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Électrifier notre industrie : le chemin de l’autonomie |
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Le blocage du détroit d’Ormuz illustre une réalité durable et systémique : l’industrie française reste dépendante d’énergies fossiles importées dont elle ne maîtrise ni le prix ni la disponibilité. Cette contrainte pèse directement sur sa compétitivité face à des concurrents mieux sécurisés énergétiquement. La France dispose pourtant à cet égard d’un avantage comparatif majeur avec son mix électrique - décarboné et national à 95 % - mais qui ne produit pas les effets attendus. Comment favoriser la bascule industrielle vers l’électricité ? Comment convertir l’avantage électrique français en levier effectif d’autonomie industrielle ? Dans la continuité de notre opération spéciale [Sondage] Les Français face à la crise énergétique et de nos travaux sur les enjeux énergétiques, nous publions aujourd’hui une nouvelle note d’action Électrifier notre industrie : le chemin de l’autonomie, portée par Joseph Delatte, Expert Résident - Climat et énergie. Alors qu’Emmanuel Macron a appelé hier les acteurs de l’électricité à une "mobilisation collective” pour favoriser un passage à l’électrique "naturel et désirable", cette étude vise à analyser les blocages et à définir les conditions opérationnelles pour rendre l’électrification de l’industrie économiquement déclenchable en transformant un avantage structurel en bénéfices industriels effectifs, dans une logique d’autonomisation. |
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 "Les crises énergétiques à répétition que nous vivons nous encouragent à accélérer l’électrification des usages, seul vecteur énergétique que nous pouvons produire en France. Accompagner la transition de nos industriels à travers des prix de l’électricité compétitifs et stables sur le long terme est essentiel pour notre indépendance énergétique, notre sécurité économique et la décarbonation de notre économie." Joseph Dellatte, Expert résident - énergie et climat à l'Institut Montaigne |
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Une dépendance énergétique qui fragilise notre industrie |
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Si la part de l’électricité dans la consommation d’énergie de l’industrie française est de 36%, cette dernière reste fortement dépendante (48%) d’énergies fossiles importées. Cette contrainte pèse directement sur sa compétitivité, sa visibilité, sa capacité d’investissement et souligne un enjeu structurel d’autonomie. Selon notre sondage d’avril 2026, 57% des Français estiment que diminuer la consommation de gaz et de pétrole est un enjeu majeur pour rendre notre pays plus autonome et indépendant. La décarbonation et l’électrification de notre industrie apparaissent donc non seulement comme un impératif climatique, mais aussi comme une nécessité stratégique. |
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Un avantage électrique réel, mais encore trop peu mis en œuvre |
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À cet effet, le mix électrique français constitue un levier compétitif majeur. En 2025, le prix spot moyen français s'est établi à 60 €/MWh contre 92 €/MWh en Allemagne, et le pays a exporté 92,3 TWh - l'équivalent de la consommation annuelle de la Belgique. Pourtant, la demande en électricité stagne, et pour l’industrie, elle demeure 9 % en deçà de son niveau pré-Covid. Ce paradoxe entre une offre électrique stable et un marché industriel atone traduit moins un manque de potentiel qu’un défaut d’alignement des signaux économiques et réglementaires. En cause : un manque de visibilité sur les prix de long terme, des signaux-prix encore imparfaits entre énergies, et des dispositifs insuffisamment adaptés aux besoins des industriels, notamment des ETI et PME. |
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Rendre l’électrification viable économiquement |
