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Sécurité : que peuvent les maires ? |
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L’Institut Montaigne poursuit son opération spéciale “Municipales 2026”. Pilotée par Nicolas Laine et Blanche Leridon, cette initiative vise à éclairer les citoyens et les décideurs sur les enjeux d’une élection à résonance nationale, en objectivant le débat public et en permettant une comparaison rigoureuse, indépendante et transparente des programmes des principales listes candidates. Après les bilans financiers des 12 plus grandes villes sur la précédente mandature et une note d’analyse sur les finances locales, nous publions aujourd’hui un nouveau pack de contenus dédiés à la sécurité, comprenant une note d’analyse et le chiffrage des promesses des principaux candidats sur cette thématique. Si les attentes des Français à l’égard des maires en matière de sécurité sont de plus en plus importantes, les maires ne disposent pas, à eux-seuls, des leviers nécessaires pour agir sur les causes majeures de l’insécurité, qui relèvent avant tout de l’État et d’une bonne coordination entre différents acteurs. Alors, quelles sont les réelles prérogatives municipales en la matière ? Quel bilan peut-on tirer du mandat qui s’achève et quelles pistes de propositions et perspectives se dessinent pour la mandature à venir ? La note d’analyse apporte des éléments de compréhension et d’éclairage en s’appuyant sur des données inédites fournies par notre partenaire Terre de Données. Cette attente des électeurs place les maires au centre d’une responsabilité qu’ils ne maîtrisent qu’en partie et nourrit par ailleurs une forme de surenchère sur les propositions sécuritaires (essentiellement sur les polices municipales, leur développement et leur armement, ou sur le déploiement de la vidéoprotection). Ces promesses ont fait l’objet de chiffrages - soumis au contradictoire des équipes de campagne - ayant mobilisé les équipes de l'Institut Montaigne et une dizaine de chiffreurs, experts des finances et des politiques publiques. |
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 "À l’approche des municipales, près d’un Français sur deux place la sécurité en tête des priorités pour son prochain maire. Cette préoccupation s’explique par une insécurité en recomposition, marquée notamment par la progression du narcotrafic dans les grandes villes. Pourtant, les communes ne disposent pas des leviers pour agir sur ces formes les plus graves de la délinquance, qui relèvent davantage de l’État. Cette répartition des responsabilités, brouillée, alimente une inflation de promesses sur les effectifs de police municipale ou le nombre de caméras. Surtout, cette confusion fait peser le risque d'une déception envers l'une des seules figures politiques qui conserve - encore - une relative confiance des Français." Nicolas Laine - Responsable des publications des Études France |
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| Sécurité et élections municipales : un flou qui place les maires en première ligne et des promesses de campagne qui entretiennent la confusion |
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- En matière de sécurité, la répartition précise des compétences entre l’État et les maires demeure largement incomprise. En 2024, 58 % des Français estiment que la sécurité publique relève de l’État, 38 % l’attribuent à la commune, et près d’un tiers pense qu’elle dépend du département. Ce flou institutionnel nourrit une confusion sur les responsabilités de chacun.
- Dans un contexte de dégradation de certains indicateurs, souvent imputée à l’inaction de l’État, les attentes se déplacent ainsi vers les maires, figures de proximité plus identifiables et accessibles. Ce glissement est particulièrement visible dans ces élections municipales : la sécurité des personnes et des biens est en tête des préoccupations pour l’élection selon de nombreux sondages, dans des proportions bien supérieures à celles de 2020.
- Pourtant, les maires n’ont pas les attributions que les citoyens leur prêtent. Au regard de leurs compétences effectives, la première marge de manœuvre des maires pour agir face à l’insécurité réside dans la lutte contre les incivilités. À l’inverse, les déterminants les plus structurants de la dégradation du climat sécuritaire échappent largement à l’action municipale. Les principaux leviers répressifs – enquêtes judiciaires, lutte contre la criminalité organisée, narcotrafic – demeurent en effet des compétences régaliennes de l’État.
