AccueilExpressions par MontaigneRencontre Trump-Xi à Pékin : une fragile "stabilité stratégique"La plateforme de débats et d’actualités de l’Institut Montaigne qui donne aussi la parole à des contributeurs externes. Asie21/05/2026ImprimerPARTAGERRencontre Trump-Xi à Pékin : une fragile "stabilité stratégique"Auteur François Godement Expert Résident, Conseiller spécial - Asie et États-Unis La visite de Donald Trump à Xi Jinping les 14 et 15 mai a donné lieu à l’annonce de contrats commerciaux ou à des supputations un peu trop rapides sur les concessions auxquelles les États-Unis auraient consenti à propos de Taiwan. Mais si le président américain répugne au conflit frontal, il ne cède pas pour autant du terrain face à une Chine affaiblie par le ralentissement de son économie et des dissensions au sommet de l'État. Le concept de "stabilité stratégique constructive" mis en avant par Xi pourrait être plus fragile que prévu.Notre interprétation des faits dépend souvent de la communication médiatique : la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping, les 14 et 15 mai, en constitue l’illustration parfaite et montre comment certains événements trop simplifiés peuvent être mal compris. Or, les principaux intéressés, quant à eux, ont communiqué avec parcimonie. C’est surtout vrai de la Chine (rien d’inhabituel à cela) mais aussi de Donald Trump, qui s’est montré plus réservé qu’à l’ordinaire, y compris lors d’un entretien avec Fox News et dans les quelques propos tenus à des journalistes à bord d’Air Force One lors du vol de retour vers Washington.Cette visite officielle nous aura surtout surpris par son absence de surprises. Xi a accueilli le président américain en grandes pompes, lui faisant même les honneurs d’une visite de sa résidence personnelle à Zhongnanhai. Donald Trump, pour sa part, ne s’est pas écarté de son discours officiel lors du banquet d’État et a prodigué des éloges dithyrambiques à Xi, sans s’adresser au public chinois ni s’offrir le moindre bain de foule. À peine rapporte-t-on l’incident mineur d’une altercation isolée. Les droits de l’homme ne figuraient pas à l’ordre du jour, si l’on excepte une mention à Jimmy Lai [ex-magnat hongkongais et figure pro-démocratie condamnée à vingt ans de prison] - "un dossier difficile" pour Xi, a ajouté Trump - et à la libération d’un pasteur chinois chrétien.La presse occidentale a mentionné des concessions de Trump, mais c’est plutôt l’inquiétude des principaux partenaires stratégiques de la Chine qu’il faut souligner.Certes, certains chefs d’État et de gouvernement, en particulier de pays alliés et de partenaires proches, peuvent avoir le sentiment d’être traités bien plus durement par le président américain que ne le sont les dirigeants autocratiques. Pourtant, les quasi-alliés de la Chine, de la Russie à l’Iran en passant par la Corée du Nord, sont aux aguets pour déceler les signes d’un éventuel lâchage par la Chine, leur principal houtai (后台 ou soutien en coulisses, selon l’expression chinoise consacrée). La presse occidentale a mentionné des concessions de Trump, mais c’est plutôt l’inquiétude des principaux partenaires stratégiques de la Chine qu’il faut souligner.Certains d’entre eux ont envoyé des avertissements préventifs. L’Iran a saisi un pétrolier chinois dans le détroit d’Ormuz le 8 mai et a attaqué un navire chinois de ravitaillement en armements le premier jour de la visite de Trump, le 14 mai. Le 15 mai - quelques heures seulement après que Trump a déclaré que Xi avait promis de ne pas fournir d’armes à l’Iran - un porte-parole iranien a cité un proverbe arabe : "Celui qui trahit en secret sera exposé en public". Un drone Shahed fourni par l’Iran aurait été utilisé le 18 mai dans une attaque contre un navire chinois à destination de l’Ukraine en mer Noire. Le mécontentement iranien pourrait tenir autant à l’augmentation des ventes d’armes chinoises à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis qu’à la rencontre de Xi avec Donald Trump et il se traduit par la mise en œuvre d’une stratégie systématique et qui dépasse les seules relations avec Pékin. L’Iran a ainsi ciblé des navires français et indiens immédiatement après la première réunion à Paris, le 17 avril, d’un groupe de pays - dont, notamment, l’Inde - désireux d’établir une solution négociée et défensive pour rouvrir le détroit d’Ormuz. L’Iran - ou les Gardiens de la Révolution - signalent ainsi qu’ils refusent toute pression émanant de tierces parties.La Russie, dont le dirigeant s’est rendu à Pékin les 19 et 20 mai en quête de réassurance, a laissé transparaître publiquement une certaine inquiétude face au comportement chinois. Le 16 mai, RT, le réseau et média officiel russe, publiaient ainsi que "La Chine se comporte encore souvent comme si elle pouvait profiter des bénéfices d’un partenariat stratégique sans supporter pleinement les charges qui vont avec". Il est pourtant rarissime que la Russie exprime publiquement de telles réserves, qui s’appliquent également aux partenaires de moindre importance de la Chine, tels que le Venezuela, Cuba ou l’Iran. Ces indices devraient nous inciter à la prudence en dépit de la vague de commentaires selon lesquels les États-Unis auraient tout cédé, sans obtenir de concessions de la Chine. La Chine fait ses propres calculs, et son style de négociation est très éloigné de celui du président américain : elle soupèse attentivement les arbitrages et évalue le poids exact et la capacité de nuisance de chaque partenaire, avec de meilleurs résultats quand il s’agit de jauger les autres régimes autoritaires que de deviner les réactions des démocraties, si inconstantes et imprévisibles par nature - les États-Unis se rangent dans cette dernière catégorie. L’Iran et la Russie ont aussi leurs doutes. Une fuite dans la presse américaine, à la veille du déplacement de Poutine en Chine, n’a rien fait pour les apaiser : Xi Jinping aurait dit à Donald Trump que la Russie pourrait finir par regretter d’avoir lancé sa guerre contre l’Ukraine… Et en introduction à ses entretiens avec Poutine, Xi a bien déclaré qu’il fallait que tous les protagonistes cessent au plus vite leurs hostilités dans le Golfe.Des récits ni convergents ni contradictoires, mais complémentairesLes alliés des États-Unis ne sont pas en reste en matière de doutes… Les États-Unis, peut-être plus que la Chine, accordent de la valeur aux accords davantage qu’aux alliances - ou aux "partenariats stratégiques", comme Pékin préfère les appeler. L’actuelle administration semble parfois plus encline à faire face à des adversaires solides qu’à des démocraties libérales qu’elle assimile volontiers à sa propre opposition intérieure. Plusieurs anciens conseillers de haut niveau en matière de sécurité, républicains comme démocrates, soulignent que Washington, après avoir formulé d’énormes exigences initiales, concède désormais trop et trop vite à Pékin. Voilà le décor de la rencontre entre Trump-Xi à Pékin planté : il reste à essayer d’en comprendre les retombées potentielles. De part et d’autre, les récits officiels de cette visite d’État ont été complémentaires, à défaut d’être convergents. Le mot "confiance" a disparu du vocabulaire chinois au profit de l’évocation d’un accord sur la "stabilité stratégique". Les deux parties ont mis l’accent sur des dimensions différentes : "équité et réciprocité" pour les États-Unis, quand la Chine a loué une "relation constructive (…) une stabilité fructueuse qui place la coopération en son cœur (…) dans les trois prochaines années et au-delà". Chaque partie affirme que l’autre approuve sa formulation.Ces écarts sont exemplaires de l’ensemble de la visite de Trump, avec des comptes rendus officiels qui diffèrent très fortement entre sources chinoises et américaines. Donald Trump a affirmé de manière exagérée que la Chine avait consenti à des concessions. Les déclarations officielles chinoises, depuis Xi jusqu’aux autres responsables ou porte-paroles, ont été beaucoup plus réservées. Sur certains points, la Chine s’est montrée plus volontiers loquace : "enregistrement des fermes de production de viande de bœuf", importation de "viande de volaille en provenance de certains États américains", reconnaissance du Shandong comme zone indemne de grippe aviaire, fin de la "détention automatique des produits laitiers et aquatiques" par les douanes américaines, et même acceptation des Penjing chinois ["paysage en pot", art chinois de la recréation d’un paysage avec un arbre dans un pot, qui a donné le bonzai japonais] ! Mais ceci mis à part, et