Rechercher un rapport, une publication, un expert...
La plateforme de débats et d’actualités de l’Institut Montaigne
06/01/2026
Imprimer
PARTAGER

Japon-Taiwan : la mobilisation chinoise du registre "antifasciste"

Japon-Taiwan : la mobilisation chinoise du registre
 Mathieu Duchâtel
Auteur
Directeur des Études internationales, Expert Résident

Qu'on ne s'y trompe pas : les exercices militaires chinois de grande ampleur autour de Taïwan le 30 décembre ne sont que la partie la plus visible d’une démonstration de force sur le long cours. Comment Pékin œuvre-t-elle à gagner la bataille des récits et à légitimer des actions ciblées contre l'île ? Dans le contexte triplement inédit d'un exécutif taiwanais affaibli, des doutes sur l'engagement américain et d'un nouveau gouvernement japonais plus attaché que jamais à la stabilité du détroit, quels sont les ressorts de l’offensive rhétorique chinoise ?

Sous Xi Jinping, la Chine construit une stratégie cohérente visant à créer les conditions d’actions ciblées contre les " forces indépendantistes et séparatistes taiwanaises", pour reprendre le terme en vigueur. Pour ce faire, elle mène une bataille des récits destinée à convaincre, en Chine comme à l’international, de la légitimité, voire de la légalité, du recours à des formes de violence, qu’elles soient militaires ou de type opérations de police.

La pression militaire joue un rôle essentiel dans ce dispositif, indissociable d’une offensive cognitive plus large, qui se déploie devant nous et devrait prendre de l’ampleur dans les prochaines années. En mobilisant le registre de l’antifascisme et en inscrivant Taiwan dans un récit historique qui agite depuis la fin de l’année 2025 le spectre de la résurgence du militarisme japonais, la Chine ne prépare pas seulement le terrain pour un blocus ou pour une guerre : elle vise aussi à rendre acceptables, aux yeux de la communauté internationale, des actions ciblées contre des acteurs précis, sous couvert de défense de l’ordre international construit après la Seconde Guerre mondiale.

En inscrivant Taiwan dans un récit historique qui agite depuis la fin de l’année 2025 le spectre de la résurgence du militarisme japonais, la Chine ne prépare pas seulement le terrain pour un blocus ou pour une guerre : elle vise aussi à rendre acceptables, aux yeux de la communauté internationale, des actions ciblées contre des acteurs précis.

Ce texte analyse comment une rhétorique antifasciste, articulée aux opérations militaires et à la mobilisation du droit chinois, est progressivement mise au service d’une transformation de la perception internationale du statu quo dans le détroit de Taiwan afin de préparer, sans confrontation ouverte, des actions ciblées jugées légitimes par Pékin.

La quête de légitimité du recours à la force

Les exercices militaires chinois "Mission Justice 2025", conduits les 29 et 30 décembre 2025, ont de nouveau rendu intelligible pour tous le risque de guerre dans le détroit de Taiwan. Globalement, la Chine se montre de plus en plus explicite dans sa menace d’un blocus des principaux ports taiwanais. Pour la première fois, la Chine a eu recours à de l’artillerie à longue portée (280 km) - et à des obus réels, frappant des zones d’exercice à proximité des eaux territoriales taiwanaises, et chevauchant la zone contiguë. Le choix de l’artillerie longue portée est une alternative moins coûteuse et quasi illimitée, au regard de l’échelle des capacités industrielles chinoises, à l’emploi de missiles balistiques ou de croisière. Les exercices ont également été calibrés pour perturber le trafic aérien durant une période touristique. Et les exercices "Mission Justice 2025" ont été accompagnés dans la presse chinoise d’une menace inédite : l’interception du transport vers Taiwan par l’armateur Evergreen des systèmes Himars, bien connus des observateurs du conflit Russie-Ukraine, et dont une nouvelle vente à Taiwan vient d’être autorisée par l’administration Trump. S’il paraît peu probable que la Chine prenne le risque de saisir des armements américains en transit vers Taiwan, la stratégie de communication n’en est pas moins explicite : progressivement, Pékin cherche à accoutumer la communauté internationale à l’idée d’une légitimité, voire d’une légalité, du recours à la force contre Taiwan.

