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Présidentielle 2022 : climat austère

Analyses - 20 Avril 2022

Au plus fort du premier tour de la campagne présidentielle, c’est seulement 5 % du temps de débat dans les grands médias audiovisuels qui aura été consacré au sujet climatique. C’est beaucoup trop peu face à l’ampleur et l’urgence de l’enjeu auquel nous faisons face. C’est beaucoup trop peu, aussi, pour espérer fournir aux Françaises et aux Français les clés de compréhension des ambitions environnementales et énergétiques des deux candidats finalistes. À quelques jours d’une échéance électorale cruciale pour l’avenir de notre planète, nous tâchons de décortiquer les programmes proposés par Marine Le Pen et Emmanuel Macron en la matière. Le résultat d’un tel exercice est sans appel : si le président sortant accuse un bilan contrasté, une victoire de la candidate du Rassemblement National risquerait de mettre en péril les efforts de lutte contre le dérèglement climatique engagés par la France. 

Dont acte. Le grand perdant du premier tour de la campagne présidentielle française aura été le climat. Abordé du bout des lèvres par la plupart des candidats au cours des dernières semaines, le sujet n’arrive qu'en quatrième position (26 %) dans l’ordre des enjeux ayant le plus compté pour les Français au moment du vote, loin derrière le pouvoir d’achat (58 %). Ce schéma paraît difficilement réversible au second tour. Les finalistes, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, n’ont effectivement pas été les plus convaincants en la matière, préférant encore récemment cantonner le débat au thème énergétique et à la question du nucléaire. Leurs programmes ne couvrent d'ailleurs pas l’ensemble des secteurs de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), feuille de route nationale censée permettre l’atteinte de la neutralité carbone à l’horizon 2050. 

Le sujet ne peut pourtant plus être évité. Rapport après rapport, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) muscle le ton face à la menace posée par le changement climatique. Le 4 avril dernier paraissait le troisième volet de son sixième rapport d’évaluation, axé cette fois sur les pistes à privilégier pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 ou 2 degrés en 2100. Des pistes déclinées pour chaque secteur d’émission, particulièrement bienvenues à l’heure où la trajectoire actuelle devrait nous conduire à un réchauffement de 3,2 degrés avant la fin du siècle. En matière de transport, par exemple, le rapport propose l’activation de plusieurs leviers : réduction de la demande de transports, report modal vers des modes de transport moins polluants ou encore électrification rapide des véhicules. En tout état de cause, le temps presse. Ainsi, si les experts du GIEC affirment qu’il existe assez de capitaux et de liquidités au niveau mondial pour financer la transition écologique, ils martèlent également que le coût de l’inaction sera bien supérieur à celui de l’action. 

Or, le pays n’est actuellement pas sur la bonne trajectoire. Le Haut Conseil pour le Climat (HCC) souligne que les engagements pris par la France d’une réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’horizon 2030 et par rapport à 1990 ne sont pas respectés, pas plus qu’ils ne sont suffisants au regard de l’urgence climatique et du récent paquet législatif "Fit for 55" proposé par la Commission européenne. Pour pallier le retard pris et éviter une nouvelle condamnation par le tribunal administratif de Paris, la France devra rapidement accélérer la baisse des émissions de GES à l'œuvre dans les différents secteurs économiques et rectifier la trajectoire dans le secteur des transports, le seul à ne pas avoir diminué ses émissions depuis 1990. En cela, le prochain quinquennat sera déterminant. En effet, les experts du GIEC estiment qu’il ne reste à l’humanité que trois ans pour inverser la tendance des émissions de GES mondiales et ainsi assurer le maintien d’une planète "vivable". Trois ans, c’est incroyablement peu. Dimanche 24 avril, les Françaises et Français seront appelés aux urnes pour élire celui ou celle qui sera chargé de mettre la France sur cette trajectoire. Le choix est donc vital. 

Un bilan environnemental en demi-teinte 

Yannick Jadot, candidat malheureux d’Europe Écologie Les Verts (EELV) à l’élection présidentielle, a régulièrement pris Emmanuel Macron pour cible au cours des dernières semaines. Le 3 avril, il parlait de "déni climatique" pour qualifier le quinquennat écoulé. Une accusation balayée d’un revers de la main par le président de la République à l’occasion de son déplacement à Marseille, il y a quelques jours : "L'inaction, pas chez moi !", déclarait-il. Qu’en est-il réellement ? En complément du bilan plus exhaustif proposé dans l’encadré à la fin de ces lignes, il est d’ores et déjà possible de répondre que le candidat s’appuie sur un bilan mitigé sur la question environnementale, qui fait état de nombreux engagements pour peu de résultats concrets au cours des cinq dernières années.

