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18/06/2026
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G7 : d’Évian à Versailles, succès réel ou réussite éphémère?

G7 : d’Évian à Versailles, succès réel ou réussite éphémère?
 Michel Duclos
Auteur
Expert Résident, Conseiller spécial - Géopolitique et Diplomatie

Le G7 d’Évian-les-Bains, du 15 au 17 juin, était un sommet 3 en 1, comprenant un G7 "classique", centré sur les "enjeux globaux​", ​un ​G7 géopolitique​, surtout consacré à l'Iran et à l'Ukraine, et enfin un G7+, soit un G7 étendu d'autres partenaires d'Afrique, d'Asie ou du Moyen-Orient. Quel bilan retenir ? Le regain d'intérêt de Donald Trump pour l'Ukraine, et la signature d'un accord, aussi partiel qu'il soit, sur l'Iran, peuvent-ils avoir un impact positif durable et contredire ceux qui contestent de plus en plus l’utilité de ces grands messes? La plateforme ​du G7​+, avec les grands émergents​, peut-elle jouer, en face des ​BRICS, un rôle ​bénéfique dans le désordre mondial ? 

Les sommets du G7 se suivent, parfois réussis, parfois non, avec un doute grandissant sur l’utilité de ces grands messes depuis la réduction de la part du PIB des "sept plus grandes démocraties industrialisées" dans le PIB mondial et plus encore depuis que Donald Trump a dynamité le multilatéralisme classique.

Lors du dernier G7, au Canada, le président américain avait claqué la porte avant la fin. Cette fois, au contraire, à Evian, il est resté jusqu’au bout et s’est associé à un ensemble d’orientations - sinon de décisions proprement dites - non négligeables, dont un soutien unanime à l’Ukraine.

Il y a sans doute plusieurs raisons à la bonne volonté manifestée par l’hôte de la Maison-Blanche à l’égard de ses pairs du G7 - ou plus exactement du G7+, puisque les chefs d’État et de gouvernement de Corée du Sud, du Kenya, du Brésil, d’Inde ainsi que d’Égypte, des Émirats Arabes Unis et d’Arabie saoudite ont participé à certaines séances du sommet. L’une de ces raisons était à n’en pas douter le dîner offert par le couple présidentiel français à M. Trump à Versailles, à l’issue du sommet, officiellement pour marquer le 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis.

Écartons d’emblée la question de ce dîner : M. Macron n’en a-t-il pas "trop fait" ? Donald Trump ne marque-t-il pas de respect en réalité que pour ceux qui lui résistent ? Ces questions peuvent se poser en effet, mais à vrai dire, utiliser Versailles pour séduire un personnage dont on a besoin s’inscrit dans une longue tradition : les pages sont hautes en couleur que consacre le duc de Saint-Simon à la promenade de Louis XIV dans les jardins de Marly aux bras du financier Samuel Bernard ; les finances du royaume étaient au plus bas.

Les sommets du G7 se suivent, parfois réussis, parfois non, avec un doute grandissant sur l’utilité de ces grands messes.

En l’occurrence, si le succès du G7 et le retour de Washington à une position plus ferme vis-à-vis de la Russie à propos de l’Ukraine avaient pour prix un dîner à Versailles, ce n’était pas trop cher payé. On ne peut par ailleurs soupçonner Emmanuel Macron de retenir ses critiques à l’égard du président américain sur un grand nombre de dossiers. Reste la surprise qu’a constitué la signature par Donald Trump, sur la table du banquet, du protocole d’accord Iran-États-Unis, tandis que le président iranien Pezeshkian le signait de son côté à Téhéran : on verra dans les prochains mois ce qu’il adviendra de ce document, mais il est difficile de le présenter comme un grand succès pour l’Occident.

Sa signature à Versailles risque donc d’évoquer un jour davantage la paix de 1871 que celle de 1919. Heureusement, la galerie des Glaces a été évitée.

S’agissant du sommet G7 d’Évian, il y peu de doutes qu’il a constitué un succès réel, et à vrai dire inattendu.

Pour rendre compte de ce succès, il faut sans doute distinguer deux sommets, plus peut-être un troisième en pointillé :

  • Il y d’abord eu un G7 "classique", centré sur des sujets économiques, technologiques ou sur les "enjeux globaux".


C’est le sommet des sherpas, des innombrables réunions de ministres techniques et d’experts, qui débouchent quand tout va bien sur une série de documents agréés servant de trame à la coopération entre les grandes démocraties. Les résultats sont entachés d’une sérieuse limite : le changement climatique ne figurait pas l’ordre du jour du sommet puisque l’administration Trump avait exigé l’exclusion de ce sujet, qu’elle considère comme "une arnaque".

En revanche, sur la réglementation de l’IA pour protéger la jeunesse, sur la réduction des dépendances concernant les minéraux critiques, sur les recherches sur le cancer, sur la réponse à Ebola, la lutte contre le trafic de drogues ou encore la lutte contre le trafic des migrants, toute une série de déclarations communes ont été adoptées. Les différentes composantes de l’administration américaine ont joué le jeu, y compris sur ce qui constituait la ligne directrice du sommet : la coopération dans le domaine de la correction des grands déséquilibres.