Car au‑delà de l’analyse purement militaire de ces opérations, il est essentiel d’en saisir la dimension d’influence politique. Le message chinois sur un ciblage précis des actions militaires contre les "forces séparatistes et indépendantistes taiwanaises", et contre toute action extérieure qui les encouragerait, est systématiquement répété. Le Président Lai est accusé de transformer Taiwan en "poudrière". Si cette rhétorique n’est pas nouvelle, elle est aujourd’hui déployée dans un contexte triplement inédit : l’exécutif taiwanais, affaibli et dépourvu de majorité parlementaire, peine à mettre en œuvre son ambitieux plan de modernisation des forces armées de l’île ; l’administration Trump fait le choix d’un exercice réaliste de la puissance américaine, en affirmant que les enjeux de sécurité nationale priment sur le droit international, et en abandonnant le champ de la défense des démocraties, longtemps au cœur du soutien américain à Taiwan ; enfin, le gouvernement japonais, dirigé par la nouvelle Première ministre Takaichi Sanae, issue du courant le plus nationaliste du Parti libéral-démocrate, a explicitement affirmé l’importance stratégique pour le Japon d’une stabilité dans le détroit de Taiwan, sans cesse testée et menacée par les tentatives chinoises de transformation du statu quo.

Pékin cherche à accoutumer la communauté internationale à l’idée d’une légitimité, voire d’une légalité, du recours à la force contre Taiwan.

Ce triple contexte offre à Pékin une opportunité d’instrumentaliser une brèche déjà ouverte : le recours à la rhétorique de l’antifascisme pour légitimer sa politique à l’égard de Taiwan. La Chine ne s’est pas encore pleinement engagée dans cette voie risquée, mais il est évident qu’elle est tentée d’en emprunter le chemin.

Il y a donc fort à parier que le sujet gagnera en importance ces deux prochaines années. Fin novembre 2025, Xi Jinping a ainsi pris l’initiative d’un appel au président Trump pour rappeler que l’appartenance de Taiwan à la Chine constituait un élément "intégral de l’ordre international issu de la guerre", période au cours de laquelle les États-Unis et la Chine avaient "combattu ensemble le fascisme et le militarisme". Il a ainsi invité les États-Unis à "préserver conjointement la victoire de la Seconde Guerre mondiale" aux côtés de la Chine.

Un blocus de Taiwan, une "situation de menace pour la survie" du Japon

Ces propos de Xi visaient à tirer parti des nouvelles tensions sino-japonaises autour de la question de Taiwan, afin de donner davantage de corps à ce récit chinois en construction. Le 7 novembre, en réponse à une question parlementaire de Katsuya Okada, figure de proue du Parti démocrate constitutionnel, aujourd’hui principal parti japonais d’opposition, sur ce que serait la réaction du gouvernement japonais à un scénario de blocus de Taiwan, la Première ministre Takaichi a déclaré que "si des navires de guerre étaient utilisés pour placer Taiwan sous le contrôle du gouvernement chinois de Pékin, y compris par le recours à la force armée, cela pourrait, à l’évidence, constituer une situation menaçant notre survie".

L’expression "situation de menace pour la survie" (存立危機事態) a une signification spécifique en droit japonais. Elle renvoie à un seuil juridique strict. Une fois celui-ci franchi, le gouvernement japonais peut engager ses Forces d’autodéfense, même en l’absence d’attaque directe contre le territoire national. La notion n’avait encore jamais été employée par un Premier ministre japonais en exercice dans le contexte de Taiwan. Pourtant, l’idée qu’un conflit armé dans le détroit puisse être appréhendé par Tokyo en ces termes était déjà bien établie. En 2021, après avoir quitté ses fonctions, Shinzo Abe avait ainsi expliqué lors d’une conférence à Taipei qu’une "urgence à Taiwan est une urgence pour le Japon, et donc une urgence pour l’alliance Japon-États-Unis" (台湾有事は日本有事でありそれは日米同盟の有事でもある).