Dès les premiers mois de son mandat, Emmanuel Macron s’est pourtant attaché à investir le sujet climatique, aussi bien sur la scène internationale que domestique. Côté international, le président s’est rapidement posé en défenseur d’une gouvernance mondiale de la crise climatique, répondant à l’annonce du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris par l’organisation d’une série de grands-messes internationales. Les éditions successives du One Planet Summit, dont les résultats concrets restent difficiles à évaluer, ont eu le mérite de maintenir la cause environnementale au cœur de l’agenda climatique international. 

La trajectoire française en matière de réduction des émissions de GES n’est pas satisfaisante. 

Et ce n’était pas chose facile au cours des dernières années, au moment où se succédaient critiques du multilatéralisme, crise sanitaire internationale et retour de la guerre sur le sol européen. Au niveau national, le président de la République a appelé de ses vœux l’accélération de la décarbonation de l’économie française et la sortie rapide des énergies fossiles. 

Pourtant, en pratique, et que ce soit pour la Convention citoyenne pour le climat (CCC), la sortie des néonicotinoïdes et du glyphosate ou la protection de la biodiversité, nombre des engagements adoptés par le président de la République sont restés lettre morte. 

C’est précisément sur ce sujet que se sont concentrées la plupart des attaques à l’endroit de l’exécutif. Le plus souvent, elles soulignent justement que la trajectoire française en matière de réduction des émissions de GES n’est pas satisfaisante. Pour en juger, il faut se tourner vers la SNBC, véritable calendrier national adopté par le gouvernement à la suite de l’Accord de Paris et révisé depuis. Celle-ci devait défendre trois objectifs : l’atteinte de la neutralité carbone à l’horizon 2050, la réduction des émissions de 40 % en 2030 par rapport à 1990 et le respect des "budgets carbone", ces plafonds d’émission fixés sur des périodes successives. Pourtant, dès le premier budget couvrant la période 2015-2018, la France s’est montrée incapable de respecter ses engagements. L’État français a d’ailleurs été condamné par le tribunal administratif de Paris pour "non-respect des engagements de la France dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre" à la suite d’une plainte déposée par quatre associations en mars 2019. Une nouvelle décision avait par la suite enjoint l’État à "réparer" les manquements à ses engagements climatiques. Si la situation semble s’améliorer depuis 2019, c’est en partie le résultat d’une baisse des ambitions françaises en matière climatique, le budget carbone ayant été revu à la baisse pour tabler sur une diminution des émissions de 1,5 % par an jusqu’en 2025, puis de 3,2 % par an jusqu’en 2030. Une victoire en trompe-l'œil. 

L’électricité, nerf de la campagne

Que reste-t-il donc des ambitions de début de mandat ? À en juger par le traitement du sujet environnemental par le président de la République tout au long du premier tour de la campagne présidentielle, pas grand chose. Tout au plus, Emmanuel Macron s’est attaché à concentrer ses propos sur la question énergétique, certes cruciale mais loin d’être exhaustive. À ce titre, et pour comprendre en détail les velléités du candidat, il importe de se référer au "discours de Belfort", prononcé au mois de février 2022, au cours duquel il annonçait vouloir construire un total de 6 nouveaux EPR deuxième génération d’ici à 2035 et étudier la construction de 8 autres avant 2050. Ambitieuse, cette "renaissance" du nucléaire civil coûterait, selon l’opération de chiffrage des programmes menée par l’Institut Montaigne, quelque 2 milliards d’euros par an d’ici à 2050. 

