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Communiqué de presse À Paris, le 1er avril 2026




Hongrie, Pologne, Italie : les nationaux-populistes à l'épreuve du pouvoir
Découvrir la note d'éclairage

À l’approche des élections législatives en Hongrie et dans un contexte politique européen marqué par la progression des forces national-populistes, l’Institut Montaigne publie aujourd’hui une nouvelle note d’éclairage consacrée à leur exercice du pouvoir. Portée par Marc Lazar, Christophe Jaffrelot et Blanche Leridon, cette étude compare la Hongrie de Viktor Orbán, la Pologne du Parti Droit et Justice (PiS, au pouvoir entre 2015 et 2023) et l’Italie de Giorgia Meloni. Au-delà des discours, quelles politiques publiques sont concrètement mises en place ? Pour quels effets ? Existe-t-il des invariants dans l’exercice du pouvoir par ces forces politiques ?

À travers l’analyse comparée de cinq champs de politiques publiques (économique et sociale, migratoire, environnementale, politique étrangère, et État de droit), cette note met en évidence une tension entre radicalité rhétorique et pragmatisme de l’action. L’analyse détaillée des mesures déployées permet d’identifier une “grammaire” commune, qui se décline ensuite selon les contextes et contraintes nationales. Cette grammaire est particulièrement visible s’agissant de l’État de droit. Avec cette parution, l'Institut Montaigne poursuit l’analyse du phénomène national-populiste dans l’Union européenne, après avoir dédié un premier volet en 2024 à l’étude de son influence au sein des institutions européennes.

"Les exemples de la Hongrie, de la Pologne et de l’Italie soulignent un certain décalage entre rhétorique de conquête et pratique gouvernementale. Si les discours convergent sur la critique de l’Europe, l’hostilité envers l’immigration et le rejet des politiques environnementales, l’examen approfondi des politiques publiques traduit une réalité plus nuancée."

Marc Lazar, Expert Associé - Démocratie et Populisme

 

"La politique étrangère poursuivie respectivement par Budapest, Varsovie et Rome met en avant des fractures nettes entre ces pays. Le pragmatisme se confronte là aux intérêts géopolitiques de chacun ainsi qu’aux modes opératoires poursuivis. Ces divisions démontrent une incapacité à faire front commun."

Christophe Jaffrelot, Expert Associé - Démocratie et Populisme

 

"Avec ce deuxième volet, nous avons souhaité passer de l’étude de l’influence des nationaux-populistes à l’échelle communautaire, à celle de leur exercice concret du pouvoir dans des contextes nationaux distincts. Cette approche permet de mieux comprendre les écarts entre les discours et les actes, les contradictions et les divergences. À l'approche d’échéances électorales décisives en Europe, ces conclusions nous offrent des clés de lecture essentielles afin de mieux comprendre ce phénomène et ses impacts potentiels sur l’avenir des démocraties européennes."

Blanche Leridon, Directrice des études France de l’Institut Montaigne, spécialiste des questions démocratiques et institutionnelles

 

Le poids du réel : les limites structurelles du projet national-populiste

Dans les trois pays, les gouvernements composent avec de fortes interdépendances économiques et institutionnelles, notamment vis-à-vis de l’Union européenne. Ce pragmatisme s’observe notamment en matière :

  • économique : en Pologne, premier bénéficiaire net des fonds européens, le PIB en parité de pouvoir d’achat est 40 % supérieur à ce qu’il aurait été sans l’adhésion à l’UE ; ce chiffre atteint 13 % pour la Hongrie ; l’Italie est le premier bénéficiaire du plan de relance NextGenerationEU avec un apport de plus de 191 milliards d’euros.
     
  • énergétique : fustigés par Viktor Orbán, le PiS ou Giorgia Meloni, les plans pour la transition écologique de l’UE trouvent en réalité des échos dans ces pays au sein desquels la sécurité énergétique et le pouvoir d’achat des citoyens sont des priorités. La politique environnementale prend alors les traits d’une politique industrielle empreinte de pragmatisme : dans les trois pays, l’énergie solaire progresse et le nucléaire bénéficie d’une conversion récente (l’objectif polonais est d’atteindre 30 % d’électricité nucléaire d’ici 2033 ; l’Italie affiche un intérêt pour les petits réacteurs modulaires (SMR)).
     
