
"Doubler le nombre d’agents de la police municipale, armés, formés et présents la nuit."
Source : Site de campagne du candidat
L'Institut Montaigne chiffre le coût de cette proposition à 6,7 M€ par an.
Préoccupation au cœur de la campagne des municipales, la sécurité occupe une part croissante du budget des collectivités. En particulier, les dépenses de polices municipales constituent la principale dépense de fonctionnement des communes en matière de sécurité. Or entre 2017 et 2024, les dépenses de fonctionnement des polices municipales ont augmenté en moyenne de +41 % contre +16 % de croissance pour les dépenses de fonctionnement des autres services publics. On constate également une part croissante de polices municipales armées, passant de 48 % des agents disposant d’une arme de poing en 2012 à 58 % en 2023.
Bordeaux compte 177 agents de police municipale en 2024, soit environ 1 policier pour 1 500 habitants. En 2025, le maire sortant a décidé d’armer progressivement la police municipale de Bordeaux. Fin 2025, une cinquantaine d’agents sont armés. À ce titre, Thomas Cazenave promet de doubler le nombre d’agents de police municipale et d’armer l’ensemble des effectifs.
Si sur le plan de la faisabilité, la mesure ne soulève pas d’obstacle juridique particulier, son coût annuel moyen sur le mandat 2026-2032 atteint 6,7 M€, dans l’hypothèse d’une montée en charge progressive des effectifs sur 6 ans. En outre, si l’objectif était atteint, le budget de fonctionnement de 177 policiers supplémentaires représenterait 10,7 M€ par an à partir de 2032, correspondant à 92,5 % du budget sécurité de la Ville de Bordeaux en 2024.
Coût
estimé
Institut Montaigne
6,7 M€
Temporalité
Par an
Au niveau national, l’État a encouragé le renforcement du rôle des polices municipales, notamment à travers les travaux parlementaires sur la sécurité globale et sur l’élargissement progressif de leurs prérogatives. À ce titre, le Sénat a adopté le 10 février 2026 le projet de loi relatif à l'extension des prérogatives, des moyens, de l'organisation et du contrôle des polices municipales et des gardes champêtres. Ce texte, s’il est adopté par l’Assemblée nationale, pourrait permettre aux policiers municipaux, sur accord du maire, de constater une série de délits comme l’usage de stupéfiants, l’outrage sexiste et sexuel ou le port d’armes blanches, et de procéder à des contrôles d’identité.
Plus largement, cette proposition s’inscrit dans la montée en puissance des politiques de sécurité locale engagées depuis la fin des années 2010, avec l’augmentation des effectifs de police municipale (+40 % au niveau national entre 2013 et 2023) et la généralisation progressive de l’armement (58 % des agents disposaient d’une arme de poing en 2023, soit 10 points de plus en 10 ans). Pour autant, cette montée en puissance demeure principalement à la charge financière des collectivités locales : les dispositifs nationaux de soutien (dotations, subventions ciblées) restent limités et ne couvrent qu’une part marginale des coûts de fonctionnement et d’équipement.
Bordeaux compte 177 agents de police municipale en 2024, soit environ 1 policier pour 1 500 habitants. Sur le mandat précédent, la ville a connu une augmentation des effectifs de police municipale de 31 %, avec 135 agents en 2020. En 2025, le maire sortant a décidé d’armer progressivement la police municipale de Bordeaux. Fin 2025, une cinquantaine d’agents sont armés, pour répondre aux carences de la police nationale sur le territoire, selon l’équipe municipale.
La mesure vise donc à renforcer la présence visible et continue de la police municipale sur l’espace public et à améliorer la réactivité face aux incivilités et aux atteintes à la tranquillité publique.
L’armement des agents est présenté comme un levier d’adaptation des moyens municipaux à l’évolution des missions et du contexte sécuritaire, sous réserve d’une doctrine d’emploi et d’une coordination effective avec les forces de sécurité de l’État.
L’augmentation des effectifs et l’armement de la police municipale ne soulèvent pas d’obstacle juridique majeur, ces leviers relevant des compétences communales, les principales contraintes étant d’ordre budgétaire, opérationnel et de coordination avec l’État.
À Bordeaux, les effectifs de la police municipale s’élèvent à 177 agents, selon les derniers chiffres de la mairie. Le chiffrage repose sur l’hypothèse d’un recrutement graduel permettant de doubler les effectifs de la police municipale. Cette montée en charge est supposée linéaire sur la période, afin de tenir compte (1) des contraintes de recrutement et de formation, (2) des capacités d’encadrement et d’absorption budgétaire de la Ville et (3) des pratiques observées lors de la montée en charge initiale depuis 2021.