Sous l’impulsion de Shinzo Abe, Premier ministre de 2012 à 2020, le Japon avait progressivement exprimé un soutien plus explicite à la posture de dissuasion américaine dans le détroit de Taiwan. En 2014, le Cabinet a précisé les conditions d’emploi de la force, en détaillant les dispositions de la "loi relative à la paix et à l’indépendance du Japon et à l’assurance de la sécurité de l’État et du peuple en cas de situations d’attaque armée, etc., et de situations menaçant son existence" (loi de 2003, amendée en 2015). L’article 2 définit une "situation de menace contre l’existence" du Japon comme "une situation dans laquelle une attaque armée contre un pays étranger entretenant des relations étroites avec le Japon se produit et, par conséquent, menace la survie du Japon et constitue un danger manifeste de bouleverser fondamentalement le droit des citoyens à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur". Cette disposition offre un fondement juridique à l’exercice par le Japon de son droit à l’autodéfense collective  : une attaque contre les forces américaines en Asie pourrait ainsi être considérée comme telle.

À première vue, la Première ministre Takaichi semble avoir choisi d’élargir l’interprétation de la "menace pour la survie" au-delà d’un scénario de frappes visant directement l’allié américain. Une offensive navale chinoise contre Taiwan, même sans confrontation directe sino-américaine, pourrait-elle alors relever de cette catégorie ? Taiwan serait-elle considérée comme un "pays étranger entretenant des relations étroites avec le Japon" ? Dans ses propos, la Première ministre Takaichi est restée vague sur ces deux points, pour se concentrer sur la situation de blocus elle-même, et les risques sévères qu’elle ferait porter à la sécurité nationale du Japon. Vu sous cet angle des risques directs pour le Japon, l’accent sur le blocus des exercices "Justice Mission 2025" n’ont pu que conforter l’analyse, déjà assez consensuelle dans les milieux japonais de la sécurité nationale, que la Chine envisage sérieusement ce mode opératoire, malgré les risques d’escalade évidents vers une guerre régionale qu’il ferait peser en Asie du Nord-Est.

La notion n’avait encore jamais été employée par un Premier ministre japonais en exercice dans le contexte de Taiwan.

Tetsuo Kotani, expert de l’alliance nippo-américaine au Japan Institute for International Affairs, souligne que "la question décisive" est de savoir "s’il sera possible de maintenir l’attention des États-Unis concentrée sur l’Asie de l’Est afin d’éviter une crise dans le détroit de Taiwan".

Selon lui, "les orientations stratégiques du Japon" sur ce sujet pèseront "de manière déterminante sur l’avenir du système international". Il est probable que cet enjeu américain ait motivé la déclaration de Takaichi Sanae. Mais au-delà de la dimension performative de ses propos, l’analyse des intérêts de sécurité japonais, la franchise sur l’interprétation juridique dominante des contraintes et des marges de manœuvre du droit, l’inquiétude suscitée par le scénario spécifique d’un blocus, ainsi que le choix stratégique de mobiliser les ressources japonaises pour contribuer à dissuader la Chine de procéder à un coup de force contre Taiwan s’inscrivent dans une continuité nette avec les orientations définies par le Japon au cours des années 2010. En outre, il est important de souligner le soutien de l’opinion publique japonaise à ces orientations. Des sondages de l’agence Kyodo notent que 48,8 % de la population japonaise considère justifiée l’activation du droit à l’autodéfense collective dans un scénario taiwanais, avec des majorités très claires dans les générations de moins de cinquante ans.

Le stratagème de l’extension

Cette clarification japonaise a offert à la Chine une occasion d’articuler un récit de l’antifascisme qui prend au fil du temps une importance croissante au service de sa politique taiwanaise. Dans L’Art d’avoir toujours raison, Schopenhauer définissait le "stratagème de l’extension" comme celui qui reprend "la thèse adverse en l’élargissant au-delà de ses limites naturelles, en lui donnant un sens aussi général et étendu que possible, puis en l’exagérant". L’offensive de la Chine en réaction aux propos de la Première ministre japonaise sur Taiwan a ainsi constitué une application presque scolaire de cet artifice rhétorique, qui s’est déployé en trois étapes

Dans un premier temps, la diplomatie chinoise a qualifié les déclarations de la Première ministre japonaise "d’ingérence dans les affaires intérieures de la Chine" et de mauvais "signal envoyé aux forces séparatistes pro-indépendance de Taiwan". Ce faisant, elle choisit d’ignorer les conséquences régionales et internationales pourtant très graves d’un scénario de blocus de Taiwan, ainsi que le cadre juridique très restrictif du Japon en matière de sécurité nationale.

