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03/04/2023

Trump, acte III

Auteur
Conseiller spécial ​- Géopolitique

La police de New York est sur “le pied de guerre” dit la presse locale. La menace potentielle pour la ville-monde, douloureusement frappée le 11 septembre 2001, ne vient pas cette fois des fondamentalistes islamiques, ni même d’une quelconque reprise de la guerre des gangs au temps de la prohibition. Non, l’ennemi potentiel, ce sont les plus chauds partisans de Donald Trump. Vont-ils, en descendant en masse dans les rues, mus par l’indignation, rendre impossible le bon fonctionnement d’une justice qui entend prouver que personne n’est au-dessus des lois, pas même un ancien président des États-Unis ?

Nous assistons depuis l’inculpation de Donald Trump à ce que l’on pourrait décrire comme l’acte III d’une tragédie américaine. Le premier acte a eu lieu en Novembre 2016 avec l’élection à la Présidence des États-Unis de l’homme le moins à même d’exercer cette fonction de toute l’histoire américaine. Le deuxième acte, plus spectaculaire encore, connaît son point culminant avec la tentative de coup d'État du 6 janvier 2021, et la marche sur le Capitole des partisans fanatisés d’un président vaincu qui refuse d’admettre sa défaite. Le troisième acte se déroule sous nos yeux avec pour la première fois dans l’histoire des États-Unis l’inculpation au pénal d’un ancien président.

Sera-t-il arrêté et menotté comme le fût, il y a plus de dix ans, le Président en exercice du Fonds Monétaire International (FMI) Dominique Strauss-Kahn ? Les avocats de Donald Trump excluent ce scénario particulièrement humiliant. Mais quoi qu’il arrive, la polarisation de la société américaine ne va que s’amplifier et risque de “cannibaliser” aux yeux des citoyens américains le reste de l’actualité. Au diable l’Ukraine, Poutine, Xi Jinping, le réchauffement climatique et ses conséquences immédiates, les tornades qui s’abattent sur les États-Unis avec une fréquence et une violence exceptionnelle :  telle la série “Dallas” hier, la série “Trump” aujourd’hui risque de monopoliser l’attention d’une Amérique comme fascinée par la profondeur, sinon la violence de ses fractures internes.

Cette polarisation de la société risque de “cannibaliser” aux yeux des citoyens américains le reste de l’actualité.

La justice doit bien sûr poursuivre son cours, librement et sans considération d’opportunité politique. Mais on peut penser qu’en inculpant l’ancien président Trump, le juge fait un cadeau indirect aux adversaires de l’Amérique. Se pourrait-il qu’il fasse également un cadeau, tout d’abord à Donald Trump lui-même, puis à Joe Biden ensuite ?

Donald Trump se complaît dans le rôle de la victime persécutée, sinon dans celui du martyr, même si sa priorité est sans doute d’échapper à la justice, tout comme il avait échappé à la conscription lors de la guerre du Vietnam. Il sait que dans son déni de la réalité et sa réécriture permanente et systématique de l’histoire, il peut compter sur le soutien sans faille de ses partisans, toujours majoritaires au sein du parti républicain.

Ne disait-il pas, au lendemain de son élection en 2017, qu’il pourrait tirer avec un fusil mitrailleur sur les passants qui arpentaient la Cinquième Avenue à New York et serait quand même réélu ! Il sait que plus ses partisans seront indignés par le traitement que la justice lui réserve, plus il sera soutenu par eux. “Je suis votre guerrier, je suis votre justice” disait-il à ses partisans réunis sur le tarmac de l’aéroport de Waco au Texas, il y a seulement quelques jours.

L’ironie de la situation tient au fait que Donald Trump est inculpé pour la plus vénielle de ses fautes, celle d’avoir tenté d’acheter le silence d’une star de la pornographie, avec qui il niait bien sûr avoir eu toute relation. Et plus sérieusement encore d’avoir fait passer le montant de la somme versée dans ses dépenses de campagne. De nombreux commentateurs américains établissent la comparaison avec Al Capone. Le maître de la mafia de Chicago n’est-il pas tombé pour cause de fraude fiscale ? Trump pourrait-il trébucher sur un mélange de sexe et de mensonge ? Il est intéressant de noter que parmi les plus chauds partisans de Donald Trump, on peut probablement retrouver ces parents d’élèves d’une école du Texas qui ont contraint à la démission une enseignante d’histoire de l’art qui avait commis le péché autrement plus grave de montrer dans sa classe une reproduction du David de Michel Ange. La pornographie oui, la beauté classique non.

Le fait est que Donald Trump peut, dans un premier temps, lors des primaires du parti républicain, sortir plus fort de ses “aventures avec la justice”. Ses rivaux au sein du parti, tout particulièrement Ron De Santis et Nicky Halley, ne peuvent que se rallier à sa cause, et serrer les rangs derrière le martyr outragé. Mais avec le temps, pour les élections de novembre 2024, Donald Trump peut, à l’inverse, être durablement et fatalement affaibli par cette indignité, et ce même s’il était acquitté. C’est en ce sens que l’inculpation de Donald Trump peut constituer une bonne nouvelle pour Joe Biden.

Donald Trump peut, dans un premier temps, lors des primaires du parti républicain, sortir plus fort de ses “aventures avec la justice”.

Pour l’actuel président des États-Unis, pour peu que son état de santé lui permette de se représenter à l’âge de 82 ans, Donald Trump est le meilleur opposant républicain possible. Ils ont presque le même âge, (même si Trump paraît en meilleure forme physique), et surtout l’ancien président des États-Unis possède un talent exceptionnel pour mobiliser contre lui, tous ceux qu’il a offensés, insultés sans interruption au fil du temps. Ron De Santis, à l’inverse, a près de la moitié de l’âge de Joe Biden. Et même s’il est idéologiquement plus extrême que Donald Trump – ce qui n’est pas difficile, Trump ne croit en rien, sinon en lui-même – le gouverneur de Floride risque de moins mobiliser contre lui que le champion toute catégorie du bluff, du mensonge et de la provocation.   

Ils auront la honte d’abord, la guerre ensuite”, disait Winston Churchill pour dénoncer le comportement de ces Britanniques en quête d’un compromis avec l’Allemagne Nazie. Ne pourrait-on appliquer cette formule au parti républicain, qui en soutenant Trump comme il continue de le faire, passera du déshonneur à la défaite ?

Le procès à venir peut-il redonner de la fibre morale à l’Amérique ? Ou bien la polarisation exacerbée du pays risque-t-elle de l’affaiblir dans sa compétition avec les autoritarismes ?

 

Avec l'aimable contribution des Échos, publié le 02/04/2023

 

Copyright Image : SUZANNE CORDEIRO / AFP

L'ancien président américain Donald Trump prend la parole lors d'un meeting de la campagne électorale de 2024 à Waco, au Texas, le 25 mars 2023.

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