
"Mise en œuvre du projet Euralille à la Deûle avec la renaturation de 15 hectares, la création de 30 km de promenades, et la mise en valeur des anciennes fortifications entre la Citadelle et Euralille, entre Lille, St-André, la Madeleine et Lambersart"
Source : Programme du candidat
La mise en œuvre du projet Euralille à la Deûle s’inscrit dans un contexte marqué par une ambition ancienne de requalification paysagère et écologique des berges de la Deûle et de ses abords, dans la continuité des grandes opérations d’aménagement menées à Lille depuis les années 1990. Le secteur concerné présente toutefois des contraintes structurelles et foncières significatives : coexistence d’infrastructures lourdes (voies routières et ferroviaires, ouvrages hydrauliques, réseaux), emprises morcelées entre plusieurs collectivités, et présence d’espaces déjà aménagés mais à faible valeur écologique. Ces contraintes conditionnent fortement les possibilités de renaturation en pleine terre et influencent directement les coûts d’aménagement.
Au cours des mandats précédents, les interventions sur ce périmètre se sont principalement traduites par des aménagements ponctuels et progressifs (cheminements, espaces verts d’accompagnement, requalifications paysagères partielles), sans transformation d’ensemble du corridor entre la Citadelle et Euralille. La proposition analysée marque une inflexion notable en affichant un objectif global et structurant : la renaturation de 15 hectares et la création d’un continuum de promenades sur près de 30 km, à l’échelle intercommunale. Cette ambition implique un changement d’échelle, tant sur le plan opérationnel que financier, avec des enjeux élevés liés aux travaux de dépollution éventuelle des sols, aux aménagements hydrauliques, à la restauration écologique durable des milieux, ainsi qu’aux coûts futurs de gestion et d’entretien des espaces renaturés.
Il convient toutefois de préciser que le projet "Euralille à la Deûle" est déjà inscrit dans une concession d’aménagement confiée à la SPL Euralille pour un montant global de 196 M€, principalement financé par la Métropole européenne de Lille (128 M€) et par des cessions de charges foncières (68 M€). Nous faisons l’hypothèse que cette opération d’investissement est donc déjà programmée et portée par la MEL : elle ne constitue pas un coût d’investissement additionnel pour la Ville de Lille. Les estimations présentées ci-dessous (68 M€ à 83 M€) correspondent uniquement à un ordre de grandeur du volet renaturation et aménagement paysager au sein de l’opération globale, sur la base de coûts unitaires observés dans des projets comparables. Elles ne s’ajoutent pas aux 196 M€, mais permettent d’apprécier le niveau d’intensité écologique et paysagère susceptible d’être retenu dans le cadre de la concession. À titre indicatif, et en retenant un niveau d’intervention moyen comparable aux opérations nationales de renaturation de berges urbaines, le coût du seul volet paysager et écologique peut être estimé autour de 68 M€. Dans une hypothèse plus ambitieuse, intégrant une part accrue de requalifications lourdes et d’aménagements qualitatifs, ce montant pourrait atteindre environ 83 M€.
L’impact budgétaire certain et direct pour la Ville de Lille porte principalement sur les dépenses de fonctionnement futures liées à l’entretien des espaces naturels créés. Une fois les aménagements livrés, la charge annuelle d’entretien pourrait être comprise entre environ 0,7 M€ et 1,6 M€ par an (sur la base de 45 hectares et de coûts unitaires observés entre 10 000€ et 40 000€ par hectare et par an), soit entre 4 M€ et 10 M€ cumulés sur un mandat de six ans. Dans cette configuration, l’enjeu financier pour la Ville ne réside donc pas dans un investissement initial, mais dans la soutenabilité des dépenses de fonctionnement à moyen et long terme.
À titre de comparaison, le coût sur le mandat représente l’équivalent du coût de la réhabilitation du Musée d'Histoire Naturelle.
Coût
estimé
Institut Montaigne
75,5 M€
Temporalité
Sur la durée du mandat
Hypothèse basse
68 M€
Hypothèse haute
83 M€
Au niveau national, la proposition s’inscrit dans le cadre des politiques publiques de transition écologique et d’adaptation des villes au changement climatique, notamment en matière de renaturation des espaces urbains, de restauration des continuités écologiques et de réduction des îlots de chaleur. Ces orientations sont portées par l’État à travers les stratégies nationales pour la biodiversité, l’adaptation au changement climatique et la reconquête de la nature en ville, ainsi que par des dispositifs de soutien financier mobilisables (fonds verts, agences de l’eau, appels à projets).