En outre, le projet du président de la République fait la part belle à l’éolien en mer, avec la construction de 50 parcs d’ici à 2050, et au solaire, dont la puissance devrait être multipliée par dix à la même date. Cela pourrait ne pas suffire, et ces objectifs apparaissent du reste présomptueux au regard du retard pris par la France en matière de développement des énergies renouvelables : en 2020, la France était le seul pays de l’Union européenne (UE) à avoir manqué son objectif, certes ambitieux, de déploiement de ces énergies. Dans le programme du candidat, l’éolien terrestre est, quant à lui, sacrifié sur l’autel de l’acceptabilité sociale, et ce en dépit de son intérêt économique et environnemental. Le projet énergétique présenté par le candidat Macron reste globalement cohérent avec les scénarios formulés par le gestionnaire RTE. Pourtant, il comporte un point faible de taille : l’absence presque totale de référence faite au concept de sobriété. Le président de la République est, depuis longtemps, farouchement opposé à cette idée, qu’il a déjà apparenté de façon trompeuse à un idéal de "société Amish" par le passé. Depuis plusieurs mois, ce concept est d’ailleurs dévoyé et politisé, les candidats à droite de l’échiquier politique préférant le bouder au profit de références aux ruptures technologiques à venir. Reste que le dernier rapport du GIEC invoque l’absolue nécessité d’actionner ce levier clé si nous souhaitons atteindre nos objectifs de réduction rapide des émissions de GES. Emmanuel Macron semble l’avoir compris tardivement à en juger par son discours prononcé à Marseille le samedi 16 avril. En tout cas, il y a tout intérêt s’il souhaite séduire l’électorat jeune, pour qui la question environnementale importe énormément et qui a largement plébiscité la candidature de Jean-Luc Mélenchon la semaine passée. 

Marine Le Pen est tout aussi frileuse sur la question de la sobriété, même si une partie de son programme repose sur cet outil de façon déguisée. Son projet énergétique, lui, ne mentionne pas l’intérêt de maîtrise de la demande : la candidate va même jusqu’à proposer une baisse de la TVA de 20 % à 5,5 % sur l’essence, le gaz et l’électricité. L’impact environnemental d’une telle mesure serait sans doute catastrophique, en cela qu’elle enverrait un signal-prix faussé aux consommateurs. Dans son ensemble, le programme énergétique avancé par la candidate du Rassemblement National apparaît d’ailleurs beaucoup moins robuste que celui défendu par Emmanuel Macron.

Le programme énergétique avancé par la candidate du Rassemblement National apparaît d’ailleurs beaucoup moins robuste que celui défendu par Emmanuel Macron.

Côté nucléaire, celle-ci propose la mise en service de cinq paires d’EPR supplémentaires en 2031 et de cinq paires d’EPR 2 en 2036. De l’avis de l’ensemble des experts, le scénario "Marie Curie" défendu par Marine Le Pen préempte largement la capacité de la filière nucléaire à répondre à une telle commande, aussi bien en termes de quantité que de calendrier. De celui de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), la réouverture des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim, défendue par la candidate, n’est pas envisageable. Reste le sujet du coût où, là encore, l’horizon proposé par Marine Le Pen se heurte à la réalité : la relance du nucléaire civil qu’elle propose coûterait 7,5 à 9 milliards d’euros par an à l’horizon 2050, soit environ 4 fois plus que le projet défendu par son concurrent.

Favorable au développement de l’hydroélectricité et de la géothermie, Marine Le Pen s’est en revanche prononcée pour un moratoire sur le développement de nouveaux projets éoliens et solaires. La candidate souhaitait même "démonter" les 8 000 éoliennes terrestres actuellement en service sur le territoire, une proposition récemment pondérée par la garde rapprochée de Marine Le Pen. Et pour cause, cet aspect de son programme énergétique est extrêmement problématique, en cela qu’il contrevient directement aux injonctions de la SNBC, qui prévoit une diversification du mix énergétique afin de sécuriser l’offre électrique à l’horizon 2050. Il s’inscrit aussi en faux contre les options proposées par RTE et l’ADEME, qui ne détaillent aucun scénario permettant d’atteindre les objectifs de la SNBC tout en comprenant une part de renouvelables inférieure à 50 % du mix électrique en 2050. L’intérêt économique d’une telle mesure est également négatif : non seulement ce démontage des éoliennes impliquerait une indemnisation des porteurs de projets, mais il faudrait statuer du sort des quelque 22 600 emplois liés à la filière en France et justifier la perte de sources de recettes importantes pour le budget de l’État. Pour toute réponse à ces critiques, Marine Le Pen a préféré maquiller son programme en plein entre-deux-tours. 

En matière énergétique, les deux programmes se concentrent donc largement sur la relance du nucléaire civil. Le projet avancé par Marine Le Pen souffre, à ce titre, de défaillances sévères par rapport à celui d’Emmanuel Macron. Sur cette question, l’enjeu est pourtant triple pour les deux candidats : il s’agit de respecter les engagements climatiques de la France, de sécuriser le bon approvisionnement du territoire en électricité à l’horizon 2050 et d’assurer une situation électrique favorable à l’effort de "réindustrialisation" massif qu’ils appellent de leurs vœux. En l’état actuel des choses, aucun de ces objectifs n’est permis par le projet "M la France" défendu par Marine Le Pen. 