  • migratoire : la fermeté affichée se heurte au besoin de main d'œuvre, accentué par la baisse de la démographie et l’émigration des populations. Cette réalité oblige la Hongrie, la Pologne et l’Italie à poursuivre des politiques à rebours de leur position d’origine en privilégiant des ouvertures sélectives aux travailleurs étrangers. Rome a élargi ses quotas d’entrées légales pour pallier aux fragilités de son marché du travail avec un décret adopté en 2023 autorisant l’arrivée de 452 000 travailleurs étrangers sur la période 2023–2025. Budapest a pris des dispositions similaires avec le vote en 2023 d’une résolution facilitant l’entrée sur son territoire de “travailleurs invités”, reconnaissant que le pays aurait besoin de 500 000 nouveaux travailleurs dans les années à venir.

 

Une chorégraphie de l’action, des transformations politiques inégales

Au-delà des différences nationales, une “grammaire” politique commune se dégage : critique des élites, affirmation de la souveraineté, valorisation d’un ordre moral et volonté de rééquilibrer les institutions au profit de l’exécutif. Toutefois, l’intensité des transformations varie sensiblement. La Hongrie se distingue par une recomposition systémique de l’État de droit, marquée par un contrôle accru des institutions et des médias. En Pologne et en Italie, si des tensions comparables existent à des degrés différents, la résilience des contre-pouvoirs a jusqu’à présent limité l’ampleur des transformations, sans en effacer les effets durables. Le cas de Varsovie nous informe par ailleurs des effets à long terme des politiques menées pour transformer l’État de droit : le gouvernement libéral de Donald Tusk, qui a succédé au PiS à l’automne 2023, s’est engagé dans une tentative de rétablissement de ses institutions sans toutefois parvenir à restaurer l’équilibre démocratique préexistant.

Enfin, la politique étrangère met en exergue des fractures très nettes entre la Hongrie, d’une part, et la Pologne et l’Italie, d’autre part. Loin de partager une ligne claire sur le sujet, les trois capitales adaptent leur position en fonction de leurs propres intérêts géo-stratégiques, voire s’opposent sur des divergences de fond. La guerre en Ukraine a été révélatrice à cet égard, poussant l’Italie et la Pologne à assumer ouvertement leur croyance en l’atlantisme. La situation est toute autre pour Viktor Orbán, dont la proximité avec la Russie démontre un profond antagonisme avec Rome et Varsovie : Budapest reprend le narratif officiel du Kremlin et affiche sa réticence aux sanctions ou condamnations contre Moscou. En outre, l’ambition commune de réformer l’Europe se heurte à des modes opératoires différents. Au pragmatisme désormais adopté par Giorgia Meloni vis-à-vis de Bruxelles, on oppose la stratégie de conflit poursuivie par Viktor Orbán.

 

Découvrir la note d'éclairage
À propos de l’Institut Montaigne

Créé en 2000, l’Institut Montaigne est un espace de réflexion, de propositions concrètes, et d’expérimentations au service de l’intérêt général. Think tank de référence en France et en Europe, ses travaux sont le fruit d’une méthode d’analyse rigoureuse, critique et ouverte qui prennent en compte les grands déterminants sociétaux, technologiques, environnementaux et géopolitiques afin de proposer des études et des débats sur les politiques publiques. Association à but non lucratif, l’Institut Montaigne organise ses travaux autour de quatre piliers thématiques : la cohésion sociale, les dynamiques économiques, l’action de l’État et les coopérations internationales. Menés dans la collégialité et l’indépendance, l’Institut Montaigne réunit des entreprises, des chercheurs, des fonctionnaires, des associations, des syndicats, des personnes issues de la société civile et d’horizons divers. Nos travaux s’adressent aux acteurs publics et privés, politiques et économiques, ainsi qu’aux citoyens engagés. Depuis sa création, ses financements sont exclusivement privés, aucune contribution n'excédant 1,2 % d'un budget annuel de 7,2 millions d'euros

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