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10/06/2026
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[UE et Inde : au-delà du commerce] - Du libre-échange à un partenariat pluridimensionnel  ?

[UE et Inde : au-delà du commerce] - Du libre-échange à un partenariat pluridimensionnel  ?
 Baudouin de Hemptinne
Auteur
Économiste

La signature d'un accord commercial en janvier 2026 entre l'UE et l'Inde ouvre l’horizon au renforcement d’un partenariat entre les deux entités démocratiques, qui partagent un objectif  pour l’amélioration des conditions de vie de leurs habitants. Comment l’Union européenne et l’Inde, fortes de cette priorité commune, peuvent-elles renforcer leurs liens ? De l'approche coordonnée vis-à-vis de la Chine et des États-Unis à la réforme des institutions multilatérales en passant par l'ambition de cultiver des liens interpersonnels : 6 voies possibles pour aller au-delà du simple commerce.

Les démocraties contemporaines sont devenues des démocraties d’approbation : telle est l’idée introduite par Pierre Rosanvallon dans ses réflexions sur les sources de légitimité du pouvoir. Désormais, au-delà de la "légitimité d’établissement" découlant des élections, les citoyens exigent que leurs dirigeants tiennent compte des situations particulières de chacun tout en restant impartiaux. Il qualifie ces nouvelles sources de légitimité comme celle d’impartialité, de réflexivité et de proximité. Cette"métamorphose de la légitimité"constitue un rempart contre la tyrannie de la majorité ou l’avènement de dirigeants autoritaires par le biais des élections.

Ce cadre de réflexion une fois posé, on peut considérer que les dynamiques politiques européennes et indiennes se caractérisent par la primauté des affaires intérieures et de voisinage immédiat sur les priorités extérieures, caractéristique qui tend à être propre aux régimes démocratiques modernes. Les opinions publiques attendent, avant tout, l’amélioration des conditions socio-économiques nationales. Selon le géopolitologue Joseph Mackay, la légitimité au sein de l’UE dépend à la fois "du consentement démocratique au sein des États membres et de la capacité de l’UE à remplir efficacement des fonctions spécifiques". En Inde, les questions de subsistance sont également centrales, comme l’ont montré les élections générales de 2024. L’agenda politique des pays européens et de l’Inde est dominé par des thèmes globalement similaires : les conditions socio-économiques, la citoyenneté et la migration, le changement climatique, les politiques en matière d’IA et les relations avec le voisinage proche. Naturellement, les réponses politiques dans ces domaines diffèrent en fonction des contextes. Pour l’Inde, les principaux défis socio-économiques sont la sortie de la population de la pauvreté, l’accès à l’énergie, le développement de l’éducation et des soins de santé, ainsi que les investissements étrangers. "Viksit Bharat 2047", la feuille de route officielle en matière de développement, vise à faire de l’Inde un pays développé d’ici son centenaire en 2047. Du côté de l’UE, le principal défi consiste à rechercher une productivité accrue face au vieillissement de la main-d’œuvre, à restaurer la compétitivité dans l’industrie et les technologies, et à garantir l’accès à l’énergie, ce dont témoignent les rapports Letta et Draghi de 2024.

Pour l’Inde, les principaux défis socio-économiques sont la sortie de la population de la pauvreté, l’accès à l’énergie, le développement de l’éducation et des soins de santé, ainsi que les investissements étrangers.

Sur le plan climatique, l’UE joue le rôle de leader mondial dans la coordination des efforts diplomatiques. Elle s’est engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, mais peine à réduire efficacement ses émissions tout en restant une économie compétitive à l’échelle mondiale. Pour l’Inde, la question climatique est centrale, mais principalement en raison des dommages directs causés par les aléas climatiques. Ajay Srivastava, expert indien sur les questions de globalisation, explique qu’une réduction absolue des émissions va à l’encontre de l’agenda de développement économique indien et rappelle que très loin de surconsommer, 60 % de la population indienne vit au jour le jour. Selon des experts de la délégation de l’UE,le défi pour l’Inde consiste à se ranger du côté du "bon côté", à savoir de celui des pays ambitieux en matière de climat, tout en élargissant l’accès à l’énergie de sa population afin d’améliorer les conditions de vie.