Des ambitions énergétiques insuffisantes

Mais le défi environnemental ne s’arrête pas à l’électricité, même si le spectre d’une électrification massive des usages est à prendre au sérieux. Le combat est d’abord, et plus largement, énergétique : l’année passée, pétrole et gaz comptaient encore pour plus de 60 % de la consommation finale d’énergie en France, alors que l’électricité ne s’élevait qu’à 25 %.

Le respect de nos engagements climatiques nécessite l’adoption d’une stratégie globale de transition énergétique.

Le respect de nos engagements climatiques nécessite l’adoption d’une stratégie globale de transition énergétique, qui concerne tous les secteurs de la SNBC et nous permette de sortir durablement des énergies fossiles pour réduire les émissions de GES du territoire. Or, sur des questions aussi vastes que la décarbonation des mobilités, la rénovation des logements et la transformation du secteur agricole et alimentaire, les programmes défendus par Emmanuel Macron et Marine Le Pen apparaissent tous deux insuffisants, mais dans des proportions largement différentes. 

Les propositions des deux candidats en matière de transport sont, à ce titre, parlantes. Le secteur est effectivement crucial : premier poste d’émission du territoire, il est au cœur du quotidien des Françaises et des Français et reste aujourd’hui profondément dépendant du pétrole (à hauteur de 95 %). Dans le programme proposé par le candidat de La République En Marche, la décarbonation du secteur des transports s’appuie essentiellement sur l’innovation technologique. Le candidat évoque la nécessité de déployer massivement les bornes de recharge électrique - sujet sur lequel la France accuse un retard conséquent -, de créer une "offre abordable de voitures électriques pour tous grâce à une filière 100 % française" et de produire l’avion bas-carbone dès 2030. Ainsi, le projet du président de la République passe entièrement à côté de l’enjeu du report modal, qui implique notamment le développement des "modes doux" (marche à pied, vélo, etc.) ou la régénération et la modernisation du réseau ferroviaire français. Le rapport de l’Institut Montaigne intitulé Infrastructures de transport : vers le futur et le durable !, publié au début du mois d’avril, insistait pourtant sur la nécessité de mobiliser tous ces leviers pour faire évoluer les comportements de mobilité, un impératif entièrement passé sous silence dans la profession de foi du candidat. 

De son côté, Marine Le Pen ne se contente pas de passer à côté de l’enjeu de décarbonation du secteur, elle souhaite y contrevenir directement. La plupart des mesures avancées par la candidate sur ce thème, à l’instar du lancement d’un "plan national de circulation, de manière à améliorer la complémentarité entre rail, transport aérien et routier", livrent très peu de détails sur l’ambition poursuivie et les outils de mise en œuvre. En outre, certaines mesures pourraient directement mettre à mal l’objectif national de réduction des émissions de GES dans le secteur. C’est le cas du projet défendu par la candidate d’une réduction de la TVA sur les carburants, mais aussi de la renationalisation des autoroutes en vue de baisser de 15 % les prix des péages ou de l’abandon des limites de vitesse qu’elle défend. De telles mesures faciliteraient, bien sûr, le quotidien des automobilistes à court-terme. Pourtant, elles échoueraient à engager le virage nécessaire dans ce secteur, en renforçant un peu plus la dépendance au véhicule individuel. Sur le long-terme, les citoyens et l’industrie française en sortiraient pénalisés, car notre pays devra réduire ses émissions de 60 % en moins de dix ans dans le secteur des transports pour se trouver en conformité avec les objectifs défendus par le paquet européen "Fit for 55". Sans mesures rapides à cet effet, le réveil n’en sera que plus brutal.

Dans les deux cas, l’effort proposé n’est pas à la hauteur des enjeux. Ce manque d’ambition des deux programmes se retrouve d’ailleurs dans la plupart des secteurs couverts par la SNBC, les candidats héritant tous deux de notes sévères de la part des organisations non gouvernementales ayant réalisé une analyse qualitative des programmes. Reste que Marine Le Pen, à la différence d’Emmanuel Macron, semble entièrement s'affranchir de la nécessité de décarboner les différents secteurs de l’économie française. La candidate préfère donner aux Français l’illusion d’un gain de pouvoir d’achat sur le court-terme, même si celui-ci risque de pénaliser durement l’ensemble de la nation sur le long-terme dans le cadre de la lutte contre le dérèglement climatique.