Depuis 2020, la Ville de Lille a engagé une politique active de métamorphose paysagère, notamment à travers le plan "90 hectares", combinant création et requalification d’espaces verts, végétalisation de l’espace public et apaisement des circulations. Plusieurs opérations de transformation de rues et de places ont déjà été conduites ou engagées, constituant un socle opérationnel et budgétaire existant pour la végétalisation de nouvelles rues. En revanche, aucun projet comparable à un miroir d’eau de grande ampleur n’a été réalisé place de la République sur le mandat précédent, ce qui en fait une mesure nouvelle au regard des politiques déjà mises en œuvre.
La mesure est susceptible de contribuer à une amélioration du confort thermique et de la qualité d’usage de l’espace public, en particulier lors des épisodes de fortes chaleurs, tout en renforçant la présence du végétal dans la ville et l’attractivité des espaces concernés. La végétalisation des rues peut également produire des effets positifs en matière de cadre de vie et de mobilités apaisées, tandis que le miroir d’eau constituerait un équipement urbain emblématique à vocation climatique et sociale. L’ampleur réelle de ces effets demeure toutefois conditionnée au niveau d’ambition des aménagements et à leur capacité à être pérennes et correctement entretenus dans le temps.
La mise en œuvre du projet relève principalement de la compétence de la Métropole européenne de Lille, compétente en matière d’aménagement de l’espace communautaire, de voirie structurante, de mobilités et de gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations (GEMAPI). La concession d’aménagement ayant déjà été confiée à la SPL Euralille pour un montant global de 196 M€, le cadre juridique d’intervention est établi et sécurisé au titre du droit commun des concessions d’aménagement.
La commune de Lille intervient pour sa part au titre de ses compétences propres, notamment en matière d’espaces verts communaux et d’entretien des équipements transférés ou rétrocédés à l’issue des travaux. Dans l’hypothèse retenue, l’investissement principal étant porté par la MEL, l’enjeu juridique pour la Ville porte moins sur la réalisation de l’opération que sur les modalités de rétrocession, de gestion et d’entretien des espaces créés, qui devront faire l’objet de conventions précises entre les collectivités concernées.
Sur le plan politique, la dimension intercommunale du périmètre constitue à la fois un levier et une contrainte : elle suppose un alignement durable des priorités entre exécutifs locaux et un portage politique partagé, susceptible d’influer sur le phasage opérationnel du projet. La mobilisation de cofinancements (Agence de l’eau, Région, État, fonds européens) demeure juridiquement possible et cohérente avec les objectifs environnementaux affichés ; elle peut toutefois introduire des calendriers conditionnés à des appels à projets et à des exigences procédurales spécifiques.
Exclusion du tramway - Le périmètre retenu se concentre exclusivement sur la renaturation et les aménagements d’espaces publics associés, en excluant explicitement les infrastructures de transport lourd. Ainsi, le projet de tramway, bien qu’évoqué comme élément de contexte et de cohérence des mobilités, est volontairement exclu du périmètre financier analysé : ni les coûts d’infrastructure, ni le matériel roulant, ni l’exploitation du tramway ne sont intégrés au chiffrage.
L’impact budgétaire direct pour la ville porte principalement sur les dépenses de fonctionnement futures liées à l’entretien des espaces naturels créés à l’issue de l’opération. L’estimation repose sur une surface totale d’environ 45 hectares (15 hectares de renaturation et 30 hectares équivalents correspondant aux promenades), et sur des coûts unitaires observés pour l’entretien d’espaces verts urbains, compris entre 10 000€ et 40 000€ par hectare et par an selon le niveau d’intensité de gestion. Sur cette base, la charge annuelle pour la commune peut être estimée entre environ 0,7 M€ et 1,6 M€ par an. Rapportée à la durée d’un mandat de six ans, cette dépense représenterait un cumul compris entre 4 M€ et 10 M€, hors évolution des coûts salariaux et inflation. Dans cette configuration, l’enjeu financier pour la Ville ne réside donc pas dans un investissement initial, principalement porté par la Métropole, mais dans la soutenabilité à moyen et long terme des dépenses récurrentes d’entretien et de gestion des espaces créés.