Elle est pourtant allée, dans un deuxième temps, plus loin que ces formules désormais classiques. La lettre adressée par l’ambassadeur chinois Fu Cong au Secrétaire général de l’ONU a ainsi franchi un cran supplémentaire dans la déformation rhétorique. L’ambassadeur Fu a présenté les propos de Takaichi comme la première expression par le Japon d’une "ambition d’intervenir militairement dans le détroit de Taiwan". Il a assimilé toute "tentative d’intervention armée dans la situation entre les deux rives" à un acte d’agression, auquel la Chine répondrait par "l’exercice résolu de son droit à l’autodéfense", garanti par la Charte des Nations Unies.

La transformation des propos de Takaichi en preuve que le Japon serait en train de renouer avec son passé d’agression envers la Chine ne doit pas être lue de manière légère, sous le seul angle de la mobilisation émotionnelle de la population chinoise. Il y a au contraire une démarche méthodique et patiente de persuasion.

Dans un troisième temps, l’extension a été poussée à son paroxysme. Le ministère des Affaires étrangères chinois a rapidement durci le ton, affirmant que la Chine "n’autorisera jamais la droite japonaise à inverser le cours de l’histoire" et "n’autorisera jamais la renaissance du militarisme japonais". La transformation des propos de Takaichi en preuve que le Japon serait en train de renouer avec son passé d’agression envers la Chine ne doit pas être lue de manière légère, sous le seul angle de la mobilisation émotionnelle de la population chinoise. Il y a au contraire une démarche méthodique et patiente de persuasion, dirigée autant vers une audience intérieure qu’internationale, du fait que la Chine fait face à des acteurs déstabilisateurs, animés par une idéologie belliqueuse et désireux d’aller à la confrontation.

Un fil directeur cohérent vers davantage d’actions ciblées

Dans l’analyse de la politique chinoise à l’égard de Taiwan, il est essentiel de distinguer ce qui relève de la réaction immédiate des orientations de plus long terme. L’offensive rhétorique visant la Première ministre Takaichi, tout comme le fait que Pékin cherche à justifier les exercices "Justice Mission 2025" par la nécessité de répondre aux actuelles acquisitions par Taiwan d’armements américains, relèvent de la première catégorie. Pékin répond toujours, avec constance, à chaque évolution internationale susceptible d’élargir les marges de manœuvre de Taiwan. Ne pas répondre serait un aveu de faiblesse, surtout à l’heure où les observateurs scrutent les purges incessantes au sein de la direction de l’Armée populaire de libération.

La politique taiwanaise de la Chine s’inscrit toutefois dans un calendrier moins immédiat, structuré autour de trois échéances majeures entre 2026 et 2028.

  • La visite d’État de Donald Trump à Pékin, évoquée pour le mois d’avril, demeure perçue comme une occasion d’obtenir du président américain des déclarations favorables aux intérêts chinois, même si l’administration Trump s’est jusqu’à présent montrée ferme, cohérente et prévisible dans son soutien à Taipei.
  • Les élections municipales et locales à Taiwan, prévues en novembre 2026, constitueront un test à grande échelle des opérations d’influence chinoises. Une victoire nette de l’opposition face au président Lai et au Parti démocrate progressiste conforterait le leadership chinois dans l’idée que sa stratégie de délégitimation de l’exécutif taiwanais produit des effets.
  • Enfin, une séquence décisive s’ouvrira entre le XXIᵉ congrès du Parti communiste chinois, à l’automne 2027, et les élections présidentielle et législatives taiwanaises de janvier 2028. L’ensemble des actions engagées aujourd’hui converge vers cette échéance politique, avec une ambition nette : provoquer un changement de leadership à Taipei.