En matière d’IA et de gouvernance technologique, les pays européens et l’Inde prônent une "troisième voie" qui privilégie des approches centrées sur l’humain dans l’utilisation des nouvelles technologies génératives. Tel était le leitmotiv de l’Inde lors du sommet sur l’IA de 2026 organisé à Delhi. Là encore, les considérations domestiques relatives à la protection des consommateurs et à l’inclusion sociale l’emportent sur les considérations stratégiques visant à contrer des dominations hégémoniques. Selon Srivastava, les deux régions devraient viser à se démarquer des acteurs dominants américains et chinois en développant des applications spécifiques et ciblées.

En matière de gestion des relations avec le voisinage proche, les démocraties indiennes et européennes sont principalement motivées par la volonté de protéger leurs intérêts intérieurs. Pour l’UE, ce sont la guerre en Ukraine et l’instabilité au Moyen-Orient qui figurent parmi les principales préoccupations. Pour l’Inde, les relations tendues avec le Pakistan, le Bangladesh et la Chine (notamment en ce qui concerne les questions d’approvisionnement en eau) ainsi que le partenariat stratégique avec les pays du Conseil de coopération du Golfe sont essentiels. La politique du "voisinage d’abord" en cercles "concentriques" est la priorité absolue de l’administration Modi.

Faire face aux autocraties qui projettent leur puissance à l’étranger

Contrairement aux démocraties, les puissances mondiales qui présentent des traits autocratiques ou impérialistes fondent souvent leur légitimité sur la projection de leur puissance dans le reste du monde, présentée comme une nécessité absolue. La poursuite d’objectifs extérieurs sert souvent de justification à des choix nationaux difficiles - dynamique déjà observée par Raymond Aron dans sa conférence en 1939 intitulée États démocratiques et totalitaires. Selon Mackay, l’astuce des empires en quête de légitimation consiste "non pas à faire apparaître leur action comme normativement bonne, mais à faire en sorte que les alternatives semblent difficiles, voire impossibles à atteindre".

La Russie est l’exemple type de la primauté d’un agenda impérial extérieur sur les affaires intérieures. La guerre en Ukraine est ainsi présentée comme une entreprise civilisationnelle, à mener quel qu’en soit le coût humain ou économique. Bien que la Chine semble se soucier de l’amélioration des conditions socio-économiques de sa population, elle entend également jouer un rôle décisif à l’échelle mondiale. Sa pression actuelle sur les industries critiques, les matières premières et les flux financiers, ou ses stratégies de développement économique dans les régions des Routes de la Soie et en Afrique, traduisent la quête nostalgique d’une grande Chine.

Les États-Unis cèdent eux aussi de plus en plus à cette soif impériale d’aventures à l’étranger, au détriment des affaires intérieures. L’administration Trump II cherche à obtenir la reconnaissance extérieure de sa grandeur en faisant étalage de sa force brute : sur le plan économique par des politiques coercitives, sur le plan militaire par des expéditions imprudentes, et même sur le plan moral par une tentative - rien de moins qu’absurde - pour intimider le pape. La question reste de savoir si une approche du type "du pain et des jeux" - dans laquelle la population est traitée comme les sujets d’un empereur plutôt que comme les membres d’une communauté politique - trouve un écho auprès du peuple américain. Les prochaines élections de mi-mandat montreront si cette conception de la légitimité sur laquelle se fonde le leadership américain selon Trump,, est partagée par les citoyens américains.

Face à l’effondrement du libre-échange et à la fragilité de l’ordre international libéral, les gouvernements européens et indien sont tous deux confrontés à une résurgence des manœuvres géopolitiques impériales et doivent tous deux traiter avec des empires enclins à l’autocratie dont ils dépendent pour des ressources stratégiques

Face à l’effondrement du libre-échange et à la fragilité de l’ordre international libéral, les gouvernements européens et indien sont tous deux confrontés à une résurgence des manœuvres géopolitiques impériales et doivent tous deux traiter avec des empires enclins à l’autocratie dont ils dépendent pour des ressources stratégiques (par exemple, l’énergie et la défense). Gérer ces dépendances tout en restant fidèles à leurs propres valeurs s’avère un exercice d’équilibriste. S’attacher à améliorer les conditions de vie au niveau intérieur, ce qui constitue la principale préoccupation de leurs citoyens, tout en veillant à ce que les empires ne deviennent pas hostiles, exige à la fois une force de conviction et du pragmatisme. Il s’agit d’être fidèle à la poursuite des idéaux démocratiques tout en assurant la survie économique et sécuritaire.