Sur ce dernier point, l’accord trouvé apparaît très général. Il se présente comme un vœu pieux dont la portée toutefois n’est pas négligeable, d’une part parce qu’il a fait l’objet d’une concertation par visioconférence avec Pékin, d’autre part et surtout parce qu’il sera repris par les États-Unis dans le cadre de sa présidence du G20.

  • Un second sommet s’est tenu à Évian, un sommet cette fois géopolitique, qui a largement éclipsé le G7 classique comme on pouvait s’y attendre.


La présidence française s’y attendait : l’Iran allait voler la vedette. C’est pourquoi les dirigeants du Golfe et de l’Égypte ont été conviés in extremis à Évian. La déclaration sur ce point multiplie les éloges à l’égard de Trump pour avoir trouvé un accord avec Téhéran : c’est probablement ce que cherchait le président américain en venant à Évian, conscient qu’il est des critiques que suscitent dans son propre camp sa "reculade devant Téhéran", conscient aussi sans doute que son prestige international ne sort pas grandi de l’opération.

Pour les Européens, l’intérêt du texte agréé à Évian sur le détroit d’Ormuz est de les faire entrer de nouveau dans le jeu, dont ils avaient été jusqu’ici écartés. L’initiative franco-britannique pour contribuer à la sécurisation du détroit est en particulier mentionnée alors que Trump s’était montré jusqu’ici sceptique.

L’autre sujet géopolitique majeur portait sur l’Ukraine. Pourquoi les Européens - en fait principalement Emmanuel Macron - sont-ils parvenus à impliquer de nouveau Donald Trump dans le sort de l’Ukraine ? Sans doute parce que Poutine a déçu le président américain, il tend aujourd’hui à faire figure de loser ; peut-être aussi parce que, libéré pour un temps du fardeau iranien, M. Trump peut de nouveau se consacrer à une autre crise majeure ; enfin, parce que M Zelensky, qui l’a vu deux fois à Évian, a pu le rendre sensible, photos à l’appui, aux ravages humains et culturels que provoque la guerre d’attrition menée par Moscou. L’image de l’emblématique cathédrale de la Dormition, qui remonte au XIe siècle, dans le laure (terme désignant certains monastères orthodoxes) des Grottes, très endommagée après des bombardements russes intenses dans la nuit du 14 au 15 juin, semble en particulier avoir frappé le président américain.
 

À Évian, cette année, ils ont accepté d’envisager de renforcer les défenses aériennes et les systèmes d’interception ukrainiens et se sont engagés à rétablir les sanctions sur le pétrole à l’égard de la Russie.

Au Canada l’année dernière, les Américains n’avaient pas voulu de position commune avec les autres membres du G7 parce qu’ils préparaient la venue de M. Poutine à Anchorage, dont ils attendaient mont et merveilles. À Évian, cette année, ils ont accepté d’envisager de renforcer les défenses aériennes et les systèmes d’interception ukrainiens et se sont engagés à rétablir les sanctions sur le pétrole à l’égard de la Russie. Il reste à voir dans quels délais et jusqu’à quel point la "re-convergence" Europe-États-Unis sur l’Ukraine va vraiment être mise en œuvre, mais en tout cas l’inflexion est notable.

  • Nous avons parlé d’un troisième sommet "en pointillé" : c’est le "G7+", selon l’expression de M. Macron, ou encore le "G7 des partenariats". L’invitation de partenaires extérieurs aux grandes démocraties n’est pas une nouveauté dans les sommets du G7 mais elle a revêtu cette année un relief particulier en raison des sujets traités et de l’association de certains de ces partenaires à une partie des textes adoptés.


Ce qui soulève une interrogation ou dessine une perspective : compte tenu du grippage actuel des institutions internationales, et à condition qu’un minimum de réengagement américain dans la concertation internationale se confirme, une plateforme G7+ grands émergents ou grands partenaires régionaux ne peut-elle jouer, en face des Brics, un rôle de pôle de stabilisation et de régulation dans le désordre mondial ? Si tel est le cas, l’enjeu serait bien sûr de parvenir à la stabiliser sans lui enlever sa flexibilité.

Mais cette interrogation elle-même renvoie à une autre, classique en diplomatie : le succès, incontestable, du sommet d’Évian sera-t-il durable ou se révélera-t-il éphémère ? Le sommet G7 de Biarritz de 2019 avait déjà représenté un remarquable succès, marqué aussi par le talent du président Macron, avec déjà une composante importante concernant la question iranienne. Il faut reconnaître que ce succès avait duré ce que durent les roses.

Copyright image : Anna Moneymaker / POOL / AFP
Donald Trump et Emmanuel Macron le 17 juin à Versailles, après le sommet du G7.

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