à l’exception d’un accord commercial sur la vente de Boeings dont nous parlerons plus bas, les géants américains de la Tech qui étaient du voyage devront se contenter des bonnes paroles du Premier ministre Li Qiang.La leçon de ces mises en scène, c’est que, pour la Chine, un accord n’est pris au sérieux qu’une fois signé et scellé - et ce n’est qu’alors qu’on peut parler de résultats commerciaux concrets. Pour l’administration américaine actuelle et pour le président, un accord peut être claironné bien avant d’être entériné et s'apparente parfois davantage à une liste de vœux pieux qu’à un accord contraignant. Si certains partenaires - l’UE, le Japon, la Corée du Sud, entre autres - ne démentent pas les chiffres d’investissements énormes avancés par Trump, espérant ainsi éviter tout rétropédalage, ce n’est pas le cas de la Chine. N’en demeure pas moins que Donald Trump a clairement ouvert la voie à d’importants investissements, notamment pour l’automobile.Le résultat le plus notable sur le plan commercial a été la signature par Pékin d’un contrat visant à l’achat d’avions et de moteurs américain - alors que la Chine avait cessé ces achats depuis une décennie. Les deux parties se sont accordées sur cette annonce mais là où Donald Trump avance des chiffres précis - "200 gros avions", des gros-porteurs 777 et 737, ainsi que des moteurs General Electric, avec des commandes supplémentaires à suivre, la Chine n’en donne aucun et traite la question des moteurs comme une concession américaine : une "garantie américaine de fourniture d’avions et de pièces d’avion à la Chine", signifiant vraisemblablement par là que les États-Unis n’imposeront pas à la Chine des refus d’exportation comme ils l’ont fait avec la Russie. De nombreux observateurs ont noté que le chiffre cité par le président était inférieur aux attentes. De plus, des commandes de la Pékin auprès d’Airbus (jusqu’à 500 avions), prêtes à être signées depuis le voyage d’Emmanuel Macron en Chine en novembre 2025 - sont en suspens, et les "moteurs General Electric" mentionnés par Trump pour les 777 et 737 sont en fait coproduits ou codéveloppés avec Safran, l’entreprise aérospatiale française. Une des raisons avancées pour le report de la confirmation finale du contrat avec la France était la volonté chinoise d’accorder la préséance à la visite d’État prévue de Donald Trump. Aujourd’hui, la concrétisation de ces contrats, au-delà des tactiques diplomatiques, dépendra surtout des contraintes bien réelles qui s’imposent à deux constructeurs en surcharge de commandes.D’autres sujets n’ont pas été évoqués : aucune allusion publique à l’IA ou aux questions numériques, ni même à la cybersécurité - si l’on tient pour négligeable une vantardise de Trump au sujet des capacités cyber-offensives des États-Unis et sa reconnaissance assumée du fait que les deux parties s’espionnaient mutuellement. Côté chinois, on a gardé le silence sur les terres rares ou sur les matériaux critiques, malgré le levier considérable que ces ressources ont représenté pour Pékin l’année dernière. Les responsables chinois n’ont pas non plus parlé publiquement des contrôles à l’exportation, si ce n’est pour mentionner la "garantie" qu’ils affirment avoir obtenue sur les moteurs à réaction et les pièces détachées. En revanche, la Maison Blanche indique toujours que "la Chine répondra aux préoccupations américaines concernant les pénuries dans les chaînes d’approvisionnement liées aux terres rares et à d’autres minerais critiques, notamment l’yttrium, le scandium, le néodyme et l’indium. La Chine répondra également aux préoccupations américaines concernant les interdictions ou restrictions à la vente d’équipements et de technologies de production et de traitement des terres rares".Pendant ce temps, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi rappelle que la Chine a "droit au développement", et que ce droit est considéré comme un "intérêt vital".Pendant ce temps, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi rappelle que la Chine a "droit au développement", et que ce droit est considéré comme un "intérêt vital". Ce "droit" a été formulé pour la première fois au plus haut niveau par Xi à Biden en 2022 et s’applique aux restrictions à l’importation ou à l’investissement