Conditions d’un partenariat démocratique à l’ère des empires

L’Inde et l’Union européenne présentent des convergences dans leurs cultures institutionnelles et démocratiques. L’histoire de leur fondation présente de profonds parallèles : des projets de paix d’après-guerre, menés par des hommes politiques très engagés et visionnaires, rejetant l’impérialisme du passé et promouvant des valeurs universelles. Dès le départ, la tension centrale du progrès politique a été l’opposition entre tendances nationalistes et fédéralistes : pluralisme laïc contre nationalisme musulman et hindou en Inde, et souveraineté nationale contre intégration européenne sur le Vieux Continent. Dans ces deux blocs démocratiques, la dignité humaine et l’État de droit sont profondément ancrés dans la société, bien que selon des acceptions distinctes. Les deux continents souhaitent s’engager dans la diplomatie multilatérale, tout en requérant une approche pragmatique avec des puissances mondiales autocratiques imprévisibles.

Dès lors, "the mother of all deals", l’accord commercial signé le 27 janvier 2026, peut-elle porter des fruits, dans un contexte où les conflits armés et l’instrumentalisation des politiques économiques se généralisent ? Six conditions peuvent aider l’Union européenne et l’Inde à renforcer leurs liens et promouvoir la démocratie au-delà du simple commerce.

S'engager dans une coopération entre blocs plutôt que dans le bilatéralisme

Premièrement, les dirigeants européens et indiens doivent reconnaître que le niveau approprié de coopération entre eux est celui de fédération à fédération. Depuis trop longtemps, l’Inde a donné la priorité aux relations bilatérales avec les différents États membres de l’UE, peinant à considérer l’Europe à travers le prisme de l’UE et préférant traiter avec ses États membres ou des sous-régions spécifiqes, tandis que l’UE a eu du mal à présenter un front uni. Après des décennies de négociations, l’accord de libre-échange (ALE) de janvier semble marquer un tournant de ce point de vue.

Les dirigeants européens et indiens doivent reconnaître que le niveau approprié de coopération entre eux est celui de fédération à fédération. Depuis trop longtemps, l’Inde a donné la priorité aux relations bilatérales avec les différents États membres de l’UE, peinant à considérer l’Europe à travers le prisme de l’UE et préférant traiter avec ses États membres ou des sous-régions spécifiqes, tandis que l’UE a eu du mal à présenter un front uni.

Coopérer sur un pied d’égalité signifie également que les capitales nationales et les niveaux locaux de gouvernement en Europe auraient tout intérêt à dialoguer avec les administrations indiennes au niveau des États et au niveau local. De cette manière, elles pourraient développer des liens privilégiés et souples, susceptibles de contribuer à approfondir les relations intercontinentales sans nécessiter les longues discussions inévitables au plus haut niveau de ces fédérations. Reconnaître que l’envergure de l’Inde impose qu’un vis-à-vis de son rang se situe au niveau de l’Union témoignerait d’un respect de la part des Européens envers l’Inde, qui s’est longtemps méfiée de l’UE en raison du souvenir colonial (en témoigne par exemple la crainte de Nehru, en 1962, que la CEE ne constitue une nouvelle forme d'entreprise coloniale extractive). De même, pour les gouvernements nationaux européens, entretenir des relations avec les États indiens sur un pied d’égalité pourrait éclairer sur les réalités complexes de la gouvernance d’un pays en plein essor. Compte tenu du niveau généralement limité de connaissances et d’expertise des Européens sur l’Inde et vice versa, commencer par une compréhension régionale relève également du réalisme.

Tirer parti des atouts mutuels pour améliorer les conditions socio-économiques et environnementales

Deuxièmement, l’UE et l’Inde peuvent, ensemble, représenter un nombre d’habitants et une diversité de capacités industrielles, de ressources naturelles, de compétences et de connaissances intellectuelles et techniques inédits. Cette échelle et cette diversité doivent être mises à profit. Il convient de mettre en commun les compétences et de partager les méthodes afin de mener à bien les programmes domestiques d’amélioration des conditions socio-économiques et environnementales.

Pour l’UE, il est essentiel de favoriser la cohésion sociale et la soutenabilité de l’économie dans les prochaines décennies. Pour l’Inde, l’amélioration du niveau de vie pour sortir des millions de personnes de la pauvreté est un objectif prioritaire, et le pays est en ordre de marche. Pour y parvenir, l’accès à l’énergie, la productivité et l’éducation doivent être améliorés dans les deux blocs. Des facteurs essentiels sont l’attrait d’investissements et la maîtrise des technologies de rupture telles que l’IA.

