|
Baromètre du fait religieux en entreprise 2026 |
|
|
Depuis 2013, le Baromètre du fait religieux en entreprise rend compte de la réalité de l’expression de la foi dans le cadre professionnel. Révélateur de l’évolution des pratiques en entreprise autant que des grandes tendances qui traversent la société, il interroge la place des croyances au travail et les moyens dont disposent les organisations pour les encadrer. Dispositif unique dans le monde des think tanks, le baromètre est le fruit de deux enquêtes : un volet quantitatif mené par questionnaire auprès d'encadrants et de salariés pratiquants (3083 questionnaires pris en compte au total) ; une analyse qualitative fondée sur la réalisation d’entretiens et l’observation de situations réelles. Parallèlement, et pour la première fois cette année, deux enquêtes supplémentaires par entretien se sont intéressées aux salariés pratiquants chrétiens évangéliques et musulmans. La publication de la onzième édition du Baromètre du fait religieux en entreprise confirme une tendance observée depuis son lancement : le fait religieux est au plus haut, et l’expression des croyances est protéiforme. |
|
|
 "Avec près de huit répondants sur dix déclarant repérer des faits religieux dans leur situation de travail, le fait religieux en entreprise atteint son niveau le plus élevé depuis la création du baromètre. Dans ce contexte, deux réalités coexistent. Dans une majorité des cas, l’expression de la foi se fait sans générer d’effets négatifs systématiques. Mais dans une minorité de situations, le fait religieux engendre de plus en plus de tensions. Il devient là un enjeu pour le management des entreprises." - Lionel Honoré, directeur de l’Observatoire du Fait Religieux en Entreprise. |
|
Le fait religieux en entreprise s’installe, sans générer d’effets négatifs systématiques |
|
Les chiffres de l’édition 2026 confirment une tendance observée depuis 2013 : avec 79 % des répondants déclarant repérer des faits religieux dans leur situation de travail, l’expression de la foi gagne du terrain (contre 71,3 % en 2024 et 66,5 % en 2020). Toutefois, la progression du fait religieux ne s’accompagne pas d’une hausse équivalente des perturbations. Dans les situations où le fait religieux est identifié comme régulier ou occasionnel, il a rarement, voire jamais, d’impact négatif. Parmi les expressions du fait religieux en entreprise, le port visible d’un signe est la pratique la plus représentée : il est cité par 50 % des répondants. Suivent l’aménagement du temps de travail (29 %) et la prière pendant le temps de pause (13 %).
Fait notable, les comportements rigoristes marquent une hausse : 17 % des répondants en repèrent régulièrement (8 % en 2019, 16 % en 2024). |
|
Dans une minorité de cas, les tensions associées au fait religieux sont en hausse |
|
Si de façon générale, le fait religieux ne génère pas de désorganisation massive ou systématique, les impacts négatifs sont identifiés comme fréquents ou occasionnels dans un total de 35 % à 46 % des situations. Ces chiffres sont en hausse par rapport à 2024 (31 % à 40 % sur cette période). Plus largement, la perception du fait religieux se dégrade : 37 % des répondants le jugent négatif et perturbateur, contre 28 % en 2024 et 22 % en 2022. Dans les faits, ces tensions s’illustrent dans les interventions des équipes encadrantes. Ainsi, 55 % des situations marquées par un fait religieux nécessitent une intervention managériale. Parmi ces interventions, un quart (25 %) donne lieu à des tensions ou à des conflits, contre seulement 6 % en 2013. |
|
Le management comme recours ? |
|
Si la médiation apparaît comme une solution de gestion de conflits, l’intervention managériale n'entraîne pas nécessairement un apaisement des tensions. Ces situations sont perçues comme particulièrement difficiles à gérer par 56 % des répondants à notre enquête. De fait, la formation des encadrants reste largement un angle mort du fait religieux en entreprise. Seules 25 % de celles concernées disposent d’au moins un dispositif de gestion du fait religieux, 17 % n’en ont aucun. Ainsi, si le fait religieux est devenu un sujet de management ordinaire, il est encore insuffisamment traité comme tel. |
|
Genre, âge et critères professionnelles : la répartition du fait religieux |
|
En 2026, le fait religieux devient plus jeune, plus féminin, reste fortement concentré dans les catégories ouvrières et employées, et concerne plus souvent des croyants musulmans. Les salariés de moins de 40 ans représentent 86 % des situations recensées. Pour la première fois, les faits associés exclusivement aux femmes dépassent ceux associés exclusivement aux hommes, avec 31 % contre 26 %. Dans ce contexte, les faits religieux féminins restent très majoritairement peu perturbateurs ; a contrario, les faits les plus susceptibles de générer des tensions ou des conflits demeurent très majoritairement masculins. Par ailleurs, la présence du fait religieux concerne à 75 % les catégories professionnelles “ouvriers” et “employés”. |
|
Le principe de la laïcité gagne du terrain |
|
Pour la première fois depuis le lancement du baromètre, 81 % des répondants estiment que le principe de neutralité issu de la laïcité devrait s’appliquer au secteur privé. Cette proportion est en hausse continue sur les dernières éditions de l'enquête (77 % en 2024, 68,7 % en 2021). Au moment où le fait religieux devient de plus en plus visible en entreprise, ce chiffre relève de l’ambivalence. Surtout, cet attachement au principe de neutralité se fait à l’encontre du cadre juridique français, qui demeure fondé sur la liberté d’exprimer ses convictions religieuses. |
|
La religion véhicule des valeurs positives pour les croyants |
|
Les entretiens conduits auprès de chrétiens évangéliques et musulmans nous permettent d’appréhender comment la foi est perçue comme une ressource positive pour les salariés pratiquants : la religion permet de faire face à un dilemme professionnel ou de persévérer dans des situations de pression. Plus généralement, 63 % des salariés pratiquants perçoivent un impact positif de la religion sur leur travail. Leur croyance est perçue comme une aide face aux difficultés professionnelles, ou bien les guide dans leur choix au travail. |
|
|
À propos de l’Institut Montaigne Créé en 2000, l’Institut Montaigne est un espace de réflexion, de propositions concrètes, et d’expérimentations au service de l’intérêt général. Think tank de référence en France et en Europe, ses travaux sont le fruit d’une méthode d’analyse rigoureuse, critique et ouverte qui prend en compte les grands déterminants sociétaux, technologiques, environnementaux et géopolitiques aux fins d’améliorer les politiques publiques. Association à but non lucratif, l’Institut Montaigne structure son action autour de quatre piliers thématiques : la cohésion sociale, les dynamiques économiques, l’action de l’État et les coopérations internationales. Dans la collégialité et l’indépendance, l’Institut Montaigne rassemble des entreprises, des chercheurs, des fonctionnaires, des associations, des syndicats et des acteurs de la société civile aux profils variés. Ses publications s’adressent aux décideurs publics et privés, aux responsables politiques et économiques ainsi qu’aux citoyens engagés. Depuis sa création, ses financements sont exclusivement privés, aucune contribution n'excédant 2% du budget annuel de 7 M€. |
|
|
|