imposées par n’importe lequel des partenaires de la Chine - et donc aussi à l’UE. La classification de ce "droit au développement" comme intérêt vital - aux côtés d’autres "intérêts vitaux" que sont Taïwan, le système de gouvernement, la démocratie et les droits humains, constitue les "quatre lignes rouges" qui autorisent à peu près toute forme de représailles. Le ministère du Commerce chinois parle de réductions des droits de douane réciproques, ce qu’aucun compte rendu américain n’a mentionné et on avance parfois que la valeur des marchandises concernées (surtout dans l’agriculture) s’élèverait à environ 30 milliards de dollars, mais ce chiffre provient uniquement de source chinoise. Ces enjeux pourraient être traités dans les conseils bilatéraux du commerce et de l'investissement, dont la création a été annoncée au cours de la visite de Trump (conseils qui s’apparentent à des chambres de commerce administrées secteur par secteur, alors que les échanges de biens avec la Chine se sont élevés à plus de 400 milliards de dollars en 2025.)Trump évite le conflit stratégique frontal, mais ne cède pas de terrainLe commerce est évidemment une préoccupation importante tant pour Trump que pour Xi. Mais les questions stratégiques ont également eu leur place lors de la rencontre, même si la Chine et les États-Unis leur ont apporté des réponses très différentes.On avance souvent, de façon erronée, que le président américain aurait concédé d’importants changements dans sa politique à l’égard de Taïwan. Rien ne l’atteste. L’avertissement formulé par Xi Jinping, selon lequel "la question de Taïwan était la plus importante pour les relations sino-américaines" et pouvait faire risquer un conflit, était moins inédit et menaçant qu’on ne le dit parfois ; Xi avait même été plus direct avec Joe Biden, lui intimant de ne pas "jouer avec le feu" en juillet 2022 (au moment où Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants de l’époque, envisageait une visite à Taiwan) ou en novembre 2023, lors d’une rencontre à Filoli Estate, à San Francisco, l’avertissant de cesser d’armer Taiwan et de ne pas nuire à la réunification pacifique de l’île. La déclaration de Xi à Trump était en en fait générale, adressée à tout président américain - la "relation constructive de stabilité stratégique" est d’ailleurs censée courir "pour trois ans et au-delà" (c’est-à-dire même après le mandat de Trump). Le président, le secrétaire d’État Marco Rubio et l’ambassadeur des États-Unis en Chine, David Perdue, ont d’ailleurs nié tout changement de politique à l’égard de Taïwan. Certaines déclarations de Donald Trump, plus ambiguës, resteront sans conséquence tant qu’elles ne se traduisent pas par des actes : le président a ainsi qualifié Taïwan de "très petit pays" qui "nous a volé nos puces", tandis que la Chine était décrite comme un "pays très, très puissant, un grand pays" ; il a aussi accusé Taiwan de se prévaloir de la protection des États-Unis pour faire la guerre en revendiquant l’indépendance.Quand il était candidat, en juillet 2024, Trump avait déjà rappelé à l'agence Bloomberg la cruelle réalité de la géographie, mentionnant que "Taïwan se trouvait à 9 500 miles [de Washington, soit environ 15 000 km] mais juste à 68 miles [environ 100 km] de la Chine".La vraie ambiguïté sur Taiwan, lors de la visite de Trump, est plutôt à chercher dans le long entretien de Trump avec Fox News à Pékin, qui ne figure pas dans la transcription la plus souvent citée (y compris par les démocrates du Sénat) : à la quatrième minute de la vidéo, Trump dit clairement à propos de Taiwan : "soit dit en passant, nous avons passé la majeure partie de la nuit à parler de cette question". Peut-être était-ce exagéré, mais la spontanéité de la réponse ne témoigne pas moins de la centralité de la question taïwanaise dans les discussions, à propos de laquelle le président avait été dûment briefé. On peut dès lors douter que les ventes d’armes américaines à Taipei n’aient pas été évoquées.Le président américain dit ménager toutes les options sur ce point, y compris celle de se servir des ventes d’armes à Taiwan comme d’une "monnaie d’échange" dans les négociations avec la Chine, en dépit de la doctrine, constante depuis Reagan et le troisième communiqué sino-américain [Communiqué du 17 août 1982 sur les ventes d’armes à Taïwan, toujours en ligne sur le site du département d’État américain] de ne pas prendre d’engagement avec la Chine sur ce sujet et d’ajuster les ventes d’armes en fonction des tensions perçues dans le détroit de Taïwan. Jusqu’à présent, rien de tout cela n’a pas été infirmé et c’est plutôt à Taiwan que la question des ventes d’armes fait le plus débat, le parti d’opposition taïwanais Kuomintang refusant les augmentations du budget de la défense.L’auteur de ces lignes se permet un commentaire : là où Joe Biden avait infléchi l’ambiguïté stratégique en laissant entendre, à plusieurs reprises, qu’il entrerait en guerre en cas d’usage de la force par la Chine, Trump inverse la tendance et met Taïwan en garde sur son indépendance en intimant le calme aux deux parties : est-ce que cela ne revient pas, dans l’idiolecte du président actuel, à réaffirmer l’exigence d’une "résolution pacifique", c’est-à-dire à revenir à la traditionnelle ambiguïté stratégique ? De façon significative, Trump a évoqué les droits de douane sur les produits en provenance de Taïwan [à 15 % depuis un accord signé en février 2026] - qui présente un excédent du ratio entre balance courante et PIB le plus élevé au monde. Et les responsables américains ont critiqué à plusieurs reprises l’insuffisance des engagements budgétaires et humains de Taïwan concernant sa propre défense. Évidemment, les États-Unis ont tout à gagner à ce qu’un gouvernement taïwanais parvienne par lui-même à un accord satisfaisant avec Pékin, et s’épargneraient ainsi le fardeau potentiel d’une guerre. Donald Trump a évoqué la possibilité d’un conflit armé après son mandat. Ce n’est ni pro-Taïwan, ni pro-RPC : en évoquant cette possibilité comme une chose terrible, il rappelle aux électeurs américains qu’il n’est pas interventionniste - rappel utile en pleine guerre avec l’Iran.Là où Joe Biden avait infléchi l’ambiguïté stratégique en laissant entendre, à plusieurs reprises, qu’il entrerait en guerre en cas d’usage de la force par la Chine, Trump inverse la tendance et met Taïwan en garde sur son indépendance en intimant le calme aux deux parties.L’Iran faisait partie des urgences à mentionner avec la Chine, qui a son rôle à jouer. Le secrétaire à la Défense Peter Hegseth avait déclaré le 12 mai qu’en fin de compte, la Chine disposait d’un important levier sur l’Iran, en raison de ses achats de pétrole. Trump, à qui on demandait s’il avait sollicité l’aide de la Chine sur l’Iran, a répondu qu’il n’était pas dans ses habitudes de demander des faveurs à quiconque, et que le faire revenait à encourir le risque de se voir demander des faveurs en retour. Il revendique en revanche un accord pour que la Chine achète davantage de pétrole aux États-Unis, pour compenser la perte de pétrole du Golfe - l’autre possibilité pour Pékin consistant à s’approvisionner davantage en gaz russe (ce dont il pourrait bien être question après la visite de Poutine à Pékin). Donald Trump n’a ni confirmé ni démenti les ventes d’armes chinoises à l’Iran, et il a laissé ouverte la question d’imposer des sanctions à la Chine pour ses achats de pétrole iranien. Il s’est montré relativement optimiste sur les positions chinoises relativement à Téhéran : la Chine n’a pas envoyé d’escortes pour ses navires civils, elle est opposée à la nucléarisation de l’Iran, elle ne compterait pas aider l’Iran militairement. Certes, ce sont bien les positions formelles de la Chine, mais elles n’ont pas nécessairement de conséquence pratique.Une "stabilité stratégique" fragile et pourrait être de court termeDans une analyse précédant le sommet, nous avions décrit la tendance, des deux côtés, à embellir la réalité. C’est bien ce qui s’est produit, les Américain affirmant que d’importantes concessions avaient été obtenues, les Chinois évoquant un "dégel", voire une percée structurelle permettant à la Chine d’être reconnue comme un partenaire de même rang que les États-Unis. Les stratèges américains ont alerté sur le risque que l’engagement commun en faveur de la "stabilité stratégique" s’avère être l’un des pièges linguistiques dont la Chine a le secret et qui lui permettent de créer à ses partenaires de nouvelles obligations et de nouvelles lignes rouges à ne