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Accélérer l’électrification suppose un alignement cohérent des leviers publics — fiscalité énergétique, accès et tarification du réseau, instruments de sécurisation contractuelle. C’est la combinaison de ces outils, et leur prévisibilité sur la durée, qui permettra de transformer un avantage structurel en bénéfices industriels effectifs dans une logique d’autonomisation. Cette étude propose pour cela une feuille de route en deux axes et formule 7 recommandations opérationnelles : Recommandation 1 — Garantir la stabilité du cadre réglementaire de l’électrification industrielle via un cadre pluriannuel. L'instabilité des dispositifs pèse plus sur les décisions d'investissement que le niveau absolu des prix. Un engagement transpartisan inscrit dans la durée constitue le levier le plus puissant et le moins coûteux. Axe 1 — Aligner les signaux économiques et réglementaires, une stratégie de long terme pour l’électrification Recommandation 2 — Stabiliser les prix sur la durée pour une majorité d’acteurs. Étendre au-delà des plus grands consommateurs les instruments de stabilisation : PPA standardisés, mutualisation de la demande (agrégateurs, achats groupés sectoriels), contrats pour différence tripartites État-producteur-industriel pour les profils les plus exposés. Recommandation 3 — Organiser la capture d’effets d’aubaine par les signaux de prix. Faire évoluer les mécanismes de marché et de tarification pour mieux transmettre les variations infra-journalières : heures creuses renforcées voire « super-creuses », adaptation du TURPE et des offres de fourniture, valorisation du pilotage de la charge et du stockage thermique. Recommandation 4 — Diminuer le poids de la fiscalité sur l’électricité. Aligner par le bas l'accise électrique au taux normal sur celle du gaz pour l'industrie diffuse (coût estimé : 200-300 M€/an). Financement prioritairement assuré par la transposition de l'ETS 2 et l'affectation d'une part fixe de ses recettes ; à défaut, par un cliquet fiscal gazier transitoire à clause d'extinction. Recommandation 5 — Absorber les coûts du réseau électrique et limiter leurs impacts sur la facture. Conditionner les abattements aux caractéristiques de consommation (stabilité, contribution au système) plutôt qu'au seul niveau de raccordement, afin d'inclure les sites HTA vertueux aujourd'hui exclus. Permettre la révision en cours de période des plans de performance énergétique pour sécuriser les industriels en cours d'électrification. Recommandation 6 — Accélérer les raccordements. Pérenniser le passage du « premier arrivé, premier servi » au « premier prêt, premier servi », assouplir l'article 28 de la loi APER, et expérimenter le câble pooling à la néerlandaise pour les usages flexibles, en particulier les électrolyseurs. Axe 2 — Prioriser le déploiement de la stratégie à certaines zones Recommandation 7 — Créer des Zones Franches Vertes pour une clusterisation de la décarbonation. Prolonger les ZIBaC en concentrant cinq leviers sur des territoires-pilotes (Dunkerque, Fos-sur-Mer, Le Havre, vallée de la chimie lyonnaise) : priorité de raccordement et investissement réseau anticipé, abattement TURPE à l'échelle de la zone, accise au minimum européen, mutualisation des infrastructures (chaleur fatale, hydrogène, CO₂, foncier), financement par fléchage des recettes ETS. L'électrification ne se décrète pas : elle s'oriente, là où elle fait sens, en préservant le gaz pour les usages irremplaçables, mais le mandat politique existe : 59 % des Français estiment que l'État doit soutenir financièrement les entreprises industrielles face à la hausse des prix de l'énergie. |
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À propos de l’Institut Montaigne Créé en 2000, l’Institut Montaigne est un espace de réflexion, de propositions concrètes, et d’expérimentations au service de l’intérêt général. Think tank de référence en France et en Europe, ses travaux sont le fruit d’une méthode d’analyse rigoureuse, critique et ouverte qui prennent en compte les grands déterminants sociétaux, technologiques, environnementaux et géopolitiques afin de proposer des études et des débats sur les politiques publiques. Association à but non lucratif, l’Institut Montaigne organise ses travaux autour de quatre piliers thématiques : la cohésion sociale, les dynamiques économiques, l’action de l’État et les coopérations internationales. Menés dans la collégialité et l’indépendance, l’Institut Montaigne réunit des entreprises, des chercheurs, des fonctionnaires, des associations, des syndicats, des personnes issues de la société civile et d’horizons divers. Nos travaux s’adressent aux acteurs publics et privés, politiques et économiques, ainsi qu’aux citoyens engagés. Depuis sa création, ses financements sont exclusivement privés, aucune contribution n'excédant 1,2 % d'un budget annuel de 7,2 millions d'euros. |
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