AccueilExpressions par MontaigneCuba : scénarios et dilemmes américainsLa plateforme de débats et d’actualités de l’Institut Montaigne qui donne aussi la parole à des contributeurs externes. États-Unis et amériques28/05/2026ImprimerPARTAGERCuba : scénarios et dilemmes américainsAuteur Margot François Chercheuse associée au centre GEODE, analyste chez Cassini conseil et chargée de cours à l'Université Carlos III de Madrid Auteur Jonathan Guiffard Expert Associé - Défense et Afrique Après le Venezuela, Cuba ? L’administration américaine, notamment sous l'impulsion de Marco Rubio, accroît sa pression sur le régime castriste. Dans un triptyque, Jonathan Guiffard et Margot François éclairent les tensions en cours et dégagent des scénarios pour Cuba. Le dernier épisode revient sur la matérialisation des menaces contre Cuba et esquisse des scénarios. La menace militaire se matérialise progressivement, ce qui constitue un facteur essentiel pour donner corps ou non aux menaces verbales du président américain. Une opération militaire n’est jamais anodine à préparer et à mener : le blocage actuel en Iran est là pour le prouver.Pour l’heure, quatre éléments essentiels sont à prendre en compte pour le cas de Cuba :Le dispositif militaire mis en œuvre depuis août 2025, pour les opérations de lutte contre le narcotrafic dans les Caraïbes et l’arrestation de Nicolas Maduro, est réduit mais toujours actif. Les bases sont actives, notamment à Porto-Rico, les moyens sont disponibles et les processus opérationnels fonctionnent quotidiennement. Le commandement régional SOUTHCOM continue le pilotage quotidien de l’opération Southern Spear dans la zone et peut proposer des options rapides ;Les premiers vols de reconnaissance ont été menés autour de l’île, ce qui correspond toujours à la première phase de planification américaine. Les vols ISR permettent de mettre à jour et préciser les effectifs présents sur des sites militaires identifiés par satellites, mais aussi de confirmer et détailler des renseignements précieux sur les lieux de vie, véhicules utilisés et dispositifs de sécurité des grands responsables politiques et militaires cubains obtenus par des sources humaines ou des interceptions de communications ;Dans le cas de Cuba, ce dispositif militaire ne peut être pensé sans la proximité évidente de la Floride à moins de 150 Km. L’État accueille de nombreuses bases militaires interarmées, ainsi que les commandements SOUTHCOM et SOCOM, ce qui est en mesure de favoriser la planification américaine. Cette proximité offre un territoire très favorable pour mener des opérations de renseignement, puis des opérations aériennes ou logistiques en cas d’opérations militaires. Faire la guerre depuis chez soi est toujours plus simple, surtout s’il s’agit d’une guerre aérienne, même si les risques de représailles sont plus importants ;Ce dispositif ne peut non plus être pensé sans Guantanamo. En effet, les États-Unis disposent de la base militaire de Guantanamo sur l’île de Cuba, offrant un pont très avancé pour mener des opérations contre Cuba. En cas de conflit, cette base sera vraisemblablement visée en première mais elle constitue une porte d’entrée naturelle pour des forces au sol, en cas de raids de forces spéciales ou d’un déploiement terrestre plus conséquent.Des opérations militaires américaines, conventionnelles et/ou spéciales, auraient rapidement raison des forces armées cubaines.Si l’échec de la Baie des Cochons est dans toutes les têtes, il a tendance à masquer une réalité : des opérations militaires américaines, conventionnelles et/ou spéciales, auraient rapidement raison des forces armées cubaines. Ces dernières ont fortement diminué et leurs conditions opérationnelles se sont dégradées depuis la fin du siècle dernier : si Cuba dispose d’environ 40 à 50.000 soldats, de navires et d’avions de chasses, la qualité de l’entraînement, des matériels et du moral ne permettra pas de résister réellement à une campagne aérienne soutenue américaine, sans se briser. L’armée cubaine aurait toutefois fait l’acquisition récente de 300 drones militaires, utiles contre la base de Guantanamo ou les premières côtes américaines en cas d’attaque des Etats-Unis. De même, en cas d’invasion au sol, celle-ci est en mesure de mener une guerre de contre-insurrection douloureuse pour les Etats-Unis, selon les principes de la guerre révolutionnaire.Dans ce contexte, l’enjeu n’est donc pas uniquement militaire, mais bien politique : éviter un effondrement, une guerre civile ou une guerre de contre-insurrection à quelques kilomètres des côtes américaines. Pour cette