Proxys avec des opérations similaires : L’analyse porte uniquement sur les opérations de renaturation (espaces végétalisés, continuités écologiques, plantations), la création des promenades et cheminements doux, ainsi que la mise en valeur paysagère et patrimoniale des abords, sur le territoire reliant Euralille aux berges de la Deûle, au sein des communes de Lille, La Madeleine, Lambersart et Saint-André-lez-Lille. Cette délimitation permet de produire un chiffrage plus robuste et comparable, centré sur les compétences d’aménagement et d’environnement, sans biais lié aux choix de transport structurants.
Il est proposé une approche comparative par coûts unitaires, fondée sur des projets nationaux de renaturation ou de requalification de berges fluviales et de continuités écologiques en milieu urbain dense. Quatre opérations de référence ont été retenues, documentées par des sources institutionnelles (cf. tableau ci-dessus), et présentant des caractéristiques proches du projet Euralille à la Deûle en termes de complexité urbaine, d’ambition paysagère et de gouvernance publique.
Pour chacun de ces projets, le coût global d’investissement est rapporté à la surface renaturée ou aménagée, afin d’obtenir un coût moyen par hectare de projet. Cette conversion permet d’homogénéiser des opérations hétérogènes (linéaires fluviaux, maillages écologiques, espaces publics paysagers) et de dégager des ordres de grandeur comparables, indépendamment des spécificités locales.
Les coûts unitaires de référence sont mobilisés pour construire une fourchette basse et une fourchette haute par pondération de différents niveaux d’intensité d’aménagement, appliqués à la surface totale du projet.
La borne basse correspond à une configuration privilégiant la renaturation et les aménagements paysagers sobres, dans laquelle les interventions lourdes sont concentrées sur une part limitée du périmètre, tandis que la majorité des surfaces relève de génie écologique, de cheminements simples et de parcs de proximité.
La borne haute repose sur une répartition plus équilibrée entre renaturation et aménagements urbains intensifs, intégrant une proportion plus importante de requalifications lourdes (espaces publics structurants, mobilier et traitements qualitatifs), conduisant à un coût moyen par hectare plus élevé.
Cette fourchette de coûts par hectare est enfin appliquée à la surface cible de « la renaturation de 15 hectares et la création d’un continuum de promenades sur près de 30 km » annoncée pour Euralille à la Deûle, afin d’estimer un coût d’investissement global. Afin d’homogénéiser le chiffrage, les 30 km de continuum de promenades (30 000m * 10m) sont convertis en surface équivalente sur la base d’une largeur moyenne d’aménagement de 10 mètres, correspondant à un cheminement piéton-cyclable accompagné de ses abords paysagers immédiats (revêtements, accotements végétalisés, plantations, dispositifs de gestion écologique légère). Cette hypothèse conduit à une surface d’environ 30 hectares supplémentaires. Ajoutée aux 15 hectares de renaturation explicitement annoncés, elle conduit à une surface totale de projet de l’ordre de 45 hectares, servant de base au calcul du coût global par application d’un coût unitaire moyen par hectare issu de projets comparables.
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Projet (France) |
Type d’intervention |
Coût estimé |
Surface estimée |
Coût moyen / ha |
Source |
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Paris - Berges de la Seine (Paris Rives-de-Seine) |
Transformation d’anciennes voies rapides en promenade piétonne / verte, aménagements paysagers lourds |
35 M€ |
10 ha (7 km × 15 m de largeur moyenne) |
3,5 M€ / ha |
Cour des comptes, rapport sur les finances de la Ville de Paris, p. 17 |
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Nantes - Île de Nantes / berges de Loire |
Aménagement global d’espaces publics fluviaux et renaturation des berges |
Plus de 50 M€ |
15 ha (espaces publics et berges requalifiées) |
3,3 M€ / ha |
SAMOA / Nantes Métropole - documents de programmation urbaine |
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Bordeaux - Quais de la Garonne |
Requalification lourde des quais, promenades continues, espaces verts |
70 M€ |
18 ha (4,5 km × ~40 m en moyenne) |
3,9 M€ / ha |
Bordeaux Métropole - dossiers de projet et PPI |
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Toulouse - Berges de la Garonne |
Aménagement de berges urbaines, promenades et espaces paysagers |
40 M€ |
12 ha (6 km × ~20 m) |
3,3 M€ / ha |
Toulouse Métropole - documents d’aménagement et budgets |
L’estimation budgétaire repose sur une méthode d’analogie pondérée articulée autour d’un référentiel national (Paris, Bordeaux, Nantes, Toulouse). L’enveloppe globale de 67,5 M€ est obtenue par la segmentation des 45 hectares en trois typologies d’intervention : une zone de requalification urbaine dense (3,5 M€/ha), un secteur de parcs et mobilités douces (1,5 M€/ha) et une zone de renaturation écologique (0,5 M€/ha). Cette pondération permet d'ajuster les coûts aux réalités techniques du projet lillois, privilégiant le génie végétal et la valorisation du patrimoine existant face aux coûts plus élevés du génie civil lourd observé dans d'autres métropoles.
