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Réussir une finance soutenable exigeante

Analyses - 13 Avril 2022

En réponse à l’impact économique de la crise du Covid-19 et aux défis environnementaux, l'Europe et ses États membres ont lancé des plans d'investissement pour l’avenir particulièrement ambitieux et se sont engagés à réduire leurs émissions d'au moins 55 % d'ici à 2030. Le verdissement des investissements et de la finance devient ainsi une priorité pour mener ces ambitions à terme. 
 
Pour aborder ces enjeux, l'Institut Montaigne et l'École du management et de l'innovation de Sciences Po organisent un cycle d'événements sur l'avenir de l'investissement en Europe. Cet article fait suite au sixième événement sur la finance soutenable, avec Gonzague de Blignières, co-fondateur de RAISE ; Ambroise Fayolle, vice-président de la Banque européenne d’investissement ; Fanny Picard, fondatrice et directrice générale d’Alter Equity ; et Natacha Valla, économiste et doyenne de l'École du management et de l'innovation de Sciences Po.

L’Europe comme leader d’une transition écologique juste et exigeante

L’urgence climatique impose une accélération radicale du verdissement non seulement de l’ensemble de nos comportements et de ceux des entreprises, mais aussi de leur financement. Pour respecter la trajectoire proposée par l’accord de Paris sur le climat, il faut ainsi diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES) de près de 5 % par an, soit l’équivalent chaque année de l'impact environnemental de la pandémie Covid-19 en 2020. 
 
Ce défi doit être perçu comme une opportunité pour l’Europe, dont le niveau d’exigence sur les critères ESG a historiquement été plus élevé que celui des États-Unis. Il s’agit ainsi de capitaliser sur cette avance : la conscience écologique des jeunes générations permet d’attirer de nombreux talents vers les projets à impact et les entreprises avec une conscience écologique démontrée. La perception par les investisseurs du sujet climatique sous l’angle du risque, au-delà des dimensions d’ESG, permet d’attirer davantage de capitaux vers les entreprises résilientes du point de vue écologique. 

Ce défi doit être perçu comme une opportunité pour l’Europe, dont le niveau d’exigence sur les critères ESG a historiquement été plus élevé que celui des États-Unis.

Entraînés par cette dynamique, les grands acteurs de la finance européenne se mobilisent en faveur de la transition écologique : investisseurs et asset managers, mais aussi la Banque centrale européenne (BCE), qui a endossé un rôle pionnier parmi les banques centrales dans sa nouvelle stratégie de politique monétaire, et la Banque européenne d’investissement (BEI). Cette dernière, qui a accordé des financements de 95 milliards d’euros en 2021, ambitionne de devenir la banque climatique de l’Union européenne en se fixant des objectifs ambitieux, dont l’augmentation de 25 % de projets verts en 2020 à 50 % en 2025. 

Malgré cette prise de conscience, le juste rythme de la transition écologique demeure un équilibre complexe entre l’urgence climatique d’un côté, et l’importance d’une transition juste, portée équitablement par tous, de l’autre. Une transition perçue comme étant injuste pourrait facilement obérer les bénéfices de plusieurs années de politique climatique sinon pertinente. Cet accompagnement se joue non seulement au niveau des citoyens d’un pays, comme ont pu le démontrer les récentes crises liées à la hausse des prix du carburant, mais aussi au niveau international. Ainsi faut-il soutenir en particulier certains pays européens, tels que la Pologne, et des pays du continent africain pour adapter leurs politiques de façon holistique et pas exclusivement pour lutter contre les émissions de GES. 

Les conditions d’un financement exigeant

La finance soutenable se caractérise par des objectifs concrets et une gouvernance responsable. Le premier enjeu d’objectifs concrets est de faire adopter une taxonomie commune, permettant d’avoir un langage commun sur ce qui est “vert”. Sans taxonomie commune, l’asymétrie d’information et la tentation de greenwashing des entreprises risquent d’effrayer les investisseurs au moment même il faut attirer leurs financements pour la transition.
 
L’Union européenne s’est ainsi lancée dans trois corps de textes qui impactent profondément les gestionnaires d’actifs et les entreprises. 

Le règlement “Taxonomie” vise à établir une classification des activités économiques permettant de déterminer celles qui peuvent être considérées comme “vertes” au regard de trois critères cumulatifs : contribuer de manière substantielle à au moins un des six objectifs environnementaux proposés par la taxonomie ; ne pas causer de préjudice significatif aux cinq autres objectifs ; et respecter des garanties sociales minimales. 