L’écologie parent pauvre des programmes

Quid de l’écologie, au sens large ? De la gouvernance climatique internationale, de la protection de la biodiversité et du vivant, du développement durable ? 

Totalement absente des débats du premier tour de l’élection présidentielle, la crise environnementale a fini par revenir au centre du jeu de façon spectaculaire ces derniers jours. À la faveur des résultats du 10 avril, qui ont positionné Jean-Luc Mélenchon en faiseur de rois, Emmanuel Macron a décidé d’opérer un revirement conséquent sur ce thème. Au palais du Pharo, surplombant la cité phocéenne, il déclarait ainsi : "ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas". Il en profitait pour étriller son adversaire au passage, expliquant que "même incompétente, elle est climatosceptique". Qu’en est-il réellement ? Le programme d’Emmanuel Macron est-il vraiment plus sérieux que celui de Marine Le Pen sur cet aspect ? 

À la faveur des résultats du 10 avril, qui ont positionné Jean-Luc Mélenchon en faiseur de rois, Emmanuel Macron a décidé d’opérer un revirement conséquent sur ce thème. 

Faire peau neuve et peau verte, c’était l’objectif d’Emmanuel Macron lors de ce discours. Le Président sortant a longuement défendu son bilan en matière environnementale et de protection de la biodiversité, à rebours des critiques émises par l’ensemble du milieu associatif. Il a, en revanche, confessé vouloir aller deux fois plus vite au cours des cinq prochaines années pour réduire les émissions de GES et remettre l’écologie "au cœur du nouveau paradigme politique". Il a ainsi proposé de charger le premier ministre de la planification écologique - un terme employé à son concurrent Jean-Luc Mélenchon -, de "planter 140 millions d'arbres" et d’organiser une "fête de la nature", même si celle-ci existe en réalité déjà sous l’égide de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). S’agit-il donc d’une rupture en matière environnementale pour un candidat au bilan critiquable ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais l’apparente radicalité du changement opéré sur la forme ne laisse, pour l’instant, que peu de traces sur le fond, les annonces du candidat n’engageant pas à date de changement de paradigme au sein de son programme. À titre d’exemple, la question émergente du verdissement du budget de l’État, défendue par Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon à l’occasion du premier tour n’est, à ce jour, pas reprise par le candidat. En revanche, ce dernier a bien compris qu’il avait tout intérêt à ramener la thématique environnementale au centre du débat pour marquer ses différences avec Marine Le Pen auprès de l’électorat écologiste.

Et pour cause, il s’agit bien d’un des talons d'Achille de la candidate du Rassemblement National. Jusqu’à présent, Marine Le Pen s’est attachée à défendre une "écologie nationale", refusant la culpabilisation et défendant un retour au localisme et au patriotisme comme moyen privilégié de lutte contre le dérèglement climatique et ses effets. Face aux accusations de climato-scepticisme venues du camp adverse, elle explique ne pas vouloir sortir de l’Accord de Paris. Et pourtant, Marine Le Pen a d’ores et déjà indiqué sa préférence en expliquant : "​​La question environnementale internationale [...] ne constituera pas l'alpha et l'oméga de ma politique étrangère et je pense que les coopérations dans ce domaine peuvent être bilatérales ou transfrontalières". Cette vision de la crise climatique comme un enjeu de second plan et la perception par Marine Le Pen du multilatéralisme comme un assujettissement plutôt qu’une opportunité ne laissent que peu de doute sur le sort auquel sera voué le Pacte vert européen sous sa présidence. La candidate s’est d’ailleurs déjà déclarée opposée à la stratégie "De la ferme à la fourchette" défendue par la Commission européenne, pourtant censée accélérer la transition agroalimentaire sur le continent. Son désamour pour l’UE ne fait que confirmer l’intuition d’un probable retrait de la France du cercle de gouvernance climatique internationale. À ce titre, le projet environnemental avancé par Marine Le Pen constitue, sous bien des aspects, une simple facette de son projet nationaliste plutôt qu’une proposition solide et argumentée de politique à mener sur les cinq prochaines années. C’est précisément cette faille qu’Emmanuel Macron entend exploiter au cours des prochains jours.

Les deux programmes proposés aux Françaises et aux Français ne sont pas satisfaisants en matière énergétique et environnementale. 

