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Investir dans le non coté pour transformer notre économie

Analyses - 14 Décembre 2021

Bien que les entreprises non cotées, notamment les PME et ETIs, aient toujours représenté une part importante du tissu économique français, l’investissement dans le non coté connaît depuis plusieurs années une croissance remarquable et pourrait constituer un levier important pour renforcer la croissance et accompagner les transformations technologiques et écologiques des entreprises en France et en Europe.

Pour aborder ces enjeux, l'Institut Montaigne et l'École du management et de l'innovation de Sciences Po organisent un cycle d'événements sur l'avenir de l'investissement en Europe. Cet article fait suite au troisième événement sur l’investissement dans le non coté, avec Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, Alain Rauscher, président-directeur général et cofondateur d'Antin Infrastructure Partners, Dominique Senequier, fondatrice et présidente d’Ardian, et Natacha Valla, économiste et doyenne de l'École du management et de l'innovation de Sciences Po.


Depuis plusieurs décennies, l'investissement dans le non coté au sens large connaît une croissance fulgurante, aussi bien à l’international qu’en France. Le total des actifs alternatifs sous gestion a plus que doublé depuis 2010, pour atteindre 10 700 milliards de dollars dans le monde en 2020. En France, notre économie est également capable d'absorber des volumes de capitaux bien plus importants que par le passé. L’investissement dans le non coté est passé de 10,7 milliards d’euros en 2015 à 31 milliards d’euros en 2020 selon France Invest.

D’une part, sur les dix dernières années, l’infrastructure des fonds privés s’est fortement développée de manière à recouvrir aujourd’hui une multitude de situations d’investissement différentes. D’autre part, l’attitude des entrepreneurs face à l’ouverture au capital a également évolué, même si elle reste l’un des principaux facteurs limitant la croissance du capital investissement en France. Les générations d’entrepreneurs de l’après-guerre, particulièrement attachées au contrôle du capital familial, se voient remplacées par une nouvelle génération bien plus à même d'ouvrir son capital à des fonds d’investissement. Ce changement de mentalité constitue un levier de croissance majeur pour le capital investissement, en France comme ailleurs, et se doit d’être favorisé par la création d’un écosystème capable non seulement de faire émerger des licornes technologiques françaises, mais aussi d'accompagner de plus en plus de PME industrielles ou autre vers le stade d’ETI, avec des enjeux de création d’emplois significatifs.

La faible profondeur des marchés des capitaux en France constitue un frein important

Néanmoins, par rapport à d'autres leviers de financement de l’économie, notamment d’ordre bancaire, la part que représente le capital investissement en France reste encore faible. L’absence de fonds de pension et la dépendance à l’assurance vie, plus strictement régulée, limitent fortement la profondeur du marché des capitaux français.

Aucun segment du capital investissement n’est véritablement financé par de l’épargne française.

En découle un enjeu important pour la transformation et la rémunération de l’épargne française. Aucun segment du capital investissement n’est véritablement financé par de l’épargne française et la majorité des fonds sont ainsi contraints à se tourner vers des investisseurs étrangers pour assurer leurs levées.

Ce manque de profondeur des marchés français et européens soulève des questions importantes de politiques publiques, notamment au niveau européen avec la directive Solvabilité II, qui limite la capacité d’investissement des assureurs dans le non coté. La présidence française du Conseil de l’Union européenne, qui débutera en janvier prochain, pourrait être un moment opportun pour les adresser.

Le capital investissement pourrait jouer un rôle central dans la transformation des entreprises non cotées, notamment sociale et environnementale

L’un des principaux leviers de développement du capital investissement dans les années à venir pourrait provenir de sa capacité à accélérer et accompagner des transformations importantes des entreprises, tout particulièrement en matière d’ESG. Grâce à leur implication dans la gestion de leurs entreprises en portefeuille, les grands fonds d’investissement ont non seulement la possibilité d’intégrer des critères ESG à leur décision d’investissement dans une entreprise, mais aussi d’accompagner et d’encourager, par exemple via des KPI, les dirigeants et leurs équipes vers la réduction de leur empreinte carbone, ainsi que sur les enjeux sociaux et de gouvernance.

Cet accompagnement est d’autant plus utile pour les entreprises de petite taille, qui disposent rarement des ressources requises pour initier de telles initiatives en interne. Pour cette même raison, la taxonomie verte européenne pourrait envisager des allègements de contraintes à destination des PME, comme l’avait fait Bâle III avec la mise en place d’un dispositif de réduction des contraintes pour les crédits aux PME, dit CRD IV.

La taxonomie verte européenne pourrait envisager des allègements de contraintes à destination des PME.

Devenu central dans l’univers de financement de l’économie française et dans l’opinion publique dirigeante, le capital investissement se positionne déjà sur ces sujets, y compris pour répondre aux attentes de plus en plus exigeantes de ses investisseurs, au même titre que les entreprises cotées.

Si le capital investissement ambitionne de devenir un opérateur clé des différentes transitions engagées par les entreprises françaises et européennes non cotées, sa démocratisation est indispensable. Sans réelle ouverture à d’autres parties prenantes que les investisseurs institutionnels et les dirigeants bénéficiant d’outils d'intéressement au capital, aussi appelés "management packages", celui-ci ne pourra prétendre donner des leçons d’ESG, et les écarts patrimoniaux entre les plus et les moins fortunés, déjà accentués par le recours systématique au Livret A, ne feront que se creuser. Il s’agirait, par exemple, de lancer des produits permettant à l’ensemble des Français d’investir dans le non coté au même titre que des investisseurs professionnels, avec des tickets d’entrée plus faibles, d’une valeur comprise autour de quelques milliers d’euros. Pour renforcer la pédagogie à destination du grand public et encourager l’attractivité d’un tel produit, les grands gestionnaires de portefeuilles parisiens, et notamment les grands assureurs français, pourraient par exemple se coordonner pour y donner simultanément accès chaque année lors d'une "semaine de l'investissement''.

Sans ce lien direct avec l’ensemble de la population, l’image déjà fragile de l’investissement dans le non coté risque de se détériorer et ainsi obérer les avantages que ce dernier propose à de nombreuses entreprises et à l’économie plus généralement.

Co-écrit avec Elise Lannaud, assistante chargée d’études.

Copyright : Daniel ROLAND / AFP .

 

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