⇒ En définitive, la campagne municipale sur la sécurité met en lumière un décalage structurel : des attentes de protection toujours plus fortes, une responsabilité implicitement attribuée aux maires, et un champ d’action largement contraint. Faute de clarification, ce hiatus nourrit une double dynamique : la déception des citoyens face à des promesses difficilement tenables et la tentation, pour les candidats, d’un discours inflationniste qui entretient le brouillage des compétences plutôt qu’il ne le résout. |
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| Une évolution de l'insécurité au cours du dernier mandat, avec la progression du narcotrafic |
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Le dernier mandat a été marqué par une recomposition de la délinquance dans les métropoles. Celle-ci se traduit d’abord par une augmentation de certains faits particulièrement graves comme les tentatives d’homicide, dont le nombre progresse de près de 8 % par an en moyenne au niveau national depuis 2016. Les niveaux de crimes et délits sont restés élevés dans les 12 plus grandes villes de France - en particulier à Paris, Bordeaux, Lille et Marseille, qui enregistrent une hausse notable. La baisse des vols (armés ou sans arme) et des destructions volontaires s’est doublée d’une forte hausse du trafic de stupéfiants et des violences sexuelles. Ce regard d’ensemble masque des classements très variables entre les métropoles selon les infractions : - Le point le plus significatif et commun à de nombreuses villes est la progression marquée des infractions liées aux stupéfiants. Marseille, Rennes, Toulon et Toulouse sont les villes où cette hausse est particulièrement notable.
- Il existe également des évolutions très contrastées selon les villes et les types d'infractions, illustrées par la division par deux des cambriolages à Toulouse ou le doublement des vols dans les véhicules à Bordeaux.
- D'autres villes présentent des spécificités en matière de délinquance, comme Nantes avec un taux élevé de vols de véhicules, bien que restant globalement stable pour le reste des infractions.
- Les vols de véhicules et vols avec armes sont surreprésentés à Marseille, tandis que Lille est plus touchée par les violences physiques hors cadre familial.
- Paris se distingue par un nombre important de vols sans violence contre des personnes, souvent en lien avec la forte présence touristique.
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| Le chiffrage des promesses des candidats sur la sécurité ville par ville |
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Notre démarche et notre méthodologie Une exigence de qualité et de neutralité maximale : pour cette opération, l’Institut Montaigne travaille avec une équipe de chiffreurs, experts des finances et des politiques publiques. Nos procédures successives de validation et de collégialité garantissent la qualité des analyses et des chiffrages fournis. Notre opération couvre toute l'amplitude du champ politique et tous les experts impliqués s’engagent à travailler dans la plus complète objectivité et sans aucun mandat partisan. Ils ne peuvent, à titre personnel, être engagés dans aucune activité politique. Le dialogue avec les équipes municipales : les équipes de campagne font l’objet de contacts pour préciser les chiffrages ou faire valoir un droit de réponse. Les bilans et les chiffrages ont ainsi vocation à être précisés ou amendés si besoin, au fil des échanges. La transparence des analyses et des calculs : l'équipe ne travaille qu’avec des données publiques et les sources utilisées sont systématiquement précisées. Tous les éléments de chiffrage sont accessibles et vérifiables en ligne. Les chiffrages privilégient (1) les mesures les plus claires ou précises des candidats, (2) les plus importantes d’un point de vue budgétaire, (3) les plus importantes du point de vue de leur impact dans le débat de la campagne. Afin de garantir la représentation de la diversité des listes candidates dans les douze villes étudiées dans le cadre de cette opération, les mesures chiffrées sont issues des trois à cinq candidats en tête dans les dernières enquêtes d’opinion disponibles. Cette démarche ne vise donc pas l’exhaustivité, mais une bonne représentation des engagements et des principaux thèmes de campagne. |
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À propos de l’Institut Montaigne Créé en 2000, l’Institut Montaigne est un espace de réflexion, de propositions concrètes, et d’expérimentations au service de l’intérêt général. Think tank de référence en France et en Europe, ses travaux sont le fruit d’une méthode d’analyse rigoureuse, critique et ouverte qui prennent en compte les grands déterminants sociétaux, technologiques, environnementaux et géopolitiques afin de proposer des études et des débats sur les politiques publiques. Association à but non lucratif, l’Institut Montaigne organise ses travaux autour de quatre piliers thématiques : la cohésion sociale, les dynamiques économiques, l’action de l’État et les coopérations internationales. Menés dans la collégialité et l’indépendance, l’Institut Montaigne réunit des entreprises, des chercheurs, des fonctionnaires, des associations, des syndicats, des personnes issues de la société civile et d’horizons divers. Nos travaux s’adressent aux acteurs publics et privés, politiques et économiques, ainsi qu’aux citoyens engagés. Depuis sa création, ses financements sont exclusivement privés, aucune contribution n'excédant 1,2 % d'un budget annuel de 7,2 millions d'euros. |
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