Borne basse (priorité à la renaturation)
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Zone |
Intensité d'aménagement |
Description du projet (Cohérence Lille) |
Ratio estimé |
Surface (sur 45 ha) |
Sous-total |
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Zone A |
Urbaine Lourde |
Requalification des secteurs minéraux : Transformation d'Euralille, déminéralisation des sols, aménagement des places et abords du futur tramway, mobilier urbain haute qualité. |
3,5 M€ / ha |
20 % (9 ha) |
31,5 M€ |
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Zone B |
Parc & Mobilité |
Création des "Rubans" : Chemins partagés piétons/cycles reliant Euralille aux berges (trajet de 8 min), aménagement des lisières urbaines et des parcs de proximité. |
1,5 M€ / ha |
40 % (18 ha) |
27,0 M€ |
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Zone C |
Renaturation |
Génie écologique & Biodiversité : Plantations de 20 000 arbres, restauration des zones humides, valorisation des 100 ha de fortifications, berges douces et corridors écologiques. |
0,5 M€ / ha |
40 % (18 ha) |
9,0 M€ |
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TOTAL |
Pondéré |
Aménagement d'un parc métropolitain mixte |
1,5 M€ (moy) |
45 ha |
67,5 M€ |
Borne haute (répartition équilibrée)
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Zone |
Intensité d'aménagement |
Description du projet (Cohérence Lille) |
Ratio estimé |
Surface (sur 45 ha) |
Sous-total |
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Zone A |
Urbaine Lourde |
Requalification des secteurs minéraux : Transformation d'Euralille, déminéralisation des sols, aménagement des places et abords du futur tramway, mobilier urbain haute qualité. |
3,5 M€ / ha |
33 % |
52,5 M€ |
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Zone B |
Parc & Mobilité |
Création des "Rubans" : Chemins partagés piétons/cycles reliant Euralille aux berges (trajet de 8 min), aménagement des lisières urbaines et des parcs de proximité. |
1,5 M€ / ha |
33 % |
22,5 M€ |
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Zone C |
Renaturation |
Génie écologique & Biodiversité : Plantations de 20 000 arbres, restauration des zones humides, valorisation des 100 ha de fortifications, berges douces et corridors écologiques. |
0,5 M€ / ha |
33 % |
7,5 M€ |
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TOTAL |
Pondéré |
Aménagement d'un parc métropolitain mixte |
1,8 M€ (moy) |
45ha |
82,5 M€ |
Fourchette basse : dans une configuration privilégiant la renaturation et des aménagements sobres sur la majorité du périmètre, le coût d’investissement est estimé à environ 67,5 M€, soit un coût moyen de l’ordre de 1,5 M€ par hectare pour un total de 45 hectares aménagés.
Fourchette haute : dans une hypothèse de répartition plus équilibrée entre renaturation et aménagements urbains intensifs, intégrant une part plus importante de requalifications lourdes, le coût d’investissement atteindrait environ 82,5 M€, correspondant à un coût moyen de 1,8 M€ par hectare.
Le projet Euralille à la Deûle présente un potentiel élevé de cofinancement, compte tenu de sa dimension intercommunale et de ses objectifs environnementaux. Outre la participation de la Ville de Lille, le financement pourrait être partagé avec la Métropole européenne de Lille (compétente en matière d’aménagement, de mobilités et de gestion des milieux aquatiques), ainsi qu’avec les communes concernées par le périmètre. Des cofinancements externes sont juridiquement et techniquement mobilisables, notamment via l’Agence de l’eau (renaturation, zones humides), le Fonds vert de l’État, la Région Hauts-de-France et, le cas échéant, des fonds européens (FEDER). La part effectivement supportée par la commune dépendra des clés de répartition retenues, du portage en maîtrise d’ouvrage et de la capacité à inscrire le projet dans des dispositifs d’aide existants, susceptibles d’introduire des délais et des contraintes procédurales.
Cour des comptes, rapport sur les finances de la Ville de Paris, p. 17
SAMOA, documents de programmation urbaine
Bordeaux Métropole, dossiers de projet et PPI
Toulouse Métropole, documents d’aménagement et budgets