Dans une étude publiée en octobre 2025, l’Observatoire des Finances et de la Gestion publique Locales estime à 60 636€ les dépenses de fonctionnement annuelles par agent de police municipale dans les communes de plus de 100 000 habitants. Ce montant inclut déjà les frais de formation et l’achat d’équipements et des dépenses diverses. Nous considérons qu’il inclut également le coût incrémental d’équipement lié au recrutement des policiers municipaux.
Sur cette hypothèse, recruter 177 agents représente donc une dépense annuelle de fonctionnement supplémentaire de 60 636 * 177 = 10,7 M€.
Faute de précisions, l’évaluation a été réalisée en supposant que le recrutement de 177 agents résultait de la création d’un nombre identique d’emplois, sans redéploiement interne à la collectivité.
Thomas Cazenave propose également d’armer la police municipale. Bordeaux compte déjà autour de 57 agents de police armés. Afin que la totalité des effectifs soit armée à l’horizon 2032, il faudrait former et équiper 297 agents. Le coût de l’armement des agents dépend en effet de deux éléments : le coût d’acquisition des équipements et de leur entretien, ainsi que la formation des agents.
Nous retenons comme hypothèse le choix d’armes de poing semi-automatiques standard de type Glock 9 mm, correspondant à l’équipement utilisé au sein de la police municipale bordelaise. Le prix catalogue en 2026 est en moyenne de 817€. En prenant en compte la négociation liée aux volumes, le prix unitaire de référence peut être estimé à environ 700€.
La généralisation de l'arme de service pour les agents de la police municipale entraînerait également des dépenses de formations préalables obligatoires, prévues par l’article R511-19 du Code de la sécurité intérieure.
Les policiers municipaux devraient d’abord suivre une formation juridique sur le port et l’usage des armes, dont le prix fixé par le Centre national de la fonction publique territoriale se situe en moyenne autour de 328€. Ensuite, la formation spécifique à l’arme choisie s’élèverait en moyenne à 1 125€ dans ce cas, comme nous en faisons l’hypothèse.
L’autorisation de port d'armes, pour être conservée, nécessite le tir de 50 cartouches par an sur deux séances conformément à l’article R511-21 du Code de la sécurité intérieure. La prix de la formation d’entraînement au maniement des armes (son montant varie ensuite en fonction de la prise en charge des frais liés aux équipements et intervenants : équipements mis à disposition par le CNFPT ou par la collectivité, modalités de recrutement de l’intervenant…) se situe en moyenne à 110€ par séance. On considère ensuite que la formation des agents nécessitera un investissement dans les infrastructures (stands de tir, formation de moniteurs…). En prenant un projet d’investissement comparable, réalisé par une autre métropole et ajusté à l’inflation à un taux forfaitaire de 15 %, on peut estimer ce coût à 1 380 000€.
|
Coût unitaire (€) |
Nombre |
Total |
|
|
Arme de service (Glock 9mm) |
817 |
297 |
242 649 |
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Formation initiale |
1 453 |
297 |
431 541 |
|
Formation continue |
220 x 6 ans = 1 320 |
297 |
392 040 |
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Infrastructures de tir |
1 380 000 |
||
|
Total |
2 446 230 |
Au total, l’armement de 297 policiers municipaux représente un investissement de 2,4 M€ sur 6 ans de mandat soit une moyenne de 407 705€ par an.
Trajectoire et coût moyen sur la période
|
Année |
Recrutement et fonctionnement |
Armement |
Total annuel |
|
Année 1 |
1,8 M€ |
407 705€ |
2,2 M€ |
|
Année 2 |
3,6 M€ |
407 705€ |
4,0 M€ |
|
Année 3 |
5,4 M€ |
407 705€ |
5,8 M€ |
|
Année 4 |
7,2 M€ |
407 705€ |
7,6 M€ |
|
Année 5 |
8,9 M€ |
407 705€ |
9,4 M€ |
|
Année 6 |
10,7 M€ |
407 705€ |
11,1 M€ |
|
Coût moyen annuel (sur 6 ans) |
6,3 M€ |
407 705€ |
6,7 M€ |
Doubler les effectifs de police municipale et les armer représente donc un coût moyen annuel de 6,7 M€.
Sénat, "Rapport d'information n°671 sur 25 propositions pour donner aux polices municipales les moyens de lutter contre l'insécurité du quotidien", mai 2025
Observatoire des Finances et de la Gestion publique Locales (OFGL), "Les enjeux financiers des polices municipales - Nouveaux éclairages", octobre 2025
CNFPT, "Bulletin d'inscription - Formation préalable à l'armement"
CNFPT, "Tarifs des formations des policiers municipaux à comter du 1e janvier 2024"
Armurerie Pistolier, "Tarifs administratifs"
France 24, "L'armement des policiers municipaux, un débat qui n'en est presque plus un", janvier 2026
Institut Paris Région, "Les polices municipales dans les plus grandes villes de France : panorama factuel", novembre 2019