Quoi qu’il en soit, les deux programmes proposés aux Françaises et aux Français ne sont pas satisfaisants en matière énergétique et environnementale. Emmanuel Macron parlait du 24 avril comme d’un "référendum pour ou contre [...] l’écologie". L’offre du "pour" reste cruellement absente de ce second tour à en croire l’ensemble des experts. Pour autant, il serait factuellement faux de mettre ces deux programmes sur un même pied d’égalité, que ce soit en matière énergétique ou environnementale. 

Sur la question énergétique, un seul des deux projets proposés aux Françaises et aux Français apparaît réaliste, et qui plus est à moindre coût. Sur la question environnementale, un seul des deux projets avancés est profondément insuffisant sans être contre-productif ou fondamentalement dangereux. Dans les deux cas, il s’agit du programme défendu par le candidat de La République En Marche, Emmanuel Macron. Aux Françaises et aux Français de faire leur choix. 

  • Cinq ans à l’Élysée : quel bilan pour Emmanuel Macron sur la question environnementale ? 

Le mandat d’Emmanuel Macron commençait sous les meilleures auspices climatiques : dès le départ, il réussit le tour de force d’amener Nicolas Hulot à rejoindre le gouvernement en tant que ministre de la Transition écologique et solidaire, un marqueur fort pour les écologistes français. Quelques semaines plus tard, le nouveau président de la République se posait en champion de la cause environnementale, en répondant au retrait des États-Unis de l’Accord de Paris par un slogan qui devait faire le tour du monde : "Make Our Planet Great Again", référence directe au "Make America Great Again" défendu par Donald Trump. Le positionnement de la France en garant de la protection de la planète et des écosystèmes devait être un peu plus formalisé quelques mois plus tard, à l’occasion du One Planet Summit. La "diplomatie du selfie" atteignait alors son paroxysme, et Emmanuel Macron était couronné à l’international en "leader du changement climatique". 

Sur le fond aussi, le début du quinquennat Macron était prometteur. En mai 2019, le président de la République actait la création du HCC, cet organisme indépendant chargé de formuler des recommandations en matière de mise en œuvre des politiques de réduction des émissions de GES. Valérie Masson-Delmotte et Jean-Marc Jancovici, tous deux membres, sont aujourd’hui devenus deux incontournables porte-paroles de la cause climatique. Peu de temps auparavant, la France se vantait d’un positionnement "en pointe sur l’interdiction des produits phytopharmaceutiques dangereux pour les pollinisateurs" après avoir proscrit l’utilisation des produits contenant des néonicotinoïdes. L’annonce de la fermeture des quatre dernières centrales à charbon du pays et la généralisation de l’interdiction des plastiques à usage unique allaient dans le même sens, et laissaient transparaître un fort intérêt du gouvernement pour les sujets environnementaux et énergétiques. Début 2018, Emmanuel Macron opérait même un revirement sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, dont la construction était finalement abandonnée face à l’opposition farouche des associations environnementales et des zadistes. 
 
Et en même temps. Face à plusieurs victoires, les renoncements se sont multipliés : abandon de l’interdiction des néonicotinoïdes pour sauver les producteurs de betterave sucrière français, renoncement sur la promesse d’interdiction du glyphosate en 2021, ratification de l'accord de libre-échange entre l'Union européenne (UE) et le Canada en dépit de sérieuses craintes sur son impact climatique, assouplissement des règles de recours aux centrales à charbon à l’hiver 2021-2022 ou encore funeste sort réservé à la taxe carbone en 2018, depuis boudée par l’ensemble des forces politiques françaises. Realpolitik pour les uns, marche arrière pour les autres. L’échec le plus douloureux essuyé par l’exécutif, vint sans doute d’un dispositif qui se voulait être une réussite retentissante : la Convention citoyenne pour le climat (CCC), exercice inédit rassemblant 150 Français tirés au sort pour réfléchir à la question de la réduction des émissions de GES françaises. Si le président de la République s’était engagé à respecter le plus scrupuleusement possible le total des 149 propositions avancées par le panel de citoyens, trois mesures phares ont finalement été abandonnées comme le souligne le bilan du quinquennat dressé par l’Institut Montaigne. La loi Climat et résilience a certes retranscrit 58 % des propositions issues de l’exercice, mais de façon largement édulcorée ou retravaillée. Les organisations non gouvernementales ont ainsi dénoncé une "loi blabla" et l’exécutif a essuyé un revers de la part des membres de la Convention, qui ne lui ont accordé qu’un maigre score de 2,5 sur 10 dans le cadre de l’évaluation prévue.

 


Copyright : DAMIEN MEYER / AFP

 

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