L’Union européenne s’est ainsi lancée dans trois corps de textes qui impactent profondément les gestionnaires d’actifs et les entreprises. 

La réglementation SFDR, sur la publication d’informations de durabilité dans le secteur des services financiers, aide les investisseurs à orienter leurs décisions selon des considérations environnementales en classant les fonds en trois catégories distinctes (articles 6, 8 et 9 du règlement SFDR), chacune associée à des critères d’investissement plus ou moins contraignants et documentés. Les stratégies d’investissement relevant de l’article 9 ont, par exemple, un objectif d’investissement durable, c’est-à-dire qu'elles endossent un rôle d’acteur proactif de l’ESG, et pas uniquement de promoteur d’ESG comme le sont celles correspondant à l’article 8.  
 
La Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), anciennement la NFRD, impose aux entreprises de taille importante une obligation de transparence en matière de pratiques ESG. 
 
Dotée de ces trois outils, l’Union européenne dispose d’une influence conséquente en matière d'allocation des fonds. Néanmoins elle n’est pas la seule, la Chine développant par exemple sa propre taxonomie, dont l'interopérabilité avec la taxonomie européenne fait l’objet de la récente Common Ground Taxonomy développée par la Plate-forme internationale sur la finance durable (IPSF).

Des conditions qui, à ce stade, ne limitent pas les cibles d’investissements

La mise en place de critères exigeants sur la sélection des investissements pourrait laisser craindre des difficultés pour les fonds à identifier des cibles y répondant. Ce risque ne s’est néanmoins pas matérialisé. D’une part, aux nombreuses entreprises natives de l’ESG qui se développent pour répondre aux défis climatiques s’ajoute l’ensemble des entreprises qui souhaitent financer leur transformation. D’autre part, de nombreux projets d’infrastructures vertes - d’énergie renouvelable, d’efficacité énergétique, etc. - nécessitent également des investissements colossaux. L’identification de cibles d’investissement vertueux est néanmoins rendue plus complexe par l’accès limité aux données sur l’impact environnemental des entreprises, ainsi que par le temps de mise en place de feuille de route environnementale claire. Il faut en outre relever que les niveaux de réalisation des entreprises à impact correspondant aux critères des principaux investisseurs dans le non-coté sont aujourd’hui élevés.  

Les principaux obstacles aux investissements verts concernent plutôt le financement de l’innovation et de projets long termes.

Les principaux obstacles aux investissements verts concernent plutôt le financement de l’innovation et de projets long termes, d’une part. Le développement de nouvelles technologies sera indispensable pour atteindre les objectifs environnementaux fixés pour 2050, et nécessite des investissements importants, dont le retour sur investissement peut être plus long que la norme. Ainsi faudra-t-il des investisseurs plus patients, ainsi que des investissements publics ciblés, permettant d’attirer des fonds privés vers les projets prioritaires pour la transition.

D’autre part, le financement de projets avec des enjeux de protection de la biodiversité, tels que des projets de gestion de l’eau, présente également des difficultés. Ces projets concernent habituellement des montants plus faibles, et requièrent un niveau d’expertise élevé que les investisseurs peinent encore à développer.

Des efforts à poursuivre du côté des investisseurs

Les investisseurs peuvent aussi travailler sur l’alignement de leurs intérêts avec des stratégies d’investissement durables. Par exemple lier une partie significative de leur rémunération à des KPIs environnementaux clairs, recruter une équipe dédiée au reporting environnemental, ou mettre en place un prix interne du carbone (PIC). Pour calculer la rentabilité interne de ses projets d’infrastructure, la BEI inclut un prix du carbone qui augmente dans le temps, de 80 euros en 2021 à 800 euros en 2050, soit une trajectoire alignée avec l’objectif européen de neutralité carbone en 2050. 
 
L’intégration du prix du carbone dans des évaluations de rentabilité n’est pas qu’une question de bonne volonté. Avec le risque environnemental et la perte d’attractivité des actifs “bruns”, des actifs qui aujourd’hui paraissent rentables mais pas responsables risquent de ne plus être ni rentables, ni liquides, dans quelques années. Les investisseurs sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à être pleinement conscients et investis de ce rôle.
 
 

Copyright : ANDRE PAIN / AFP

 

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