La conjonction de ces calendriers éclaire ainsi l’importance cruciale du champ des opérations cognitives dans la stratégie chinoise à l’égard de Taiwan. Dans cette entreprise, la Chine s’appuie sur trois forces.

Primo, l’opposition politique taiwanaise s’est engagée sur la voie d’une critique permanente de l’exécutif, décrit comme un pouvoir aux tendances autoritaires, de "communisme vert" (le vert est la couleur des indépendantistes taiwanais), et de "fascisme indépendantiste". Des opposants au gouvernement taiwanais brandissent parfois dans le quartier d’affaires de Taipei un drapeau nazi pour dénoncer ce qu’ils perçoivent comme des dérives. La confusion des concepts n’en crée pas moins un terreau favorable à une opération d’influence internationale orchestrée par la Chine.

Secundo, la justification russe, fondée sur la lutte contre le néonazisme pour légitimer "l’opération spéciale" en Ukraine, si elle a échoué à convaincre les pays européens directement touchés par le nazisme, semble être perçue à Pékin comme un récit stratégique digne d’attention. Toute tentative chinoise de mobiliser des artifices rhétoriques similaires connaîtrait sans doute le même sort. Mais les campagnes de propagande de la Chine et de la Russie visent moins à convaincre qu’à semer la confusion, à créer des divisions et à paralyser toute réponse coordonnée. Les opinions publiques européennes ne sont pas leur seule cible : pour Pékin, délégitimer l’exécutif taiwanais revêt une importance majeure dans toutes ses relations extérieures, en particulier avec les pays les plus exposés au détroit de Taiwan - États-Unis et Japon, mais aussi les nations d’Asie du Sud-Est abritant d’importantes communautés de ressortissants taiwanais, comme le Vietnam, l’Indonésie, la Malaisie ou les Philippines.

La justification par des enjeux de sécurité nationale (le narco-terrorisme d’État) d’une action plus large de domination stratégique d’un continent entier a des échos évidents dans le contexte du détroit de Taiwan.

Tertio, l’intervention américaine au Venezuela inspire la Chine. Les commentateurs y voient pour l’instant un modèle d’action décisive, rapide et peu coûteuse, tout en observant quel ordre politique émergera dans ce pays décapité par une opération de forces spéciales. La justification par des enjeux de sécurité nationale (le narco-terrorisme d’État) d’une action plus large de domination stratégique d’un continent entier a des échos évidents dans le contexte du détroit de Taiwan.

Les exercices militaires chinois doivent également être observés avec une focale plus large. Ces dernières années, le droit chinois a évolué pour prévoir des sanctions sévères contre les "indépendantistes obstinés" ("台独»顽固分子"), pouvant aller jusqu’à la peine de mort. Une liste de responsables politiques du Parti démocrate progressiste a même été rendue publique. Le Bureau de la sécurité publique de Chongqing a officiellement annoncé l'ouverture d'une enquête criminelle contre le député Puma Shen, accusé de "crimes de sécession" en vertu du droit pénal chinois et des nouvelles directives de 2024 visant les "indépendantistes obstinés".

Conclusion

En définitive, la stratégie chinoise à l’égard de Taiwan combine pression militaire, rhétorique antifasciste et instruments juridiques pour préparer des actions ciblées que Pékin juge légitimes, tout en restant en deçà du seuil d’une confrontation ouverte. En mobilisant histoire, droit et communication stratégique, la Chine cherche à remodeler la perception internationale du statu quo dans le détroit de Taiwan et à créer un cadre normatif favorable à un affaiblissement décisif de l’exécutif taiwanais en brouillant tous les repères. L’horizon de cette approche est fixé par le calendrier démocratique des élections à venir à Taiwan, et seule une démonstration électorale montrant que l’usage de l’antifascisme et des actions extraterritoriales ciblées se révèle contre-productif pourrait amener Pékin à revoir sa stratégie.

Copyright image : ADEK BERRY / AFP
Un navire chinois vers l’île Pingtan, le 30 décembre 2025.

Recevez chaque semaine l’actualité de l’Institut Montaigne
Je m'abonne