
"Créer dans chaque quartier des « places de village » arborées et engazonnées, au centre desquelles des points d’eau ou de vraies fontaines apporteront une réponse aux fortes chaleurs. Ces 50 cœurs de verdure offriront à chacun un accès à un espace vert propre et sécurisé près de chez lui. (...) Aller vers la remise en eau progressive de l’Avenue du Peuple Belge (...) Nous assumerons un projet en deux temps : une première étape sur la période 2026-2032 avec miroir d’eau et parc paysager, amorçant concrètement le retour de l’eau ; puis une seconde étape à l’horizon 2040, pour une remise en eau complète rendue possible par la mobilisation de fonds européens."
Source : Programme de la candidate
Finaliste du prix, la candidature de la Ville de Lille pour le titre de Ville verte européenne en 2021 n’a pas été retenue en juin 2019. Pointant cet échec comme la preuve d’une action insuffisante en faveur du développement durable, la candidate de Renaissance a fait de la lutte contre la pollution et le réchauffement climatique un de ses principaux arguments de campagne. Partant du constat que la Ville de Lille plante déjà 2 000 arbres par an (cf. programme 2020), Violette Spillebout propose d’augmenter ce nombre de 1 000 arbres par an, soit 18 000 arbres en 6 ans.
Elle propose aussi d’augmenter de 20 % la superficie des espaces verts dans la ville car, selon elle, "il y a urgence à sortir du triste record détenu par Lille avec ses 60 jours annuels de pic de pollution au lieu des 3 tolérés par l’Organisation mondiale de la Santé" (Lettre aux Lillois, programme 2020). Les mesures sont reprises, avec la même philosophie dans le programme 2026. Le projet de remise en eau progressive de l’Avenue du Peuple Belge combine à court terme un aménagement paysager intégrant un miroir d’eau, puis à plus long terme une remise en eau complète conditionnée à la mobilisation de financements européens.
Le coût du programme de végétalisation et de création d’îlots de fraîcheur et d’un miroir d’eau accompagné d’un parc paysager est estimé dans une fourchette comprise entre 5,1 M€ et 12,8 M€, selon le niveau d’ambition retenu. C’est l’équivalent de 1 à 2 fois le coût de la réhabilitation du musée d’histoire naturelle. Les plantations d’arbres ne sont pas chiffrées ici, faute de précision sur leur implantation précise.
Coût
estimé
Institut Montaigne
9 M€
Temporalité
Sur la durée du mandat
Hypothèse basse
8 M€
Hypothèse haute
10 M€
La mesure s’inscrit dans le prolongement des politiques publiques nationales visant à renforcer la résilience climatique des villes, notamment à travers la lutte contre les îlots de chaleur urbains, la renaturation des espaces publics et le développement de la nature en ville. Ces orientations sont portées par plusieurs cadres stratégiques nationaux (plans biodiversité, stratégies d’adaptation au changement climatique, programmes de végétalisation urbaine), sans toutefois se traduire par des dispositifs opérationnels ou financiers ciblés spécifiquement dédiés à la création de parcs ou de forêts urbaines en milieu dense. En pratique, ces politiques relèvent principalement d’une logique incitative, laissant aux collectivités locales une large autonomie dans la définition, le financement et la mise en œuvre des projets de végétalisation urbaine.
Lors de la mandature 2020-2026, la Ville de Lille a fait de la végétalisation et de la lutte contre les îlots de chaleur urbains un axe prioritaire de son action, comme en témoigne le programme "Plantons 20 000 arbres", dont l’objectif a été atteint puis dépassé. Cette politique s’est traduite par une intensification des plantations d’arbres et par le développement de projets de renaturation dans l’espace public, en particulier au sein des parcs et espaces verts existants. Toutefois, dans les secteurs urbains les plus contraints (forte minéralité, réseaux souterrains, densité bâtie élevée), les interventions ont parfois privilégié des solutions alternatives ou transitoires (végétalisation légère, dispositifs d’ombrage, plantations en bacs), illustrant les limites techniques et opérationnelles à une végétalisation pérenne en pleine terre dans certains espaces emblématiques de la ville.