pas franchir.La Chine de Xi est tenace et ne quitte pas ses objectifs de vue mais cela n’exclut pas un opportunisme aveugle lorsque l’occasion se présente ou lorsqu’elle veut échapper à des engagements. Même si le président américain s’est abstenu d’improviser et s’en est tenu au script bien plus qu’à l’accoutumée, il reste à démontrer que, côté américain, on est capable d’une telle détermination. Des observateurs ont aussi noté le silence, du moins pour ce qui a été rendu public, sur de nombreux sujets, de l’IA aux contrôles à l’exportation. Pour notre part, nous notons la disparition, côté chinois, d’un mot que les Chinois aiment employer : la nécessité de la "confiance". L’image des Américains jetant tous leurs cadeaux chinois dans une poubelle avant de monter à bord d’Air Force One est un éloquent symbole. Obtenir des résultats sur Taïwan et limiter les options américaines au nom de la "stabilité stratégique", incluant le retour de toutes sortes d’échanges, y compris de "peuple à peuple", est l’une des principales priorités chinoises. Le 13 mai, le jour même où l’avion du président atterrissait à Pékin, le think tank directement affilié au ministère chinois de la Sécurité d’État a publié une longue analyse détaillant cette stratégie et ses avantages, à partir de la prémisse d’une "impasse stratégique" - 战略相持 - sur fond de chaos mondial. Il ne laisse presque aucun sujet de côté et ressemble désormais à une préfiguration élargie du sommet vu du côté chinois.Si ça a l’air d’un G2, que ça se perçoit comme un G2 et qu’on en parle comme d’un G2, alors c’est sans doute un G2 ?Alors que la Chine dénie habituellement le recours au concept de G2 [terme utilisé au début des années 2000 pour désigner les relations entre Pékin et Washington], ne serait-ce que pour se concilier ses autres partenaires - qu’ils soient ses alliés stratégiques ou simplement issus du "Sud global" - méfiants à l’égard de cette analogie avec le G7 aux consonances trop américaines), le renversement est frappant La presse occidentale a trop tendance à souligner les concessions, voire le défaitisme, de l’administration américaine. Ce qui ressort pourtant nettement, c’est que la Chine lance une nouvelle offensive pour améliorer ses relations avec les États-Unis, dans le contexte de fragilités qui, pour n’être pas reconnues officiellement, n’en sont pas moins réelles : une économie intérieure très ralentie malgré d’énormes investissements, et peut-être un commandement militaire désorganisé par les purges. La Chine semble aussi avoir davantage confiance dans sa capacité à faire reculer le consensus stratégique vieux d’une décennie aux États-Unis sur la nécessité de ralentir son ascension et met en avant ses lignes rouges. Les droits humains et la démocratie semblent désormais être une affaire entendue avec l’administration américaine. Il faudra suivre le traitement de la question de Taïwan et du "droit au développement" (comprendre : le droit d’exporter sans restriction pour compenser la crise économique intérieure). Obtenir des résultats sur Taïwan et limiter les options américaines au nom de la "stabilité stratégique", incluant le retour de toutes sortes d’échanges, y compris de "peuple à peuple", est l’une des principales priorités chinoises.Les "partenaires stratégiques" habituels de la Chine ont des raisons de s’inquiéter des conséquences de cette évolution . Symétriquement, l’Europe doit également se demander quelle place, s’il en reste une, la nouvelle ligne politique des États-Unis vis-à-vis de la Chine laisserait au partenaire transatlantique. Mais rien n’oblige l’administration Trump, le Congrès américain ou la classe politique américaine à se conformer au scénario de la Chine : parler de la nouvelle stabilité stratégique, oui, mais à condition de lui accoler les qualificatifs de fragile et de de court terme. Copyright image : Evan Vucci / POOL / AFPLe président américain Donald Trump se promène aux côtés du président chinois Xi Jinping dans les jardins de Zhongnanhai à Pékin, le 15 mai 2026.ImprimerPARTAGERcontenus associés 05/05/2026 À la recherche d’indices sur la prochaine rencontre Trump-Xi à Pékin François Godement 20/04/2026 De la Russie à l'Iran : méthode et biais de la "neutralité stratégique" chi... François Godement