), sur les éventuels coûts de dépollution, ainsi que sur la capacité d’investissement respective de la Ville et de la Métropole, dans un contexte d’arbitrages budgétaires contraints au regard des autres priorités municipales et intercommunales.
Le chiffrage porte exclusivement sur les coûts d'investissement pour la création des espaces verts. Sont inclus : les études préalables et maîtrise d'œuvre, l'acquisition foncière éventuelle (non chiffrée séparément), les travaux de préparation des sols et terrassement, la fourniture et plantation des végétaux (arbres, arbustes, vivaces, engazonnement), les substrats et amendements, les dispositifs de drainage et d'arrosage, les cheminements piétonniers et cyclables, et les aménagements paysagers (noues, fosses plantées).
Sont exclus : les coûts de fonctionnement et d'entretien récurrents (estimés entre 2 et 4% de l'investissement initial par an, soit 2,9 M€ à 6,8 M€/an selon le scénario), les aménagements non végétaux lourds (mobilier urbain, éclairage, signalétique), les éventuelles opérations immobilières ou d'aménagement urbain sur les terrains adjacents, et tout cofinancement externe (subventions État, Région, Europe).
La méthode repose sur une décomposition par composante du programme "Lille verte", en mobilisant des coûts unitaires au m² issus des référentiels officiels ADEME "Plus fraîche ma ville" et des retours d'expérience CEREMA sur des projets publics de création d'espaces verts urbains.
Pour le grand parc de Saint-Sauveur (15 ha), le chiffrage s’appuie sur le référentiel ADEME pour la solution "Parc et jardin" (100 à 300€ HT/m²), cohérent avec les retours d’expérience documentés : CEREMA Libourne (115€/m²) et programme Cours Oasis à Paris (300 à 400€/m² en contexte très contraint). L’hypothèse de surface retenue est de 15 hectares, conformément à l’indication transmise par l’équipe de campagne et retenue comme base de calcul dans la présente analyse. À périmètre constant (150 000 m²), cela conduit à un coût d’aménagement compris entre 15 M€ (150 000 × 100€) et 45 M€ (150 000 × 300€), hors acquisition foncière et dépollution éventuelle. Il convient d’ajouter à ce montant les éventuels coûts d’acquisition foncière ainsi que les coûts de réhabilitation des sols, le site étant situé dans la ZAC Saint-Sauveur, concédée à la SPL dans le cadre d’une opération mixte (logements, activités et espaces publics). En l’absence d’éléments publics détaillant le bilan actualisé de la ZAC et la situation foncière résiduelle (notamment vis-à-vis de la SNCF), ces coûts demeurent incertains. À titre indicatif, sur la base d’une transaction intervenue en 2024 sur une partie du site, un ordre de grandeur de 100€/m² peut être retenu pour le foncier, soit environ 15 M€ supplémentaires si la totalité des 15 hectares devait être acquise en hypothèse haute et théorique. Les études environnementales mentionnent par ailleurs la présence de pollutions résiduelles. Les coûts de dépollution peuvent varier fortement selon la nature et le volume des terres à traiter ; des références sectorielles font état d’ordres de grandeur pouvant atteindre 100€/m² pour des opérations d’assainissement lourdes. En intégrant ces paramètres, le coût total du parc de 15 hectares pourrait ainsi se situer dans une fourchette large, comprise entre 15 M€ (aménagement seul, foncier maîtrisé, dépollution limitée) et un niveau sensiblement supérieur en cas d’acquisitions et de traitements de sols significatifs.
Pour la ceinture verte de 100 hectares, le chiffrage retient un coût unitaire réduit de 50-100 € HT/m², correspondant à des espaces semi-naturels (voies vertes, liaisons paysagères, corridors écologiques) nécessitant moins d'aménagements lourds qu'un parc urbain. Coût estimé : 50 M€ à 100 M€.
Pour les continuités végétales dans les rues (arbres + noues) : une telle mesure doit prendre en compte le coût d’achat de l’arbre, entre 400 et 550€, soit une moyenne de 475€, et les frais de plantation, qui varient selon l’endroit où l’arbre est planté. Le chiffrage est exprimé en dépenses d'investissement totales pour la création des espaces verts, réalisables sur une durée estimée entre 6 et 12 ans selon l'ambition retenue, soit un à deux mandats municipaux complets. Cette temporalité s'appuie sur les ordres de grandeur constatés pour des projets de parcs urbains majeurs : la création d'un parc de 15-20 hectares nécessite typiquement 3 à 5 ans (études, acquisitions foncières, travaux), tandis qu'une ceinture verte de 100 hectares implique une réalisation progressive par tranches sur 8 à 12 ans. Les plantations d'arbres dans les rues peuvent être étalées sur 2 à 4 ans selon le rythme retenu (maintien du rythme actuel de ~7 000 arbres/an ou accélération).
Hypothèses : Le jardin des Plantes de Lille faisant environ 11 hectares, nous pouvons retenir une hypothèse d’un parc de 15 à 20 hectares pour respecter l’indication donnée par la candidate d’un parc "plus grand". Le coût identifié par l’ADEME pour les parcs est compris dans une fourchette allant de 100€ à 300€ HT/m². Cela correspond à une estimation basse à 15 M€ (150000*100) et une estimation haute à 45 M€ (150000*300). Pour un parc de 20 ha, les estimations oscilleraient entre 20 M€ et 60 M€.
Fourchette retenue : 15 M€ à 60 M€
Hypothèses :
Calcul :
Fourchette retenue : 50 M€ à 100 M€
Hypothèses :
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Fourchette basse |
Fourchette haute |
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Plantation d’arbres |
Ralentissement du rythme par rapport à la dynamique observée (36 777 arbres en 5 ans) → 0 € de coût additionnel Coût total (50% voirie, 50% parc urbain) 3000/an * (5 270 €+1400€)/2 = 10 M€ + 1,4 M€ = 11,4 M€ |
Maintien du rythme actuel → 0 € de coût additionnel Sinon coût total (75% voirie, 25% parc urbain) 3000/an * (5 270 €*0,75+1400€*0,25) = 12,9 M€ + 1,4 M€ = 14,3 M€ |
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Composante |
Hypothèses |
Estimation basse |
Estimation médiane |
Estimation haute |
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1. Grand parc à Saint-Sauveur |
15-20 ha ; 100-300 € HT/m² (ADEME "Parc et jardin") |
15 M€ (15 ha × 100 €/m²) |
30 M€ (15 ha × 200 €/m²) |
60 M€ (20 ha × 300 €/m²) |
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2. Ceinture verte de 100 ha |
100 ha ; 50-100 € HT/m² (espaces semi-naturels, voies vertes) |
50 M€ (50 €/m²) |
75 M€ (75 €/m²) |
100 M€ (100 €/m²) |
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3. Continuités végétales rues |
6 000 arbres + noues ; 50% voirie en basse, 75% en haute |
11,4 M€ (50% voirie / 50% parc) |
12,8 M€ |
14,3 M€ (75% voirie / 25% parc) |
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Total |
76 M€ |
118 M€ |
175 M€ |
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