La plantation des arbres permettrait à la ville de Lille de réduire ses émissions de gaz à effet de serre et les températures urbaines. L’impact environnemental de la plantation de 18 000 arbres peut être évalué en comptant une absorption de CO2 entre 20 à 50 kg par an selon le type d’arbre. Cette mesure aurait donc un impact la première année estimé entre 60 tonnes et 150 tonnes de CO2 absorbées par an si la municipalité échelonnait la plantation des arbres sur les 6 années du mandat (donc 3 000 arbres par an). À l'issue du mandat, cette absorption oscillerait entre 360 tonnes et 900 tonnes de CO2.
Les émissions de GES de la MEL sont par ailleurs de 14 800 kilotonnes équivalent CO2 par an (source : rapport Livret plan climat de la métropole de 2018).
En milieu urbain, les arbres permettent de réduire le phénomène d’îlots de chaleur, qui tend à s’accroître dans le contexte du changement climatique. Les arbres ont plusieurs effets sur la température : ils offrent un ombrage ; ils réfléchissent et absorbent les rayonnements solaires ; enfin, ils contribuent au rafraîchissement du climat urbain par évapotranspiration (évaporation par les feuilles de l’eau puisée par l’arbre par ses racines). L’arbre urbain contribue également à la purification de l’air, par l’absorption des polluants gazeux par les stomates situés sur ses feuilles (orifices qui permettent les échanges gazeux entre la plante et l’air ambiant). Les effets d’un arbre sur la température urbaine varient sensiblement selon la variété, notamment la densité de l’ombrage (plus élevée pour les platanes et les marronniers notamment).
Selon une étude réalisée dans une ville de République tchèque, les arbres d’un parc d’un hectare ont un pouvoir de rafraîchissement d’au moins 3 000 kW, qui équivaut à 1 000 appareils à air conditionné.
Aucun obstacle juridique majeur n’est identifié, l’aménagement des espaces publics relevant des compétences de la commune, en lien avec la Métropole. La faisabilité du projet est en revanche principalement technique : la présence d’ouvrages souterrains (parking et métro, réseaux divers) limite fortement les possibilités de végétalisation en pleine terre et conditionne le niveau d’ambition envisageable.
Le chiffrage porte exclusivement sur les coûts d'investissement pour la création de 50 îlots de fraîcheur à Lille. Il inclut les études préalables, les travaux préparatoires (dépose de revêtements, gestion des réseaux souterrains), la désimperméabilisation des sols, la fourniture et la plantation des végétaux (arbres, arbustes, engazonnement), les substrats et terre végétale, ainsi que les dispositifs de drainage, d'infiltration des eaux pluviales et d'arrosage.
Il exclut les coûts de fonctionnement et d'entretien récurrents (estimés entre 2 et 4 % de l'investissement initial selon la DREAL PACA, soit 20 à 50€/arbre/an), les éventuels renforcements structurels lourds, les aménagements non végétaux (mobilier urbain, jeux, signalétique) et tout cofinancement externe.
Le chiffrage repose sur une décomposition détaillée par poste technique (désimperméabilisation et génie civil, végétalisation, points d'eau, mobilier, études et aléas), aboutissant à un coût unitaire complet entre 250 et 425€ HT/m² selon l'intensité des contraintes urbaines. Cette fourchette est cohérente avec les référentiels ADEME "Plus fraîche ma ville" pour la solution "Parc et jardin" (100 à 300€ HT/m² pour la végétalisation seule) et avec les retours d'expérience documentés : CEREMA à Libourne (115€/m² pour une cour d'école désimperméabilisée et végétalisée, hors génie civil lourd), Ville de Paris dans le cadre du programme Cours Oasis (300 à 400€/m² en contexte parisien très contraint), et budgets participatifs des grandes villes pour la requalification complète d'espaces publics (300 à 600€/m² incluant tous les postes). L'estimation centrale retenue de 325€/m² intègre l'ensemble des coûts d'investissement pour transformer un espace bitumé en îlot de fraîcheur opérationnel.