raison, seules des opérations ponctuelles, en mesure de montrer la détermination américaine, pourraient être mises en oeuvre :Une campagne limitée de frappes aériennes pour détruire les avions de chasse cubains, afin de prendre le contrôle de l’espace aérien et de limiter les représailles contre des cibles américaines en Floride. Cette campagne frappera opportunément les stations d’écoute russes et chinoises. L’arrivée récente du porte-avion USS Nimitz est le signe de cette préparation ;En parallèle, un raid de forces spéciales pour capturer Raul Castro et, éventuellement, quelques proches parmi les plus opposés aux conditions américaines. Si cette option est militairement “relativement” aisée à mener, elle suppose au moins une ou deux équipes présentes à Cuba pour guider ces opérations. En tout état de cause, elles ne seront potentiellement pas suffisantes pour plier la volonté cubaine ;Ainsi, un blocus des ports pourrait compléter ce scénario, notamment de la Havane et de Santiago de Cuba, pour frapper les navires cubains encore actifs, empêcher des représailles sur les côtes américaines, prévenir une aide extérieure ou une fuite de responsables et contraindre le régime ;Un scénario de prise de villes par des contingents de marines sera nécessairement étudié, mais semble présenter trop de risques pour l’administration Trump dès lors que celle-ci cherche seulement à contraindre la famille Castro à changer d’allégeance ;Un scénario de soutien à une insurrection, basé sur les savoir-faire de la CIA, ne devrait pas être considéré car, en plus du traumatisme de 1962, il n’existe pas réellement de réseaux d’oppositions structurés à Cuba. L’Assemblée de la Résistance Cubaine, une coalition démocratique de membres présents hors et dans Cuba, existe et communique avec l’administration : il ne s’agit pas pour autant d’une potentielle insurrection armée, mais d’un simple regroupement politique ;À noter que, s’agissant des communications, comme Margot François le montre dans ses travaux, Cuba est reliée à Internet par deux câbles sous-marins. Une coupure de ces câbles permettrait de déconnecter l’île de l’espace numérique et des actions de guerre électronique permettraient de bouleverser considérablement les communications cubaines.Si la Chine, la Russie, le Mexique, l’Espagne ou encore le Vatican se montrent soucieux des tensions grandissantes et des menaces américaines, aucun de ces acteurs ne bougera contre les États-Unis pour sauver le régime.Si la Chine, la Russie, le Mexique, l’Espagne ou encore le Vatican se montrent soucieux des tensions grandissantes et des menaces américaines, aucun de ces acteurs ne bougera contre les États-Unis pour sauver le régime. En premier lieu car aucun de ces acteurs ne dispose des leviers pour peser sur la décision américaine. En second lieu car ils ont chacun des choses à perdre dans leur propre relation bilatérale avec les Etats-Unis. En troisième lieu car, à l’image de la Chine et Taïwan, ils pourront utiliser cet état de fait pour négocier des concessions avec les Etats-Unis. Les annonces de soutien, comme celle de la Russie du 21 mai, ou les condamnations chinoises tiennent de la posture plus que de la conviction.La voie apparaît donc libre pour Washington. Néanmoins, si le calendrier s’accélère, il reste encore à convaincre la base électorale et le parti républicain, surtout dans un contexte iranien non réglé. Le temps de la planification et le temps de la politique permettent encore d’envisager quelques semaines, avant une éventuelle intervention militaire.La souveraineté pleine et entière du régime castriste apparaît condamnée, mais la trajectoire reste difficile à établir : des négociations politiques qui débouchent avant ou après des frappes ? Vraisemblablement avant car les héritiers du régime castriste apparaissent beaucoup moins assurés idéologiquement, politiquement et économiquement que leurs homologues iraniens. Néanmoins, l’humiliation d’un diktat pur et simple de Washington pourrait produire des résistances internes trop importantes pour la patience de Trump, enclenchant des “semonces” d’ordre militaire.Copyright image : Adalberto ROQUE / AFPLe président cubain Miguel Diaz-Canel à la Havane, le 16 avril 2026.ImprimerPARTAGERcontenus associés 28/05/2026 Cuba : le régime castriste face à la menace américaine Margot François Jonathan Guiffard 27/05/2026 Cuba : aux origines du raidissement américain Jonathan Guiffard Margot François 11/03/2026 Le rêve de Marco Rubio pour le Venezuela et Cuba Alexandre Marc 06/01/2026 L’Amérique latine à la croisée des chemins : un virage à droite ? Alexandre Marc