AccueilExpressions par Montaigne[Sécurité nationale : à l'épreuve du réel] - La clef de voûte des politiques publiquesLa plateforme de débats et d’actualités de l’Institut Montaigne qui donne aussi la parole à des contributeurs externes. Sécurité et défense29/05/2026ImprimerPARTAGER[Sécurité nationale : à l'épreuve du réel] - La clef de voûte des politiques publiquesAuteur André Leblanc Expert Résident - Défense et Sécurité nationale "L’ensemble des politiques publiques concourt à la sécurité nationale" dit le Code de la Défense. Comment définir cette notion complexe et comment est-elle abordée par nos partenaires ? Qu’est-ce qui distingue la sécurité nationale, les affaires étrangères ou la défense ? Pourquoi ce sujet doit-il monter en priorité ? Dans cet épisode introductif d’une série consacrée à la sécurité nationale, clef de voûte des politiques publiques, André Leblanc répond à nos questions.Qu'est-ce que la sécurité nationale ? Qu’est-ce qui la distingue de la défense nationale, de la diplomatie ou de la sécurité intérieure ?La sécurité nationale a trait à ce qui relève des intérêts fondamentaux de la nation : son intégrité, son indépendance, sa libre capacité d’action, sa prospérité… Plus particulièrement, la sécurité nationale désigne la fonction étatique qui vise à garantir, préserver et produire ces intérêts fondamentaux.Prenons quelques exemples : entre 2022 et 2023, la France expulse une cinquantaine d’agents russes repérés par le contre-espionnage français et opérant sur notre territoire. En 2021, la DG Trésor bloque le rachat de la PME française Photonis [leader mondial dans le domaine de la vision nocturne et des composants optoélectroniques] par le groupe américain Teledyne Technologies. Entre 2022 et 2025, les armées françaises cèdent 42 canons CAESAR, plus d’une centaine de missiles SCALP, et forment des militaires ukrainiens sur notre sol, pour contrer une menace russe pesant sur notre souveraineté et celle de nos alliés. En 2024, les services de renseignement déjouent 9 tentatives d’attentats sur le territoire français.Dans toutes ces actions, l’État, à travers un certain nombre d’acteurs spécialisés, intervient pour préserver les intérêts fondamentaux de la nation. C’est cela la sécurité nationale.L'État, à travers un certain nombre d’acteurs spécialisés, intervient pour préserver les intérêts fondamentaux de la nation. C’est cela la sécurité nationale.L’action de sécurité nationale est complexe. Pour être efficace, elle doit non seulement combiner des moyens (par exemple : moyens civils et militaires, moyens de différents ministères, de différentes natures) mais aussi agir dans le temps, et particulièrement en amont des menaces (de même que les militaires parlent de manœuvre sur les arrières, on peut parler ici de "manœuvre sur les amonts" des menaces et des forces hostiles), en privilégiant la prévention de la menace. On voit également que la sécurité nationale est une fonction permanente, qui s’exerce continuellement et pour laquelle se mobilisent sur le territoire national (y compris dans nos outre-mer) ou à l’étranger, des acteurs étatiques qui travaillent en permanence pour maintenir notre sécurité. En ce sens, il n’y a pas de "temps de paix" dans le domaine de la sécurité nationale, mais une confrontation permanente contre des compétiteurs stratégiques, étatiques ou non étatiques, qui mobilisent également une diversité de moyens combinés et menacent nos intérêts : c’est ce qu’on pourrait appeler une "conflictualité de temps de paix" (une conflictualité qui peut prendre des formes diverses et graduées).On voit enfin ce qui distingue la sécurité nationale des différents moyens qu’elle mobilise et met en œuvre : moyens militaires (défense), moyens diplomatiques (affaires étrangères), moyens policiers (sécurité intérieure), service de l'information stratégique et de la sécurité économiques-SISSE (sécurité économique), etc. La sécurité nationale intègre ces différentes dimensions de l’action étatique et les oriente selon sa finalité propre. C’est en ce sens que l’on peut dire que "l’ensemble des politiques publiques concourt à la sécurité nationale" (article 1111-1 du code de la défense), et que la sécurité nationale est la clef de voûte des politiques publiques.Pourquoi parler de sécurité nationale aujourd’hui ? Pourquoi cet enjeu doit-il gagner en importance dans le débat public et les priorités politiques ?Paradoxalement, alors que la sécurité nationale est en quelque sorte le point