Le chiffrage est exprimé en dépenses d'investissement uniques pour la création des 50 îlots de fraîcheur, réalisables sur la durée du mandat (6 ans). Aucune montée en charge progressive des travaux n'est retenue dans le chiffrage, afin de simplifier la lecture, bien qu'en pratique un échelonnement des réalisations soit probable pour des raisons de capacité de maîtrise d'ouvrage et de budgets annuels.
Le chiffrage repose sur une hypothèse de surface moyenne de 200 m² par îlot de fraîcheur, correspondant à une petite place de quartier arborée et engazonnée. Le coût unitaire complet par îlot (incluant désimperméabilisation, génie civil, végétalisation, point d'eau, mobilier, études et aléas) s'établit entre 50 000€ (scénario bas : 250€/m² × 200 m²) et 85 000€ (scénario haut : 425€/m² × 200 m²), soit 65 000€ en hypothèse médiane (325€/m²).
Cette estimation intègre :
Pour 50 îlots de fraîcheur, le coût total d'investissement s'établit entre 2,5 M€ (scénario bas) et 4,25 M€ (scénario haut), soit 3,25 M€ en hypothèse médiane.
- Remise en eau - phase 1 de l’Avenue du Peuple Belge : miroir d’eau
Le chiffrage repose sur une comparaison directe avec des équipements analogues, en particulier le miroir d’eau de Bordeaux, souvent mobilisé comme référence nationale.
Le miroir d’eau de Bordeaux représente un investissement d’environ 5,5 M€ pour une surface de l’ordre de 3500 m², soit un coût unitaire proche de 1 700€ / m², incluant le génie civil, l’étanchéité, la fontainerie, les automatismes et les équipements techniques. À noter que le coût unitaire de Bordeaux constitue une hypothèse basse car un miroir plus petit comme à Vannes (environ 180m²) a coûté plus de 900 000€, soit 5 000€ du m².
Les montants présentés intègrent l’ensemble des coûts d’études et de travaux nécessaires à la mise en œuvre des aménagements. Les dépenses de fonctionnement récurrentes (entretien du végétal, exploitation du miroir d’eau, consommations d’eau et d’énergie) ne sont pas intégrées à ce stade. On applique un surcoût forfaitaire de +20 % afin de tenir compte des aléas techniques, des contraintes de chantier en milieu urbain dense et des ajustements de conception fréquemment observés sur des projets d’aménagement d’espaces publics. Pour un miroir d’eau de 2 300 m2, l’estimation est donc de 4,8 M€.
- Parc paysager associé à la remise en eau
Le parc paysager, aménagement de plus grande ampleur et de meilleure qualité paysagère, est estimé à 15 fois le coût d'un îlot de fraîcheur, soit entre 0,75 M€ (scénario bas) et 1,3 M€ (scénario haut), avec une hypothèse médiane de 1,0 M€.
La temporalité retenue est celle d’un investissement concentré sur la période 2026-2032. Le chiffrage n’intègre pas les coûts de fonctionnement et d’entretien (arrosage, renouvellement des plantations, maintenance des fontaines et du miroir d’eau), ceux-ci dépendant fortement des choix définitifs en matière d’essences végétales et de gestion hydraulique.
ADEME, "Plus fraîche ma ville - Service numérique public d'aide à la décision pour le rafraîchissement urbain", 2024
ADEME, Rafraîchissement urbain : luttez contre les effets d'îlot de chaleur
Inspection Générale, "Mission d'étude sur les cours oasis", Rapport ROC, avril 2023
CEREMA, Évaluation de la renaturation de la cour d’école élémentaire Jules Steeg à Libourne (Gironde) | Cerema
CEREMA, Désimperméabilisation et renaturation des sols : une série de fiches du Cerema