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02/04/2025

Un optimisme de combat

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Un optimisme de combat
 Marie-Pierre de Bailliencourt
Auteur
Directrice générale

Face à l'immobilisme d’une France qui semble résolue à attendre, en dépit d’un contexte d’urgence domestique et internationale qui se rappelle pourtant à nous avec brutalité, Marie-Pierre de Bailliencourt, Directrice générale de l’Institut Montaigne, dans cette tribune originellement publiée par le journal Les Échos, appelle au ressaisissement politique. Il est temps d’opérer certains arbitrages et de choisir ses priorités avec responsabilité et réalisme pour ne pas perdre les deux prochaines années

Le moment politique que nous vivons semble à beaucoup d’égards insaisissable. Au désarroi provoqué par le réagencement du monde s’ajoute notre faiblesse institutionnelle qui peine à structurer un projet sociétal cohérent. Ad nauseam nous commentons l’émotion des uns, la conviction des autres, la responsabilité d’aucun. Et l’omniprésence de la parole tient en lieu et place de l’action.

En l’espace d’une génération, la France passera de la 5e à la 15e puissance économique mondiale. Les politiques que nous avons menées depuis 50 ans ont patiemment consommé les efforts et le génie de nos prédécesseurs. Dans les milieux économiques, beaucoup se résignent déjà à ce que les deux prochaines années se limitent à un long attentisme politique, au terme incertain duquel nous pourrions reprendre notre destin en mains. À cette passivité résignée qui voudrait ramener la France à une Belle au bois dormant dans l’attente de son homme providentiel, nous préférons un optimisme de combat.

À cette passivité résignée qui voudrait ramener la France à une Belle au bois dormant dans l’attente de son homme providentiel, nous préférons un optimisme de combat.

Comment ne pas perdre les deux prochaines années ? À gouvernement fragile, majorité parlementaire introuvable, budgets insultant l’avenir et action inexistante, que peut-on opposer ? La réponse que nous proposons est simple. Utilisons ce temps pour instruire nos choix et reconstruire nos ambitions. Ces deux années pourraient être paradoxalement une chance.

Il ne s'agit pas de lancer une nouvelle bataille d’idées, tout est dit depuis bien longtemps et le foisonnement des propositions ajoute la confusion à l’impéritie. Il s’agit au contraire de choisir quelques idées maîtresses dont on sait qu’elles impactent tout le système, et de veiller à les rendre opérationnelles.

Les nœuds gordiens

Tous s’accordent sur la tâche à laquelle notre prochain exécutif devra s’atteler : organiser l’efficacité de l’État, moderniser notre pacte social, assurer notre sécurité et renouer avec la prospérité.

Ce à quoi nous devons consacrer notre énergie dans les mois qui viennent est bien l’identification des nœuds gordiens de notre action et les voies de leur dénouement. Nous devons donner aux Français les moyens de saisir les options qui se présentent à eux pour qu’ils puissent faire des arbitrages et construire leur engagement.

Nous savons que la mondialisation est devenue non plus un espace de prospérité pour tous mais un terrain de jeu de guerre. La pression sur l’accès aux ressources, le détournement des instruments du commerce international à des fins hégémoniques, la surrèglementation débilitante nous imposent de réagir sur trois dimensions : nos finances publiques, notre sécurité économique, notre défense.

Nous savons que nous ne pouvons plus assumer notre train de dépenses actuelles - ni par la dette, ni par les impôts - et qu’il nous faut par conséquent le réduire. Que sommes-nous prêts à sacrifier pour préserver l’essentiel ? La défense de notre modèle social universel appelle à des renoncements - sur la répartition du régime de retraites, sur le temps et la durée de travail, sur les modalités de distribution des aides sociales. Notre niveau insuffisant d’activité nous coûte plus de 3 % de PIB.

Production ou consommation ? Nos impôts de production restent les plus élevés au monde. Après avoir un court temps allégé le fardeau fiscal de nos entreprises, nous l’avons relevé pour rembourser nos déficits. Ce faisant, nous insultons l’avenir. Car les entreprises sont les vecteurs de notre création de valeur. En refusant de baisser les impôts de production et en favorisant la consommation, les pouvoirs publics lâchent la proie de la prospérité durable pour l’ombre d’un pouvoir d’achat éphémère.

 Après avoir un court temps allégé le fardeau fiscal de nos entreprises, nous l’avons relevé pour rembourser nos déficits. Ce faisant, nous insultons l’avenir.

En chargeant les salaires qualifiés pour décharger les bas salaires, nous compromettons notre innovation et notre entreprenariat.

Notre sécurité économique est une autre priorité. La compétitivité de nos entreprises a besoin de se déployer à jeu égal. Face à nos dépendances (80 % de nos batteries électriques sont chinoises), nous devons identifier les instruments nous permettant de rester dans la course : le poids de notre marché européen (équivalent à celui de la Chine), nos armes de riposte juridique, la qualité de nos infrastructures, les compétences uniques de notre main d'œuvre, l’attractivité de la France pour les investisseurs. Nous devons décider jusqu’où nous sommes prêts à aller dans le détricotage de la mondialisation qui a fait notre richesse.  

Bien sûr, les questions de défense se sont ré-invitées brutalement dans la conscience politique après des décennies de négligence. Là encore nous devons faire des choix résolus qui tiennent l’épreuve des valses ministérielles. Réinvestir notre Base industrielle et technologique de défense, adapter nos vecteurs de dissuasion et nos doctrines d’engagement aux nouveaux formats de guerre, mobiliser nos forces vives ; tout cela doit être dûment analysé, présenté et arbitré.

Rien n’est irrémédiable

Pour qui examine de sang-froid notre situation, rien n’est irrémédiable. Des solutions existent : il nous faut les expliquer avec rigueur et clarté, les porter avec force - au risque parfois de déplaire.  

Nous devons passer les prochains mois à instruire nos décisions les plus stratégiques, qui ne sont pas toujours les plus visibles. Trop souvent, notre culture nous conduit à comprendre les grands moments de notre histoire à l’action de quelques héros ou hommes providentiels. On oublie le préalable à ces grands soirs : l’extraordinaire effort intellectuel de leurs contemporains qui avaient su déblayer le terrain des idées pour permettre l’action. Notre redressement collectif se fera à cette seule condition.

Copyright image : Anne-Christine POUJOULAT / AFP

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