d’aboutissement de nos politiques publiques, elle est relativement absente du débat public et des réflexions stratégiques. Elle ne revient au premier plan que lors d’événements dramatiques ou de revers majeurs (les attentats de 2015, un bouleversement dans notre système d’alliances, comme le coup d’État au Mali en 2020), et n’est souvent abordée qu’indirectement, par la question des moyens particuliers (par exemple les budgets militaires, ou celui des forces de sécurité intérieures). Or par définition la sécurité nationale engage l’ensemble de la nation, les acteurs étatiques, les acteurs économiques, les citoyens, et au niveau des intérêts les plus fondamentaux. Tout ce qui peut augmenter l’appropriation et la compréhension des enjeux de notre sécurité nationale est donc bénéfique pour les citoyens et pour l’efficacité de l’action de l’État.Comment la Sécurité nationale est-elle abordée dans d’autres pays ?Chaque modèle de sécurité nationale reflète les valeurs et l’histoire de son pays, dont il est une création. Si l’on examine les différentes structurations de la sécurité nationale, on observe toutefois deux constantes : l’ancrage des systèmes de sécurité nationale au plus haut niveau de décision, et le besoin d’adopter une organisation permettant une approche intégrée. Ce qui fait la différence, c’est de pouvoir concevoir d’emblée une action manœuvrant l’ensemble des moyens, et pas seulement une coordination de l’existant.Ce qui fait la différence, c’est de pouvoir concevoir d’emblée une action manœuvrant l’ensemble des moyens, et pas seulement une coordination de l’existant.Le modèle américain, par exemple, est particulièrement chevronné : il est issu pour l’essentiel du National Security Act de 1947, s’appuie sur l’expérience accumulée dans la conduite de la Deuxième Guerre mondiale, et s’aguerrit tout au long de la Guerre froide. L’accent est porté sur la conciliation entre les exigences démocratiques, la capacité de planification et le besoin de protection du secret. Le modèle britannique, profondément remanié en 2010 dans le sens d’une meilleure intégration, est assez similaire.Il est intéressant de noter une tendance à la consolidation des systèmes de sécurité nationale dans plusieurs pays. L’Allemagne s’est dotée pour la première fois d’une stratégie de sécurité nationale (2023), et surtout d’un conseil de sécurité nationale (effectif au 1er janvier 2026). Le Japon, qui a créé son National Security Council en 2013, et formulé sa première Stratégie de Sécurité Nationale la même année, est en train de réviser profondément son système de sécurité nationale. Dès sa prise de fonction, le Premier ministre Sanae Takaichi (désignée en octobre 2025) a initié les travaux d’élaboration d’une nouvelle stratégie de sécurité nationale (la dernière date de 2022), avec ses déclinaisons militaires et capacitaires (National Defense Strategy, Defence Buildup Program). Les capacités de renseignement doivent également être renforcées (dans un premier temps par la création d’un National Intelligence Bureau, structure de pilotage centralisé au niveau du Premier ministre. La création d’un service de renseignement extérieur sur le modèle de la CIA est également prévue). On peut voir dans ces différents renforcements nationaux l’indice que la conflictualité en cours par moyens non militaires a été identifiée comme une menace immédiate.Copyright Fred TANNEAU / AFPUne carte du Détroit d'Ormuz, dans le MICA (Maritime Information and Cooperation and Awareness) center de Brest. ImprimerPARTAGERcontenus associés à la uneMars 2025Esprit de défense : l’affaire de tousLa résurgence d'un conflit majeur en Europe interroge la résilience des sociétés, mettant en lumière l’importance de l’esprit de défense. Ce dernier repose sur l’unité des citoyens et des institutions face à la menace, mais en France, il est fragilisé par des divisions internes. L’histoire montre que la cohésion sociale et un socle culturel partagé sont essentiels pour assurer la défense nationale. Aujourd’hui, la défense ne se limite plus au militaire, elle nécessite une mobilisation collective pour renforcer la résilience face aux menaces diverses comme les cyberattaques et la désinformation.Consultez la Note d'enjeux 26/02/2026 Are you MAD [Mutually Assured Destruction] ? - Le partage nucléaire, enjeu... André Leblanc 16/07/2025 Revue Nationale Stratégique 2025 : progrès, limites André Leblanc 19/11/2025 À l'épreuve du réel : la RNS 2025, le scénario et les moyens André Leblanc