Le défi de ce siècle consiste à mener à bien toutes ces actions tout en garantissant la viabilité environnementale. Les échanges mutuels sur des aspects technologiques, mais aussi organisationnels et comportementaux, doivent contribuer à atténuer les conditions climatiques extrêmes et instables et à s’y adapter.

Coordonner les rapport avec les États-Unis et la Chine

Troisièmement, l’Inde et l’UE devraient coordonner leur position vis-à-vis des États-Unis et de la Chine au plus haut niveau. Selon Sylvia Malinbaum, chercheuse à l’IFRI, la pérennité à long terme des liens entre l’UE et l’Inde dépendra en grande partie des relations futures entre l’Inde et la Russie d’une part, la Chine et les États-Unis d’autre part : tant pour l’Inde que pour l’UE, ce sont les relations avec les États-Unis et avec la Chine qui restent la priorité absolue. Pour veiller à cette coordination, la mise en œuvre d’un Conseil stratégique UE-Inde permanent, coprésidé par le président de la Commission européenne et le Premier ministre indien, serait souhaitable. Il superviserait tous les aspects du partenariat et coordonnerait en particulier les réponses à la coercition économique exercée par les États-Unis ou la Chine.

Même si, sur certaines questions, telles que les relations avec la Russie, il n’y aura peut-être pas d’accord entre les deux partenaires dans un avenir prévisible, l’UE et l’Inde peuvent parler d’une seule voix dans leurs relations avec la Chine et les États-Unis.

Même si, sur certaines questions, telles que les relations avec la Russie, il n’y aura peut-être pas d’accord entre les deux partenaires dans un avenir prévisible, l’UE et l’Inde peuvent parler d’une seule voix dans leurs relations avec la Chine et les États-Unis. La volonté de se prémunir ensemble contre les comportements imprévisibles de ces superpuissances a sans doute accéléré la finalisation l’accord de janvier, où certains voient même un modèle de coalitions des volontaires selon le modèle promu par le Premier ministre canadien Mark Carney, un modèle où "des puissances intermédiaires s’unissent, qu’il s’agisse de pays riches ou en développement, et trouvent le courage de faire des compromis sur des questions qui semblent difficiles."

Former une coalition en faveur de la réforme des institutions multilatérales

Quatrièmement, l’UE et l’Inde doivent, conjointement, ériger la réforme des institutions multilatérales mondiales en priorité stratégique immédiate, plutôt que de la considérer comme une aspiration lointaine. La chercheuse au Brussels Institute for Geopolitics (BIG) Valeria Santi note ainsi que, "bien que l’UE et l’Inde convergent formellement dans leur soutien au multilatéralisme et à un ordre international fondé sur des règles, leurs approches de la gouvernance mondiale diffèrent. L’UE a traditionnellement joué le rôle de champion normatif et institutionnel de la gouvernance multilatérale, tandis que l’Inde envisage le multilatéralisme de manière plus instrumentale, en mettant l’accent sur la souveraineté, l’autonomie stratégique et la réforme pour remédier à la sous-représentation des pays du Sud. Leur convergence réside dans leur intérêt commun à réformer plutôt qu’à démanteler les institutions multilatérales dans un contexte de rivalité croissante entre grandes puissances."

L’UE, qui soutient l’initiative "UN80" d’Antonio Guterres ainsi que le "Pacte pour l’Avenir" visant à moderniser la gouvernance mondiale, et l’Inde consacrent déjà une grande partie de leurs efforts diplomatiques à cette question, mais chacune séparément. Les deux plus grands blocs démocratiques devraient codiriger une coalition en faveur de réformes institutionnelles. L’une des priorités de cette coalition serait la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies, attendue depuis longtemps, afin d’accroître la représentation permanente de certains pays, principalement l’Inde. Une autre priorité serait de rassembler l’UE et les pays du Sud pour réviser les quotas et les droits de vote au FMI et à la Banque mondiale afin de mieux refléter la taille croissante de leurs économies et de leurs populations. De même, il faut poursuivre les efforts conjoints visant à réformer l’OMC et à rendre la gouvernance climatique plus efficace. La fracture au sein de ces instances ne se situe plus entre des groupes de niveaux de développement différents, mais entre les démocraties et les empires autocratiques.

Affirmer ouvertement la mission pacifique des démocraties

Cinquièmement, pour surmonter les tendances nationalistes tant au niveau national qu’international, les dirigeants européens et indiens doivent affirmer ouvertement leur engagement en faveur de la démocratie au nom de la paix. Étonnamment, rares sont les personnalités de premier plan qui indiquent ouvertement que l’intégration européenne et la création de la République de l’Inde visaient avant tout à instaurer la paix en respectant les valeurs universelles. L’opinion générale semble considérer la démocratie comme une simple procédure technique de prise de décision. Or, les principes démocratiques constituent avant tout une pratique permettant la coexistence pacifique des divers membres d’une communauté politique.

Alors que les figures du nationalisme (religieux) ont le vent en poupe en Europe et sont actuellement au pouvoir en Inde, les faiseurs d’opinion doivent défendre sans ambiguïté les valeurs universelles que sont la liberté, la dignité humaine, l’État de droit, la paix et la fraternité. Les discours déterministes qui prétendent que le retour de la politique de la force et de l’autocratie est une caractéristique inéluctable de notre époque, qu’il convient d’accepter avec réalisme, ne font qu’alimenter davantage les discours populistes. Les citoyens européens et indiens aspirent à des dirigeants capables de changer le cours des événements par leur courage.

Un plaidoyer courageux en faveur de la liberté, de la paix et de la fraternité doit inclure les citoyens étrangers. Si les démocraties européennes et indiennes veulent, à terme, faire plier les empires autocratiques à l’étranger et faire disparaître les tendances nationalistes en leur sein, ce sera avant tout en considérant tous les êtres humains, à l’intérieur et à l’extérieur de leurs frontières, comme possédant une dignité égale.

Les nationalistes promeuvent un programme politique pour leurs propres citoyens, quel qu’en soit l’impact sur les autres nations. Les impérialistes promeuvent un grandiose agenda pour eux-mêmes et pour les autres nations, que celles-ci le veuillent ou non.

Le risque politique d’un repli défensif vers l’intérieur est grand. Les nationalistes promeuvent un programme politique pour leurs propres citoyens, quel qu’en soit l’impact sur les autres nations. Les impérialistes promeuvent un grandiose agenda pour eux-mêmes et pour les autres nations, que celles-ci le veuillent ou non. Les démocrates doivent éviter ces pièges rhétoriques et promouvoir un programme politique au service de leurs propres citoyens, dans un dialogue ouvert avec les besoins des autres nations. Victor Hugo évoquait déjà en 1849, dans son discours d’ouverture au Congrès de la paix de Paris, "l’extinction de la misère à l’intérieur et l’extinction de la guerre à l’extérieur".

Cultiver les liens interpersonnels

Les liens les plus profonds et les plus durables entre les peuples ne se forgent pas par des traités, mais par la curiosité et l’amitié des individus. Pour réaliser pleinement le potentiel de leur partenariat démocratique, l’UE et l’Inde doivent investir dans des échanges culturels qui rapprochent leurs citoyens. C’est grâce à la mobilité des étudiants, aux visas de travail, aux amitiés et aux liens familiaux que naissent une convergence et une camaraderie durables.

L’éducation est un vecteur particulièrement puissant pour cet échange et les partenariats éducatifs sont essentiels pour instaurer une compréhension mutuelle. L’UE et l’Inde se sont déjà engagées à dialoguer sur ce sujet dans leur Agenda global commun pour 2030, signé parallèlement à l’ALE. Mais la mise en œuvre doit être rapide et surmonter deux obstacles principaux: les barrières linguistiques dans l’enseignement et la complexité des procédures de visa.

La collaboration culturelle pourrait ouvrir de nouvelles voies créatives. Comme l’a souligné Hervé Delphin, ambassadeur de l’UE en Inde, le cinéma et les arts peuvent rapprocher l’Inde et l’Europe d’une manière qui transcende les interactions entre gouvernements et entreprises, en jetant des ponts de compréhension et d’empathie. En matière de sport, pourquoi ne pas constituer une équipe européenne pour la prochaine Coupe du monde de cricket, en réunissant les meilleurs joueurs des 27 États membres, comme un geste symbolique tendu vers les Indiens passionnés de ce sport ? De telles initiatives témoigneraient d’une volonté d’instaurer le respect mutuel et la fraternité.

Jean Monnet a dit un jour à propos de l’Europe : "Nous ne formons pas une coalition d’États, mais nous unissons des peuples". Au lendemain de la signature de l’accord de libre échange, l’UE et l’Inde ont désormais l’occasion de construire un partenariat humain, ancré dans la curiosité et l’amitié de leurs peuples.

Copyright image : Sajjad HUSSAIN / AFP
Narendra Modi aux côtés du président du Conseil européen, Antonio Costa, et de la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à Hyderabad House, à New Delhi, le 27 janvier 2026. 

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